En août 1914, au coeur de la vallée de la Molignée, les habitants de l’ancienne commune de Sosoye - qui comprenait Sosoye et Maredret ainsi que l’abbaye bénédictine de Maredret – ont vu passer, dans le bruit de la canonnade et des tirs, les soldats belges de la Position Fortifiée de Namur en retraite, les soldats français venus à la rescousse et les soldats allemands envahisseurs. Pris en étau entre la IIème et la IIIème armée allemande, les villageois et les sœurs ont été entraînés, bien malgré eux, dans la première guerre mondiale. Comment ont-ils vécu les premières semaines du conflit ?

Yves Van Cranenbroeck, créateur et webmestre du site de Maredret en 2004 et historien local, s’est lancé depuis 2011 dans le projet d’étudier la vie quotidienne des habitants de l’ancienne commune de Sosoye (actuelle commune d’Anhée) de 1914 à 1918. Il bénéficie de deux sources d’informations inédites : les trois cahiers (Liber memorialis) de l’Abbé Jean Bruyr, curé de Sosoye, Maredret et Foy-Marteau, et les Annales rédigées dans la clandestinité, jour après jour, par les soeurs de Maredret, totalement cloîtrées. Il transcrit progressivement ces documents sur le site internet de Maredret (l’année 1914 est terminée) afin de contribuer au devoir de mémoire à l’occasion du centenaire de la première guerre mondiale.

Grâce à des visites guidées gratuites, il fait revivre les petits et les grands événements sur les lieux mêmes où ils se sont produits, à Sosoye et à Maredret.

 Grâce à ce site internet, découvrez ce qui s'est passé il y a 100 ans, jour pour jour, à Sosoye et à Maredret.

La reproduction des textes en provenance des Annales de l'abbaye de Maredret a été autorisée et encouragée le 16/09/2013 par Mère Bénédicte Witz, Abbesse. Ces textes sont soumis à un copyright et ne peuvent être reproduits, partiellement ou totalement, sans l'autorisation conjointe de l'Abbaye des Saints Jean et Scholastique asbl et d'Yves Van Cranenbroeck, webmestre du site internet de Maredret et auteur de la transcription par dactylographie de ceux-ci.

Les textes manuscrits ont été transcrits en respectant le plus possible la graphie des documents originaux.

Cette initiative bénéficie du soutien (non financier) de la Province de Namur.


Pour découvrir la suite des Annales de l'abbaye de Maredret durant la Première Guerre mondiale.

Annexe [à l'agenda 1914 des Annales]

En annexe à l'agenda 1914 des Annales se trouvent 5 feuilles manuscrites recto-verso pliées en deux, numérotées de 1 à 5, à raison de 2 folios par face, soit 5 cahiers de 4 folios pour un total de 20 folios.

Il s'agit du récit rédigé par la Mère Cellerière de l'abbaye des Saints Jean et Scholastique (abbaye de Maredret) du début de la première guerre mondiale.

Remarque : la graphie du texte a été respectée à l'exception des jours relatés (ils sont repris en gras pour une meilleure lisibilité).
 

[Premier carnet - Folio 1]

1

A ma chère petite soeur en St Benoît -
Récit des bontés et des miséricordes du Seigneur à notre égard : "In te Domine speravi, non confundar in aeternum
" ["En toi, Seigneur, j'ai espéré ; je ne serai jamais confondu" Psaume 70,1]....
Dimanche 2 Août. Madame notre Mère dans sa conférence nous prépare aux évenements qui vont se passer : elle nous engage à nous abandonner entièrement au Seigneur, à relire notre Rituel de profession et à nous remettre sous les yeux par la lecture du Cantique des Cantiques l'amour et la sollicitude de l'Epoux divin pour l'âme qui se confie en Lui...."Quant à la guerre nous devons bp prier pour que quoiqu'il advienne" nous dit Madame, "le règne de Dieu s'entende de plus en plus sur la terre..... - Comme cellerière j'avais parcouru ce jour-là toute la maison et à chaque porte extérieure j'avais placé un Evangile de St Jean, une médaille de la Ste Vierge, une autre de St Benoît et une image de Sr Thérèse de l'Enfant Jésus tandis que Sr Wivine avait aspergé d'eau bénite tous les murs du jardin qui forment la clôture - L'Evangile de la messe où le Seigneur nous est montré pleurant sur Jérusalem frappe tout le monde.........
Lundi 3 Août. Messe à 7 heures pour obtenir la paix. Nous apprenons bientôt que les Allemands se dirigent sur Liège... Au milieu de la récréation de midi on vient chercher Me notre mère
 

[Premier carnet - Folio 2]

C'est le Rssime Père Abbé. Bientôt nous sommes toutes appelées au parloir. "L'heure est grave nous dit-il : je viens de recevoir un communiqué officiel du gouverneur de Namur ; les Allemands bombardent Liège, dans qq. heures ils peuvent être ici. Si vous ne voulez pas être arrachées de force à votre Abbaye il faut que vous deveniez "ambulance"..... Vous allez par conséquent mener une vie très différente de cette qui était vôtre. Dans ces heures troublées, heureuses celles qui comme le Vierges sages ont avec elles dans leur lampe l'huile de la confiance en Dieu ! La cloture sera forcément levée mais vous ne sortirez qu'avec la permission de Madame car le voeu d'obéissance vous lie toujours. Quelques unes viendront nous aider à st Benoît à soigner les blessés et je vous enverrai quelques Pères pour l'administration des Sacrements.... A présent disposez tout pour recevoir les blessés car comme je viens de la dire à Mme j'ai offert nos deux abbayes au commandant de place de Namur [le Général Augustin Edouard Michel] comme ambulances internationales de la croix Rouge......." Nous quittons le parloir l'âme angoissée mais pleines de confiances.......
Tout aussitôt nous nous disposons à obéir à l'ordre qui nous a été donné. Nous réunissons à la porte de cloture lits, matelas, paillasses, coussins, oreillers, couvertures... Le trésor et les objets précieux de la sacristie sont mis en lieu sur.... Nous cachons des provisions
 

[Premier carnet - Folio 3]

de bouche un peu partout - A l'atelier de St Paul on confectionne sans un moment de retard trois grands drapeaux portant la Croix-Rouge. Nous entendons très distinctement le bruit du canon dans le lointain, la porte du préau étant ouverte. Comment dire l'impression ressentie à ce moment......
Mardi 4 Août Les journaux n'annoncent rien de certain. Liège n'est pas pris - L'appel fait à la jeunesse belge a prouvé en celle-ci un patriotisme magnifique. Le sentiment chrétien s'affermit partout - En voyant passer nos troupes, nous disait un de nos ouvriers qui avait assisté au défilé d'innombrables trains à Charleroi, on se sentait tout ému. "Devant ces lourds canons traînés par trois locomotives, devant ces braves qui allaient verser leur sang pour la patrie, on n'aurait pu garder sa casquette sur la tête, tout le monde se découvrait par respect pour la noble cause qu'ils allaient défendre."
Mercredi 5 Août : A midi nous hissons le drapeau blanc. On fait en hâte des bourses et des étoles pour les Aumôniers de la Croix-Rouge - Après-midi Père Abbé revient ; il nous excite à la confiance non en nous-mêmes mais en Dieu et commente le verset du Psaume 22e "Même si je devait marcher dans les ombres de la mort, je ne craindrais aucun mal car vous êtes avec moi !..... Il désigne P. Aubert comme notre chapelain "afin de garder le S. Sacrement
 

[Premier carnet - Folio 4]

et.... les colombes... Père Aubert  [Merten, moine de Maredsous] restera ici à demeure hors clôture. Nous ne pourrons plus avoir qu'une messe ce qui est un grand sacrifice pour nous. Madame nous permet de consacrer le temps de cellule à la prière et nous donne même 1/2 heure en plus.
Vendredi 7 Août. Les nouvelles sont plus alarmantes. Père Abbé annonce à Madame que nos abbayes au lieu de devenir "ambulances" vont être prises par les armées comme un point stratégique. On s'attend à un engagement sérieux dans l'Entre-Sambre et Meuse et un bombardement est à craindre pour notre cher moustier.
D'autre part, ordre a été donné de conduire d'urgence à la frontière les Pères et les frères allemands.. Même mesure est prise à l'égard de notre mère Benedicta et de notre pauvre soeur Catherine. Cette décision très pénible pour chacune est cependant fort sage.... La douleur de Soeur Catherine est si réelle qu'elle fend le coeur - Entre-temps nous nous préparons de notre côté à l'éventualité d'un départ général. Si notre abbaye est occupée par les troupes, il nous faut la quitter à tout prix - Cette double perspective - ambulance ou caserne complique singulièrement les mesures à prendre -
Samedi 8 Août - - La réunion du séniorat au parloir Notre Dame présidée par le Père Aubert s'était prolongée hier au soir bien tard - Nouvelle obédience nous avait été donnée d'organiser les choses
 

[Deuxième carnet - Folio 1]

2

de manière à pouvoir quitter le monastère en cas de force majeure, en déans les deux heures. Mais où nous réfugier ? Il est question de Gand [Gent - Provincie Oost-Vlaanderen] - de Knocke [Knokke-Heist - Provincie West-Vlaanderen] - d'Heverlé [Herverlee - Leuven - Provincie Vlaams-Brabant] où nos bonnes Oblates nous ouvrent leur maison toute large - de Bruges [Brugge - Provincie West-Vlaanderen] où les Dames de St André nous offrent la plus chaleureuse hospitalité. Néanmoins un certain nombre s'offre à garder le monastère, logeant au village où l'on est très-désireux de nous héberger.... Ce qui nous peine le plus c'est la pensée de devoir peut-être nous séparer en divers groupes.... Mais comment voyager ?... Déjà la plupart des trains ne circulent plus et les communications deviennent de plus en plus difficiles... Loin de nous en effrayer, nous nous en réjouissons au fond du coeur ; car notre unique désir est de pouvoir rester au poste d'honneur où le Seigneur nous a placées, assurées qu'Il veillera lui-même sur nous -
Dans la soirée les nouvelles sont plus rassurantes : Père Abbé nous fait dire que le danger n'est pas imminent pour nous et que nous pouvons momentanément rester dans notre cher monastère.... les troupes descendent plutôt vers le Luxembourg..... C'est déjà la réponse du Seigneur... C'est notre confiance qui doit nous sauver.
 

[Deuxième carnet - Folio 2]

Dimanche 9 Août - Nous nous reposons un peu des fatigues et des émotions de la veille. En effet toute la journée du samedi avait été employée à descendre dans les caves attenantes à la crypte tous les ornements sacrés - toutes les armoires de la sacristie, les archives, les livres, le linge etc. etc Le soir à la conférence, Madame nous raconte comment un brave soldat natif de ce pays a été merveilleusement préservé grâce à sa médaille de St Benoît ; alors que les balles pleuvaient autour de lui et que ses compagnons tombaient les uns après les autres, il sortit du combat sans une blessure.
Samedi 15 Août. Un grand combat se livre aujourd'hui aux environs de Dinant. Le canon gronde avec force toute la journée et fait trembler les vitres... Nous fêtons en même temps le 25e anniversaire de la vêture de Madame notre Mère mais les circonstances pénibles que nous traversons, l'angoisse qui serre les coeurs ne permet pas de donner à cette petite fête de famille son cachet accoutumé - Nous demandons de tout coeur au Seigneur qu'Il veuille la soutenir et alléger les lourdes responsabilités qui pèsent sur elle en ce moment....
Dimanche 16 Août - Nous chantons la messe solennelle votive in "tempore belli" par ordre de Mgr de Namur. Après-midi grande procession au jardin au chant des Litanies et prières pour la paix
 

[Deuxième carnet - Folio 3]

Mercredi 19 Août. La fusillade se fait de nouveau entendre, tandis que le canon tonne toujours dans la direction de Dinant dont nous ne sommes éloignées que de quelques kilomètres. Les Français occupent une rive de la Meuse tandis que les Allemands sont adossés à l'autre - Nous recevons après-midi la visite d'un général français : le général Lemoine et de son aide de camp. Ils entrent en clôture avec le Rssime Père et veulent se rendre compte à la veille d'un engagement décisif du nombre de places dont nous disposons pour les blessés. Nous sommes donc bien au centre des opérations militaires et nous devons nous tenir prêtes à tout évenement -
Jeudi 20 Août - Nous nous préparons donc à recevoir le plus grand nombre de blessés possible, cette fois à l'intérieur même de la clôture car le général Leman
[?] a jugé que le quartier extérieur était insuffisant - Ordre est donné à chacune de descendre son lit et de coucher paillasse par terre. Madame a décidé que la clôture serait reculée de manière à abandonner au service de l'ambulance le grand cloître, le chapitre et la chambre des soeurs transformée en salle d'opération. Le réfectoire sera aussi mis à la disposition des blessés si les autres locaux sont insuf-
 

[Deuxième carnet - Folio 4]

fisants. Une cloison de planches est pratiquée au bas de l'escalier de pierre, une autre à l'entrée du petit cloître donnant sur l'ouvroir, une 3e entre St Martin et l'escalier du Publicain La procession des grâces passe par le préau. Prime se terminera au choeur. Le chapitre étant forcément supprimé. L'après-midi se passe à confectionner des oreillers, des traversins, des paillasses coupées en hâte dans la grande tenture verte du choeur. Dans la soirée, nous apercevons un grand nombre de soldats français sur les hauteurs environnantes. Ils passent la nuit à Maredret. Pendant Complies un bruit insolite se fait entendre dans la cour d'honneur : c'est notre chariot que l'on vient quérir pour être placé au travers de la route afin d'arrêter au besoin les automobiles allemandes.
Vendredi 21 Août. Nous apprenons la mort de notre saint et vénéré Pontife Pie X C'est bien la douleur causée par les pénibles évenements que nous traversons qui aura précipité la fin de cet illustre Prélat.
Samedi 22 Août - Pendant la messe de la mitraille lancée sur un aéroplane allemand tombe sur le toit de l'église avec un bruit saississant. La canon tonne toute la matinée et la présence des régiments français qui campent en grand nombre tout près d'ici et que nous distinguons fort
 

[Troisième carnet - Folio 1]

3

bien à l'aide de nos jumelles nous annonce qu'une grande bataille doit être engagée C'est l'armée de réserve prête à se jeter au feu au premier signal. Malgré une consigne très-sévère, Soeur Marthe parvient à pénétrer jusqu'au milieu du camp afin de distribuer des Evangiles de St Jean, des médailles et des images - La cannonade faisant rage il n'y a aucun doute qu'une grande bataille est engagée. Madame décide de faire encore une procession au jardin à 10 h. Les autorités militaires demandent qu'on ne sonne plus les cloches qui troublent les troupes paraît-il...
Dimanche 23. Toute la nuit il y a eu des mouvements considérables de troupes. Vers 9 h. nous voyons des régiments français se replier sur Maredret : les Allemands ont passé la Meuse et la Sambre.... Le chef d'état major français arrivé ici dans l'après midi demande au P. Abbé de faire évacuer les deux abbayes afin que les troupes françaises puissent les occuper comme forteresses Le Père Abbé répond que c'est impossible puisqu'il n'y a plus moyen de fuir.... Comme le bombardement est à craindre, le Rd Père Aubert
[Merten] à qui est confié le soin de notre abbaye pénètre en clôture afin de prendre certaines mesures car la situation est grave - le danger imminent.... Toutes néanmoins nous sommes très-calmes
 

[Troisième carnet - Folio 2]

assurées que le Seigneur lui-même veille sur nous. De tous côtés on voit le feu des obus qui éclatent sur Ermeton - Graux - St Gérard et la fumée des incendies embrasant le ciel du côté de Mettet - Fosses et Tamines.....
Nous faisons donc en grande hâte les aménagements nécessaires pour passer la nuit dans la crypte. Le T. S. Sacrement y est descendu. Le Seigneur semble dire : "Ego tecum sum, nolite timere" Ne craignez pas - je suis avec vous.
Dans la cave de la crypte on installe des paillasses où nous reposerons tout habillées prêtes à la première alerte. Madame a offert l'hospitalité à une partie de la population de Maredret, saisie d'une vraie panique à l'annonce de l'approche de l'ennemi : Vers 8 heures la canonade devient plus intense tandis que nous entonnons l'office de Matines à la crypte. Pour ma part, je ne puis y assister ayant à recevoir et à réconforter plusieurs Religieuses des villages environnants terrifiées elles aussi à la pensée du danger si prochain - Vers minuit des coups de feu se font entendre du côté de l'Ouest puis des nuages de fumée.... Aussitôt tout le monde est sur pied... Le Rd Père Aubert nous annonce que les Allemands sont à Denée et qu'il est temps de célébrer la Messe car il craint une attaque avant l'aube.... Aussitôt on ouvre la
 

[Troisième carnet - Folio 3]

porte de clôture toute large pour laisser passer le flot des villageois auxquels nous avions réservé la cave près de la porterie. Ils y descendent au nombre de plus de 150. Ces pauvres gens font pitié à voir tant ils sont consternés : parmi eux il y a des réfugiés d'autres villages déjà incendiés par les allemands. Invités à venir assister à la messe, un petit nombre seulement ose s'y rendre - A 1 1/4 la Messe commence ; messe inoubliable faisant penser à ce qui devait se passer dans les catacombes au temps des persécutions... Chacune croit que c'est la dernière messe à laquelle il lui est donné d'assister et c'est avec un sentiment indicible de confiance et d'abandon que l'on récite le "Suscipe" tandis que le Seigneur vient nous consoler et nous réconforter. Tandis que l'action de grâces se prolonge on entend le bruit sinistre des mitrailleuses et des coups de révolvers... Peu à peu le calme semble renaître au dehors et nous nous décidons à quitter la crypte : le danger semble écarté cependant il est défendu d'approcher des fenêtres : plusieurs obus ont été retrouvés ainsi que de grosses balles de mitrailleuses.... Sur les grandes routes à l'horizon on voit des rangs serrés d'allemands se dirigeant vers les frontières françaises... Des vêtements épars gisent ça et là, des cadavres
 

[Troisième carnet - Folio 4]

de chevaux et d'hommes, un véhicule abandonné une voiture d'ambulance, une masse noire qui nous semble un canon, des tas d'armes brisées, c'est bien le lendemain d'une débâcle. Un malheureux villageois ramasse innocemment quelques armes, aussitôt il est fusillé [il s'agit d'Emile Taton tué le 24/08/1914 - Voir le Liber memorialis de l'Abbé Jean Bruyr]. Mère Caecilia [Joyce Marmion, nièce de Dom Columba Marmion, Abbé de Maredsous] assiste de sa fenêtre à cette scène sinistre... Aussi les villageois qui étaient sur le point de rentrer chez eux n'osent encore s'y aventurer... Tout au coup on annonce que deux Uhlans à cheval se dirigent vers notre abbaye. Aussitôt le Rd Père Aubert accompagné de deux villageois auxquels nous avions donné une médaille de St Benoît franchissent la cour d'honneur pour aller à leur rencontre.. Mais ô puissance de la prière : les Uhlans avaient disparu. On les avait vus s'arrêter un moment devant la grille de la cour d'honneur - se dire quelques mots tout bas et puis aussitôt tourner bride. L'Evangile de St Jean ainsi que la médaille de la Ste Vierge et de notre Bx Père [saint Benoît] que j'avais chargé Sr Marthe d'enfouir devant cette grille leur avait fait rebrousser chemin....
Des officiers allemands interrogés par des gens du village leur avaient dit que celui-ci serait épargné à cause des deux abbayes que l'empereur avait défendu de bombarder parce qu'ils faisaient partie de la congrégation de Beuron
 

[Quatrième carnet - Folio 1]

4

qu'il affectionnait spécialement. Quant à nous notre reconnaissance s'en alla directement au Seigneur car c'est bien Lui et non l'empereur qui avait décrété de nous épargner. Néanmoins après ces nouvelles, les gens de Maredret réfugiés ici nous ont quittent tout débordant de reconnaissance.... Mais arrivés à l'Atrium, quelques uns se ravisent. Des coups de feu partent encore de différents côtés, les groupes se reforment et nous offrons à dîner à ceux que la frayeur paralyse encore... Mais à midi un violent coup de canon vient glacer d'effroi tous nos pauvres fugitifs, les enfants jettent des cris déchirants et s'accrochent à leurs parents. Un obus tombe avec fracas sur le toit mais le Seigneur nous gardait et l'obus s'arrêta net sur une dalle du grenier qu'il brisa en partie et alla rouler plus loin. Plusieurs détonations suivirent celles-ci et le lendemain et les jours suivants on trouva encore plusieurs balles et éclats d'obus à divers endroits - Nous nous trouvions heureusement toutes au réfectoire sinon plus d'une d'entre nous aurait pu être atteinte, les balles ayant pénétré dans des chambres presque toujours occupées comme le noviciat, l'imagerie, la buanderie, le cloître même. De plus au réfectoire les coups de canon qui avaient été d'une
 

[Quatrième carnet - Folio 2]

violence extrême furent fort amortis et ainsi le saisissement fut moins grand. Néanmoins Madame quitta aussitôt la table et trouva devant la porte de clôture le R. Père Aubert et les deux Gustave, nos fidèles ouvriers. Ensemble ils montèrent au grenier pour constater les dégâts qui étaient minimes. De là on distinguait 8 ou 9 incendies à l'entour. Madame nous apporta l'obus en récréation et ensemble nous bénîmes le Seigneur qui ne cessait de nous assister d'une manière si visible..... Comment craindre encore après de tels signes de sa protection....... Les fuyards belges et français sont ici en grand nombre ; ils sont traqués dans les bois et fusillés sans merci, c'est horrible à entendre et nous souffrons en silence impuissantes que nous sommes à faire qui que ce soit pour eux....
Lundi 24.... J'ai déjà anticipé sur le récit de la journée du lundi qui ne semble faire qu'une avec celle d'hier puisque le sommeil pour aucune d'entre nous n'est venu en interrompre le cours. Toute la matinée le canon gronde sur Ermeton où se livre un violent combat. Presque tout l'état major allemand y a succombé surpris par 600 Belges apprenons nous bientôt. Le soir au sortir de Matines nous voyons le ciel tout en feu du côté de
 

[Quatrième carnet - Folio 3]

l'Ouest : c'est Ermeton qui brûle : les Allemands veulent se venger de leur défaite du matin. 84 maisons sont incendiées c'est presque tout le village. On a essayé en vain de mettre le feu à une petite chapelle : la protection du Seigneur et de sa sainte Mère ici encore ont été visibles.
Mardi 25 Août - La nuit a été plus calme : les habitantes des cellules de l'Est ont pu y rentrer ; elles donnent asile à celles de l'Ouest encore trop exposées aux balles ennemies.... Après la Ste Messe, le Saint Sacrement est reporté à l'église. Vers 10 h. M. Lucie et Sr Febronia en allant chercher des légumes découvrent deux pauvres fugitifs belges cachés dans le bois de l'Ave Maria. On ne peut hélas leur donner les vêtements civils qu'ils demandent : cela ne les sauverait pas et exposerait grandement le monastère. Notre mur de cloture est gardé par des patrouilles allemandes à l'affût des fugitifs car partout on retrouve leurs traces, ici des armes, là une capote, un képi, plus loin une gamelle, un bidon, des gobelets etc. jusque dans l'intérieur même de la cloture. Vers le soir profitant d'un moment d'accalmie nos deux malheureux confessés et réconfortés sont conduits à Maredsous, là ils rejoignirent d'autres soldats belges et français qui avec 180
[?] ambulanciers avaient fui Namur et étaient venus demander asile à l'Abbaye de St Benoît. L'interven-
 

[Quatrième carnet - Folio 4]

tion du Père Abbé pourra peut-être les sauver nous l'espérons du moins. Ce sont les Hussards de la Mort (des Saxons) qui gardent militairement le village.
Mercredi 26. Nous sommes fort fatiguées et rompues par les émotions de ces derniers jours le canon état encore venu troubler notre repos et nous empêcher de dormir. En conséquence Madame ordonne de faire la sieste entre la récréation et Vêpres - On observe à cet effet un complet silence dans tout le monastère. Trois fois aujourd'hui un aéroplane allemand évolue dans la contrée, il survole le monastère et le jardin lentement et très-bas. A un moment donné, un coup de feu est tiré ; l'aéroplane n'est pas atteint mais il répond par l'envoi de deux bombes que nous distinguons parfaitement d'ici à l'éclat très vif qu'elles lancent en éclatant. Cet attentat contre l'aéroplance est dû sans doute à un des soldats fugitifs caché dans les bois de Me Bruggman. Le bruit court que les Hussards vont incendier Beauchesne
[château appartenant à Mme Bruggman]... Où s'arrêtera l'incendie ? Les troupes allemandes continuent à passer en grand nombre faisant halte la nuit ds tous les villages environnants
Jeudi 27. Hier soir pendant Matines un vigoureux coup de sonnette se fait entendre à la cour d'honneur. Dom Aubert, notre fidèle
 

[Cinquième carnet - Folio 1]

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chapelain se présente à la porte. 60 hommes sont là sous la conduite d'un officier, le revolver au poing, le fusil braqué sur D. Aubert : "Est-ce ici que sont les prisonniers que nous venons chercher ? Non, vous êtes ici chez des moniales, c'est plus loin - là bas à Maredsous... Mes hommes sont fatigués grogne l'officier... Et D. Aubert pour les amadouer traverse leurs rangs et se met à leur tête pour leur montrer la route. Petit à petit les revolvers s'abaissent et le ton se radoucit - Pendant ce temps nous continuons nos Matines assurées que nous ne pouvons mieux faire pour écarter tout danger du moustier. Plus que jamais nous nous rendons compte que la prière est toute puissante.
Vendredi 28. Des groupes d'ambulanciers moines et villageois se rendent aujourd'hui à la recherche des corps de nos pauvres soldats qui gisent çà et là dans les champs et les bois. les allemands leur avaient refusé la chose les jours précédents... Nous irons nous-mêmes avaient-ils dit... Puis après trois jours : Allez maintenant ils doivent être morts - Les nuits avaient été froides brumeuses - très-humides. Pauvres blessés ! Comme ils ont dû souffrir sans le moindre soulagement, sans le suprême réconfort du prêtre à leur dernier moment.... Et cela à quelques pas de nous !.....
 

[Cinquième carnet - Folio 2]

Jeudi 3 septembre - A 10 heures nous arrivent 20 blessés belges et français que le P. Aubert aidé de Sr Marthe et de nos soeurs tourières installent dans le quartier extérieur. Ce sont des convalescents qui nous sont envoyés par St Benoît où ils en ont près de 200. Ils demandent à pouvoir assister à la messe de 3 h. (Vêprs) et à celle du soir (Complies) Ils y seront fidèles, le parfum d'iodoforme trahit leur présence ainsi que le bruit des béquilles.... Madame voit en particulier chacun de ces braves et elle est édifiée de leurs nobles sentiments "Ce sont de vrais saints déclare M. Gabriel après un parloir qui lui a été accordé avec l'un ou l'autre.
Madame a fait ne triple promesse à la Ste Vierge si notre cloture n'est pas violée pendant la guerre et si la récitation de l'Office peut se poursuivre sans interrruption.
Dimanche 13. Au moment des Vêpres deux uhlans se présentent : ils viennent quérir nos prisonniers. Nous entendons un bruit insolite dans l'église des fidèles ; aussitôt chacune pense à nos pauvres blessés.... Sans leur laisser le temps de faire les moindres préparatifs, ils sont sommés de se mettre en route... A St Benoît on entasse dans des charettes ceux qui ne peuvent absolument pas marcher - ils sont la 80 - sous la surveillance de
 

[Cinquième carnet - Folio 3]

4 uhlans qui les escortent et partent d'abord sur Ermeton. On nous dit qu'ils sont destinés à être placés aux premiers rangs ennemis ds les combats... Quelles atrocités et quand pouvons-nous espérer voir la fin d'un tel état de choses. Seul le Seigneur le sait et sa Providence veut nous en cacher le moment afin que nous vivions uniquement de foi et de confiance :
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Lundi 14... Départ du Rissime P. Abbé Columba - Mgr l'évêque de Namur et les sénieurs de l'abbaye lui ayant conseillé de passer la frontière vu sa nationalité qui aurait pu causer des difficultés à lui et à ses moines, il profita du passage à Maredsous d'un prêtre hollandais et d'un
[illisible] pour mettre ce projet à exécution - Ces deux hollandais étaient venus examiner sur les lieux mêmes la véracité des cruautés allemandes - Dinant, Sommières, Surice, Ermeton et tant d'autres villages environnants flambaient encore ou avaient disparu sous les ruines.....
Octobre Petit à petit la vie ordinaire reprend son cours - Toujours des vexations autour de nous dont nous entendons le contre coup mais le Seigneur ne permet pas que nous soyons molestées une seule fois. Il continue à nous garder vraiment "comme la prunelle de ses yeux"....
 

[Cinquième carnet - Folio 4]

Novembre 1914 - P. Aubert après une absence de deux à trois semaines nous revient mais pour nous quitter de nouveau et cette fois pour un temps indéterminé. P. Abbé le rappelle auprès de lui, à l'effet de commencer une fondation en Irlande. Cette nouvelle surprend tout le monde et ne trouve d'écho à St Benoît. P. Aubert après avoir pris conseil du P. Prieur annonce à Madame que l'obéissance lui demande de partir sans un jour de retard - Cette nouvelle impressionne vivement Madame notre mère. Le P. Aubert lui avait témoigné à elle et à toute la communauté un dévouement si sincère pendant les jours difficiles que nous venions de traverser qu'il avait conquis toute sa confiance et toute son estime. - Cependant guidée comme tjs par son esprit de foi, dès qu'elle eut compris que telle était la volonté de Dieu, elle l'accepta sans hésiter - Depuis lors le Seigneur a redoublé ses bontés à notre égard... ni visite d'Allemands, ni réquisitions, ni vexations : il nous a tout épargné, nous donnant à chaque jour, à chaque heure ce qui nous était nécessaire il nous a bien montré qu'il se constituait lui même, notre protecteur notre défenseur, notre refuge assuré : "Oui maintenant et tjs bénissons le Seigneur, p.c. qu'il a fait éclater pour nous sa miséricorde "in civitate munita" ds une cité fortifiée à l'abri de tous les dangers de l'âme et du corps... Amen ! Alleluia -


NOTES DE L'ANNEE [agenda 1914 des Annales]

- Renseignements généraux au sujet de la guerre.

- Maisons brulées à Louvain - 1080     -
-    "       "    à Ermeton -
- Environs de Liège
[mots soulignés deux fois]
                  Battice   Village entièrement incendié
                  Julemont     "         "          "
                  Barchon      "      anéanti, fusillades, désastre complet.
Blegny - Belle église incendiée - 30 fusillés
Chesneux -       Village anéanti, plusieurs fusillés
Bois de Breux - 15 maisons incendiées "         "
Hermée -        à peu près anéanti
Heure-le-Romain   170 maisons incendiées, Curé et plusieurs habitants fusillés
Visé - anéanti
Souvrè - à peu près détruit, belle église n'existe plus. - doyen très ébranlé
Haccourt - en partie incendie - curé fusillé.


Jeudi 31 décembre 1914  Il y a 100 ans-
S. Sylvestre

- Cette dernière journée de l'année a dû être marquée par un combat très violent, car le roulement du canon a été incessant, il semble se rapprocher un peu. Cela a duré toute la journée et bien avant ds la nuit.

- Ce matin Madame a eu la grande joie de recevoir une longue lettre du Rme P. Abbé Primat, qui dit avoir écrit plusieurs fois déjà sans résultat ; cette fois il a usé de l'intermédiaire du Commandant Militaire de Namur et la lettre partie de Romme le 22 ct [courant] est arrivée sans trop de retard. Le Rme écrit une lettre pleine de Coeur, ds laquelle il laisse entendre combien il souffre des douloureux évènements que ns traversons et de l'impossibilité où il se trouve de se renseigner à notre sujet et de ns venir en aide


Mercredi 30 décembre 1914
S. Sabin

[Page restée blanche].


Mardi 29 décembre 1914
S. Thomas, év.

- La Feld Post nous apporte enfin les ordos de Beuron, attendu impatiemment. Etant donné les circonstances, il a été impossible à Mr Desclée de faire imprimer l'Ordo à Tournai comme les autres années, il a toujours fait cela à titre gracieux pour la Congrégation entière. Mais les imprimeries sont arrêtées Comme tout le reste ! Il avait songé un moment à le faire imprimer à Rome ; mais finalement le Rme P. Archiabbé a décidé de le faire à Beuron même. Nous en recevons aujourd'hui 3 exemplaires, mais le mois de janvier seul, le reste suivra. Le commencement est très bien imprimé et tout à fait satisfaisant. Les nouvelles rubriques sont seules appliquées, le Calendrier ancien est maintenu provisoirement car la guerre a empêché de rien conclure à ce sujet.


Lundi 28 décembre 1914
Ss. Innocents

[Page restée blanche].


Dimanche 27 décembre 1914
S. Jean, év.

[Page restée blanche].


Samedi 26 décembre 1914
S. Etienne

- Après la Messe Conventuelle, une nouvelle se répand ds le monastère : Monsieur et Madame Desclée sont au parloir avec Melle Marguerite et les 3 blessés de l'Ambulance de St Benoît, toutes celles qui le désirent peuvent aller les saluer au parloir. On s'empresse de répondre à cette invitation : les pauvres blessés sont trois amputés : un Français, amputé du bras droit, un Wallon et un Flamand amputés ts les deux de la jambe droite, ils marchent à l'aide de béquilles. Ils sont très gais nos trois soldats, chacun raconte son histoire, et le Français a de plus tout un sac d'anecdotes sur les teutons.... On leur sert un verre de vin et des biscuits et la conversation se poursuit le plus gaiement du monde.


Vendredi 25 décembre 1914
NOEL

L'armistice demandée avec tant d'insistance par le Pape, ne lui aura pas été accordée, car l'on a entendu le Canon cette nuit et encore aujourd'hui ; mais le Seigneur a permis qu'un très épais brouillard vint entraver les opérations militaires et il semble qu'il y a au moins une accalmie !!
Cette douce fête sera bien assombrie cette année, dans toutes les familles il y aura des vides. Mais peut-être les prières seront-elles plus nombreuses et plus ferventes, on se consolerait de tout si finalement Dieu pouvait de nouveau avoir la place à laquelle il a droit.
Tout ce que l'on rapporte fait espérer qu'il en sera ainsi, et ns avons été particulièrement consolées en lisant ce qui se passe en Allemagne ds un camp de prisonniers français : l'assistance à la messe est journalière et augmente tj. ainsi que les Confessions et les Communions ; des officiers et soldats éloignés de tte pratique religieuse se pressent à recevoir le baptême !

- Dans notre crèche se trouve cette année un objet assez insolite. On a eu l'idée de mettre un minuscule balai ds la main de s. Joseph, avec l'espoir qu'il s'en servira pour balayer vigoureusement la Belgique des envahisseurs.


Jeudi 24 décembre 1914
Ste Delphine

- Le Canon gronde très [mot souligné deux fois] fort aujourd'hui, et semble se rapprocher un peu. On dit qu'à Chimay [Province de Hainaut] le sol tremble.

- Pour les Ires Vêpres de Noël notre cloche Bénédicta, muette depuis le mois d'Août, s'ébranle joyeusement. Mais les sonneries ne se font qu'à une seule cloche.


Mercredi 23 décembre 1914
Ste Anastasie

- Madame fait envoyer un petit cadeau de Noël aux dominicaines de Dinant. Un grand pot de confitures et des bas.

- A midi on ns lit un résumé du discours fait par le P. Janvier à Notre Dame de Paris le 15 novembre. Si pâle que soit cette analyse elle ns a vivement émues et nous sommes bien désireuses d'en lire le Texte intégral qui doit être très beau.

- Un habitant de Couvin [Province de Namur] arrivé à Maredret affirme que les Allemands sont repoussés jusque Couvin, mais actuellement on est un peu plus sceptique de l'accueil fait aux bonnes nouvelles, l'impression générale reste excellente néanmoins.


Mardi 22 décembre 1914
S. Yves, év.

- Le Canon continue à tonner distinctement ; les nouvelles sont très bonnes, le journal, malgré la censure allemande parle des succès des Alliés et de leur marche en avant, tant du côté de l'Yser qu'en France.

- On a fait aujourd'hui un très joli gâteau pour Madame Desclée qui aura le plaisir de le partager avec les 4 blessés qui restent encore à St. Benoît et avec lesquels Mr et Mme Desclée vont goûter assez souvent. Le gâteau était surmonté des drapeaux belge, Français et Anglais.

- La Gde épreuve matérielle du moment, c'est le manque de pétrole pour nous, c'est incommode et désagréable seulement, ms pour les pauvres c'est une vraie épreuve, ils n'ont absolument rien pour s'éclairer. - Les Allemands promettent tj du pétrole mais il n'arrive pas.... jusqu'aux belges ! Ces derniers jours on annonçait bruyamment une distribution de pétrole ds toutes les communes de la province ; aujourd'hui c'était le tour de Maredret et M. Cellerière envoie un homme chez le bourgmestre pr avoir notre part : Il revient avec.... 1 bouteilles, (1 litre !) les moins heureux n'ont rien eu du tout....

- Après Vêpres Dom Hadelin de Moreau nous entretient encore comme hier, il faut espérer que ses notes seront publiées après la guerre.
Il ns a raconté comme le
[blanc] Août, quand on se battait tout autour de nous à St Gérard, Fosses, Mettet... le Curé de Mettet sollicita du colonel allemand l'Autorisation d'aller sur le champs de bataille où tant de Turcos étaient tombés. La demande est rejetée. Le lendemain le Curé revient à la charge et on lui permet d'y aller à ses risques et périls. Il partit avec plusieurs religieuses qui portaient tout ce qui est nécessaire pour l'administration du baptême. Le champs de bataille est situé entre Mettet et Oret. Beaucoup de Turcos qui gisaient là étaient encore en vie et acceptèrent le baptême ! Deux seulement refusèrent. Cette pêche miraculeuse est un des incidents les plus consolants de cette triste guerre.


Lundi 21 décembre 1914
S. Thomas, ap.

[Page restée blanche].


Dimanche 20 décembre 1914
S. Philogone

- L'Acétylène nous a tout à coup manqué ds la soirée. Le souper à la clarté des bougies, (ou plutôt d'une 1/2 douzaine de cierges) ne manquait pas d'originalité. La récréation s'est passée fort gaîment à la lueur d'un cierge. Ces Temps ci chacune est invitée à raconter ce qu'elle a appris sur les évènements que ns traversons, et à côté des histoires douloureuses et des hauts faits militaires, on a souvent la consolation d'entendre de très jolis récits qui prouvent combien le Seigneur s'occupe de ses fidèles enfants de Belgique qui se sont rapprochés de lui à l'heure de la gde tribulation. Ces interventions Providentielles ont eu plus d'une fois un caractère vraiment surnaturel et miraculeux, toujours elles sont touchantes et provoquent une Confiance Croissante.

[Ajouté au crayon en dessous du texte :] Charbon Sr Wivine


Samedi 19 décembre 1914
S. Grégoire

- Le Canon continue à tonner toute la journée au loin comme les jours précédents, on est sans nouvelles sur ce qui se passe et l'impression générale est que la guerre pourrait bien se prolonger longtemps encore.


Vendredi 18 décembre 1914
S. Gratien

- La canonnade continue a se faire entendre avec grande vigueur toute la journée... où l'action se passe-t-elle ? Nous n'en savons rien.
Toutes les rumeurs continuent à être très favorables aux alliés. Les soldats allemands interrogés isolément paraissent très découragés.


Jeudi 17 décembre 1914
Ste Olympie

De grand matin on entend le Canon qui tonne d'une façon ininterrompue au Nord Ouest, toute la nuit il en a été de même et cette Canonnade continue toute la journée, il paraît d'après ce qu'on ns a dit que ce serait le canon de l'Yser que ns entendrions jusqu'ici. Les grondements lointains semblent annoncer un très violent combat.

- Madame nous lit en récréation la lettre qu'elle vient de recevoir de Mère Bénédicta de Spiegel [voir le samedi 8 août 1914], c'est la 1ere lettre d'elle qui ns arrive.... elle dit fort peu de chose.

- C'est aujourd'hui que l'on met en Vente "Le livre du Roi Albert" contenant des centaines d'articles publiés par des hommes de marque, depuis le commencement de la guerre, soit ds les pays alliés, soit ds les pays neutres mais tout à l'honneur de la Belgique.


Mercredi 16 décembre 1914
Quatre-Temps

- Dom Lambert [Beauduin] ns dit encore la 1ere messe, il part ensuite.

- On nous lit au réfectoire un très bel article sur notre Roi, paru ds "le Temps" de Paris, cela fait vibrer tous les Coeurs !

- Un articulet de "l'Ami de l'Ordre" annonce que les journaux italiens parlent de la reprise des relations diplomatiques entre la France et le Vatican... cette nouvelle nous cause une joie très profonde, ce serait le premier pas marquant le retour de la France à Dieu. - A côté de cela ns apprenons avec bp de regret que la France et la Russie ont seules repoussé la proposition du Pape qui avait demandé aux Chefs des états belligérants de conclure un armistice d'un jour pr la fête de Noël

- Quelques lettres arrivées d'Anvers [Antwerpen] aujourd'hui apportent à notre chère petite soeur Christiane la nouvelle que tout a été brûlé chez elle, lors du bombardement et de l'incendie de la ville de Termonde [Dendermonde - Provincie Oost-Vlaanderen], sa mère est en bonne santé, mais son Frère est prisonnier ! Nous avions toujours caché à notre novice ce que nous savions de Termonde, ces nouvelles étant de nature à l'inquiéter bp. Nous apprenons aujourd'hui à notre grande édification qu'elle avait appris fortuitement depuis des semaines le bombardement de Termonde "mais comme on avait la délicatesse de me le cacher, dit-elle, j'ai fait semblant de rien" et pendant tout ce temps elle n'a pas fait la moindre question pour se renseigner.


Mardi 15 décembre 1914
S. Mesmin

- Après la récréation nous votons pr l'admission à la profession de nos deux soeurs converses Gertrude et Blandine.

- Au réfectoire on ns lit [texte interrompu.]

- Sr Wivine reçoit la visite de ses deux soeurs qui ont fait un long voyage à pieds pour arriver jusqu'ici. Elles apportent une lettre du Curé de Corbais qui a été bien maltraité et a été menacé d'être pendu.

- Le Curé de Leffe vient de rentrer ds sa paroisse 235 hommes y ont été fusillés, il en retrouve 7 ! Ce Curé est plein de zèle le plus ardent, on raconte que 2 fois par jour il réunit ses paroissiens, (avec autant de liberté que s'il n'y avait plus d'allemands), il leur parle, prie avec eux, tous se rapprochent de Dieu. Mais ils ne permettent pas à leur Curé de s'éloigner, ils ne sont attachés à lui Coeur et âme.


Lundi 14 décembre 1914
S. Honorat

- Ce midi Madame arrive au réfectoire avec un gros paquet de lettres ce qui n'est pas arrivé depuis le mois d'Août ; elles nous ont été rapportées de Bruxelles par Sr Marthe notre oblate qui a passé q.q. jours ds la Capitale. Ses impressions ont été très bonnes en ce sens que la population Bruxelloise a su prendre une attitude très digne et quelque peu fière vis à vis de nos envahisseurs, on traite avec eux... à distance. Tous les théatres sont fermés, toutes les toilettes sont noires.... on a renoncé au luxe de la table, aux friandises etc.... le temps se passe en oeuvres de charité et de secours ; du matin au soir on s'occupe du soulagement de toutes les infortunes

- Monsieur Prüm arrive du Grand-Duché aujourd'hui pr voir M. Candida [sa fille] Cet Ami dévoué de la Belgique a fait un tour en Hollande, puis a passé par Louvain, Liège, Bruxelles, Namur partout il s'est renseigné sur les faits et après voir conféré avec nos évêques il déclare que la Belgique est indignement calomniée par l'Allemagne et qu'il est urgent de dire bien haut la vérité ; c'est pour arriver à cette fin que Mr Prüm en ns quittant va retourner en Hollande et de là écrire des Articles en allemand, bien documentés, qu'il enverra en Amérique. Dieu veuille que la lumière se fasse, car les odieuses Calomnies faites pr rendre le peuple belge exécrable aux allemands, ns peinent plus que tout le reste.


Dimanche 13 décembre 1914
Ste Luce

Gaudete

- Rénovation des voeux à la Messe Conventuelle qui ns est chantée par Dom Lambert [Beauduin], (sine ministris) les dalmatiques roses ns manquant encore, messe Ier Ordre néanmoins.

- A la récréation on peut constater que les belles instructions que nous avons entendues ont été goutées par tout le monde et que cette admirable retraite est regardée par toutes comme une nouvelle grâce du Seigneur en cette année d'épreuve.

- A 5 h. ns sommes de nouveau invitées au parloir, où le Rd P. Lambert ns donne enfin le récit tout à fait véridique de l'exode des moines du Mt César. Le voici brièvement : depuis le mardi 25 Août, la population de Louvain était terrorisée par des incendies et une incessante fusillade. Au Mt César, plus de vie de Communauté, on ne dormait plus, on ne se couchait plus. On ne peut se faire une idée du crépitement terrible de cette fusillade ininterrompue quand on ne l'a pas entendue. Le soir du 25, à Complies, on ne s'entendait plus à la psalmodie.... Mitrailleuses, fusillades, incendies faisaient rage. Du Mt César qui domine la Ville, Louvain apparaissait comme une mer de feu, nuit horrible ! - Le lendemain 26 le Rme P. Abbé [Dom Robert de Kerchove] réunit toute sa communauté, au pied de la gde statue de Notre Dame, et là d'un ton grave et solennel il lit une formule par laquelle la Communauté du Mt César s'engage par voeu à célébrer chaque année une procession solennelle le 8 sept. si le monastère et tous ses membres sortent sains et saufs de cette terrible guerre. - Il y eut une accalmie : les soldats étaient sans doute fatigués de fusiller, d'incendier, de piller.... - Mais le Jeudi 27 Août la panique fut à son comble quand vers 10 h. du matin des patrouilles allemandes se mettent à parcourir les rues accompagnées du Prieur des Dominicains, du Sénateur Orban de Xivry et de plusieurs autres qui criaient : "Tout le monde doit évacuer la ville. A midi commence le bombardement de Louvain" Le spectacle est indescriptible, les rues encombrées de fuyards, tous marchent les bras levés, c'est la consigne, Carmélites, Rédemptoristes, religieuses de tous les Ordres... les moines du Mt César, comme les autres, abandonnent leur monastère, laissant les portes ouvertes et descendent la pente de leur colline à leur vue toute la population du quartier les suit les croyant sans doute renseignés. Un officier allemand dit aux moines de se diriger vers la gare qui ne sera certainement pas bombardées, "après le bombardement vs pourrez en sortir." A la gare les moines sont alignés contre le mur extérieur, (tj les bras levés) ils croyaient leur dernière heure venue plusieurs se confessaient... qd un officier allemand, ami des moines de St Joseph à Coesfeld [Rhénanie-du-Nord-Westphalie - Allemagne], intervient et les fait entrer ds la gare où se trouvaient déjà les dominicains, patronés eux aussi par un officier. Le Rme P. Abbé consulte son chapitre sur le parti à prendre, l'officier dit qu'il y a un train en partance pr Cologne [Köln - Allemagne], il conseillait le départ pr M. Laach. Les moines saisis par la Terreur ne demandaient qu'à partir le P. Abbé y répugnait, ms en présence du sentiment unanime il se décida à partir à son gd regret d'ailleurs le temps pressait, on n'avait qu'un moment. Tandis que le train s'ébranlait les premiers obus tombaient sur la ville, (un pur simulacre de bombardement). Le Rme P. Abbé était visiblement inquiet de laisser ainsi son monastère à l'abandon, il en était très tourmenté et très affligé. D. Lambert [Beauduin] s'en rendit compte et c'est alors qu'il s'offrit de descendre du train à la première station (Waremme) [Province de Liège] avec le Frère Landoald [De Waeghe]. Le P. Abbé accepta avec la plus gde reconnaissance et un vrai soulagement.


Samedi 12 décembre 1914
S. Paul, év.

[Retraite communautaire].


Vendredi 11 décembre 1914
S. Damase, p.

[Retraite communautaire].


Jeudi 10 décembre 1914
S. Hubert

[Retraite communautaire].


Mercredi 9 décembre 1914
Ste Léocadie

[Retraite communautaire].


Mardi 8 décembre 1914
Immac.-Concept.

[Page restée blanche].


Lundi 7 décembre 1914
S. Ambroise

[La demi page supérieure est restée blanche].

[Après une ligne horizontale, le texte suivant est inscrit :]

- La première Conférence ns fait entrer pleinement ds le sujet de la retraite, dessiné hier ds ses gdes lignes. - Le sacrifice était nécessaire comme signe de l'alliance conclue entre Dieu et nous ; C'est une offrande collective

- L'alliance avec Dieu nous fait citoyens du Ciel, c'est là haut que ns avons nos droits de cité comme St Paul ns l'explique admirablement : vos estis cives sanctorum..... ["Vous êtes concitoyens des saints" Lettre de saint Paul aux Ephésiens, 2, 19] citoyens ds le sens de l'Antique Rome. Le Ciel est une Cité.... C'est aussi un temple en construction dont le chantier est ici bas... - Toute cette Conférence a été admirable et nous a fait monter bien haut au dessus de toutes les tristesses de l'heure présente et bien loin des horreurs et des Turpitudes qui ont désolé la Belgique !

- Ce soir D. Lambert [Beauduin] ns dit le bonheur qu'il a éprouvé en assistant à nos Vêpres et le dessein qu'il a formé d'assister et de prendre part à tous nos offices. A cet effet il logera ici pendant le reste de son séjour.

- 3e Conf. Sur le Christ. Sa psychologie. Le Christ était "perfectus homo" ["homme parfait" Lettre de saint Paul aux Hébreux, 4,10] - C'est par des actes spécifiquement humains que le Xt [Christ] ns a sauvés. Il était des nôtres, il est notre Frère en tout semblable à nous absque peccato ["excepté le péché" Lettre de saint Paul aux Hébreux, 4,10].


Dimanche 6 décembre 1914
S. Nicolas

- Le R. P. Prieur écrit à Madame aujourd'hui pour lui annoncer que ns aurons à partir de ce jour nos deux messes comme précédemment Cette nouvelle a causé la plus gde joie ds la Communauté car la privation de notre seconde messe, était une immense privation de jour en jour plus pénible et qui, à la longue devenait intolérable.

- Nous entrerons en retraite calmes et tranquilles, Car toutes les nouvelles des derniers jours font présager une issue très favorable de la guerre et chez le gd nombre c'est le sentiment d'une prochaine délivrance qui domine.

- Un gendarme espion belge était hier de passage à Maredsous, il a 14 hommes sous lui et ils surveillent de près les faits et gestes des Allemands. Lors de la prise de Namur il s'est constitué prisonnier (à Maredsous) pr voir certaines choses de près, quand il avait assez vu, il s'est sauvé laissant à s. Benoît ses armes et son uniforme qu'il a pris soin de cacher lui même. C'est cet uniforme qu'il est venu rechercher.

[Après une ligne horizontale, le texte suivant est inscrit :]

Iere Instruction. Le R.P. Dom Lambert nous dit que le sentiment qui domine dans nos âmes en ce moment est certainement celui de la reconnaissance pour la bonté et la miséricorde du Seigneur : "Misericordiam Dni [Domini] in aeternum Cantabo, quoniam non sumus consumpti !" ["L'amour du Seigneur, à jamais je le chanterai" Psaume 88,1] Alors qu'autour de ns tout est en ruine, que le fer et le feu ont passé partout, Dieu ns a préservés et nos monastères sont debout et ns sommes réunis ici en paix ! Non pas que ns [le texte s'arrête ici.]


Samedi 5 décembre 1914
S. Sabas

- De grandes affiches placardées à Namur annoncent que la publication de "L'Ami de l'Ordre" reste suspendue pour manquements de respect graves envers l'Autorité allemande. Monsieur Delvaux est retenu en prison. On demande 80.000 $ [francs] pour sa rançon.

- Cet après midi Dom Lambert Beauduin arrive à l'improviste ; Car nous n'osions pas espérer que l'on répondrait si vite du Mont César à la demande adressée par Madame au Rme P. Abbé [Dom Robert de Kerchove] pour notre retraite. - La retraite commencera demain soir

- On nous dit qu'à Bruxelles, ds toutes les familles aisées les enfants ont demandé des effets pour les pauvres à s. Nicolas et que la St Nicolas leur est donnée aujourd'hui afin de permettre que celle des pauvres leur soit distribuée le 6 décembre. C'est très joli ! et digne de notre chrétienne Belgique tous les fins chocolats et bonbons de luxe sont supprimés cette année et même les tous petits sont mis au régime des sacrifices que le pays entier s'impose.

- Nous apprenons que les Gouvernement belge et Anglais, appellent sous les armes Tous les hommes de 18 à 30 ans ; les Allemands font bonne garde et les belges auront de la peine à tromper leur vigilance, malgré tout, il y en a tj bp qui arriver à passer la Frontière.


Vendredi 4 décembre 1914
Ste Barbe

- Un Bruxellois arrivé aujourd'hui, (porteur d'une lettre) ; donne les nouvelles les plus rassurantes. Les alliés qui n'étaient pas près jusqu'ici pour un gd coup, sont près maintenant et la trouée ds le Front allemand est une affaire de semaines... de jours peut être. Le front de bataille du littoral de la Mer du Nord à Verdun [Département de la Meuse - France] a 600 Kilomètres. Les Anglais marcheraient sur Louvain et Liège ; les Français sur Namur. Pour Noël [mot souligné deux fois] ou les premiers jours de l'an le gd coup serait fait ! Dieu le veuille.

- Une lettre ns arrive des dominicaines de Dinant, avec une boîte contenant notre provision d'hosties pr 15 jours, comme ns la recevions régulièrement avant la guerre, depuis les tragiques événements d'Août ces envois avaient été suspendus. La lettre ns dit comment les dominicaines ont dû quitter leur couvent précipitamment le 23 août sous un Terrible bombardement, ne sachant où aller elles ont cru un moment venir se réfugier ici et l'auraient certainement fait si elles n'avaient pas été arrêtées ds leur fuite par les Allemands, qui les ont ttes enfermées ds une grange avec une quantité d'autres gens. Nous regrettons bien de n'avoir pu offrir l'hospitalité à ces religieuses. Avant de quitter leur couvent, le 23 Août à 4 h. de l'après midi, quand la situation s'aggravait, toutes les religieuses communièrent en viatique, ainsi que les blessés Français qui se trouvaient avec elles ds une cave.


Jeudi 3 décembre 1914
S. Franç.-Xavier

- Madame reçoit aujourd'hui en Communication le texte d'une "prophétie" fameuse, que le Figaro a publié il y a q.q. temps déjà et qui a fait sensation tant elle semble s'appliquer à l'heure actuelle. Cette prophétie du moine Johanes, est connue, paraît-il, depuis bien des années et date de 1600. Aux époques troublées comme la nôtre, les prophéties ont tj grand succès, le tout est de savoir d'où elles émanent ; en tous cas le texte qui vient de ns arriver est très curieux


Mercredi 2 décembre 1914
S. Anthème

- Après l'Angelus du matin la cloche de l'église a sonné en volée pour la première fois depuis le mois d'Août, espérons qu'une joyeuse sonnerie des 2 cloches pourra annoncer bientôt l'évacuation du territoire.

- Nous avons appris hier que le pays est un peu en émoi p.c. les Allemands réquisitionnent partout le cuivre. Cette matière première leur manque paraît-il pour la fabrication de leurs munitions. A Bruxelles des magasins entiers ont été vidés. A S. Gérard on a pris pour une valeur considérable du Fil de Cuivre. Cela étant, Madame décide d'enlever de l'église les Croix et chandeliers de bronze des petits autels, qui ont une réelle valeur artistique.

- Le rédacteur de "l'Ami de l'Ordre" a été arrêté et mis en prison par ce qu'il a publié ds son n° du 29 une poësie intitulé "La guerre" Poésie très innocente en elle-même, mais composée en acrostiche et l'acrostiche était très injurieux aux allemands. On aura évidemment surpris la naïveté du rédacteur, qui s'est montré plutôt trop souple et docile envers les Autorités allemandes... on lui en a même fait un grief, ms il paraît que l'évêque de Namur qui doit avoir ses raisons, a pleinement approuvé la conduite suivie par ce journal.


Mardi 1er décembre 1914
S. Eloi, év.

Les derniers blessés ont quitté Maredsous et nos Pères ont repris en entier leur ordre du jour régulier, y compris les sonneries de cloche.

- Sr Fébronia Herkenne reçoit une une lettre très intéressante au sujet des faits qui se sont passés autour de Liège, Cette région là a beaucoup souffert gd nombre de villages n'existent plus.... des cruautés sans nom, c'est un des traits caractéristiques de cette guerre : impiété, cruauté et immoralité Ces trois mots la résument.


Lundi 30 novembre 1914
S. André

Le journal ns apporte la nouvelle que le feldmaréchal baron von der Goltz est déchargé de ses fonctions de Gouverneur de la Belgique, il retourne chez les Turcs où il a été déjà très apprécié précédemment, il doit bien convenir bp mieux qu'aux belges. Il est remplacé par le Baron von Bissing Général Commandant du 7e Corps d'Armée.

- Le Curé de Lesves a dit à Mr Etienne Desclée qu'il a eu la grande consolation de baptiser plusieurs Turcos avant leur mort.

- A Bioulx l'évêque de Namur a été, comme plusieurs autres Communes du diocèse, pr la solennité de l'Adoration. Il y avait encore alors des soldats allemands à Bioulx et l'évêque leur ayant demandé s'ils étaient Catholiques, ils répondirent tous d'une voix que oui, c'étaient des hommes d'un certain âge (du Landsturm), l'évêque leur a fait un sermon en allemand et leur a dit que sur un point au moins nous pouvions tous nous unir, c'était dans notre prière pour la paix.

- Monsieur E. Desclée ns disait encore hier que ds les villes voisines des champs de bataille, là où les combats durent longtemps on est souvent obligé de ravitailler les troupes : c'est ainsi qu'à Tournai [Province de Hainaut] et à Courtrai [Kortrijk - Provincie West-Vlaanderen] on est tenu de fournir 5000 rations par jour, parfois les troupes attendues ne viennent pas et les rations restent là. Dom Grégoire [Fournier] ns avait déjà dit cela au sujet de Charleroi où il a vu des quartiers de viande et des pains entiers jetés ds les égoûts.... les pauvres habitants affamés n'osaient y toucher. La caractéristique de cette guerre c'est le gaspillage, le vol, le pillage, c'est aussi la destruction systématique, détruire pour détruire.


Dimanche 29 novembre 1914
Avent

- Après Vêpres Monsieur Etienne Desclée vient faire visite à ses soeurs et tantes pour leur raconter son dernier voyage en Flandre. Mais d'après un plan concerté d'avance, avec Mme Desclée, on a simulé une consultation de Mère Cellerière au sujet de l'électricité et pendant laquelle la Communauté s'est glissée au parloir, (peu éclairé), pour jouir de cet entretien très instructif. Quand Mr Desclée s'est aperçu de la chose, (lui qui avait refusé de ns donner "une Conférence"), il a bp ri, disant qu'on l'avait pris ds un affreux guet-apens. - D'après ce qu'il ns raconte, les dégâts en Flandre ont été exagérés par les journaux, Gand [Gent - Provincie Oost-Vlaanderen], Bruges [Brugge - Province West-Vlaanderen], Courtrai [Kortrijk - Provincie West-Vlaanderen] sont occupés pacifiquement par les Allemands, qui ne se pas livrés de ce côté aux mêmes excès que ceux commis ds l'entre Sambre et Meuse. Il y a eu pourtant par ci par là quelques civils fusillés. - Ypres [Ieper - Provincie West-Vlaanderen] est debout et à la St Albert on y a chanté le Te Deum devant le ROI. - Les pertes des Allemands sur l'Yser continuent à être très fortes, on dit 5000 hommes par jour et c'est au moins cela. - Mr Desclée dit que les trains de blessés sont innombrables. De S. André à Tournai [Province de Hainaut] on écrit à Mère Prieure que les Allemands disent aux mêmes qu'ils ne ramassent plus que les blessés capables de se traîner jusqu'à proximité d'une voiture d'ambulance ! Cela n'a plus rien d'humain. A Courtrai [Kortrijk - Provincie West-Vlaanderen], ns dit Mr Desclée, est arrivée chez Mme Vercruysse, une dame de la haute aristocratie allemande, elle apportait avec elle un cercueil, pr y déposer les restes de son fils ; le cercueil est demeuré pendant plusieurs jours sur la pelouse au jardin, pendant les recherches, celles-ci ayant abouti la Dame s'en retourna en automobile avec le cercueil ! - A Charleroi, c'est une femme du peuple, une allemande aussi, qui arrivait il y a q.q. temps avec 4 cercueils, pr emporter les corps de son mari et de ses trois fils !! Cette infortunée disait tout haut ds sa douleur qu'elle allait aller à la recherche de l'empereur pr le tuer de sa propre main, elle dit cela devant des officiers allemands. Une femme de Maredret était là, le récit est donc bien authentique. Cela donne une petite idée des douleurs causées par cette guerre effroyable, vraie guerre d'extermination.

- Mère Colombe reçoit aujourd'hui la visite de son frère et de sa belle soeur qui habitent Auvelais. Leur maison a été complètement incendiée et le frère de M. Colombe a été pris comme ôtage. Ils sont très courageux et se réjouissent d'avoir eu la vie sauve. A Auvelais comme ailleurs on a eu la preuve que l'incendie était chose décidée d'avance, les soldats allemands s'étant informés ds les villages environnant pour connaître la route d'Auvelais... or, sauf l'incendie ils n'avaient rien de spécial à y faire. Ils ont demandé également où était telle fabrique, on la leur indique immédiatement ils y mettent le feu.

 


Samedi 28 novembre 1914
S. Sosthène

Le Canon tonne au loin mais d'une façon continue, d'après ce qui nous a été dit ces derniers jours un violent combat doit se livrer sur l'Yser ces jours ci.

- Ce matin dom Aubert a pris la route de Charleroi ds un coupé, le Frère Bavon conduisait ; notre électricien et sa soeur avaient été invités à profiter de l'équipage.... Ce sont des choses que l'on ne voit qu'en temps de guerre. C'est à Charleroi qu'il doit retrouver la famille brésilienne avec laquelle il se met en route.


Vendredi 27 novembre 1914
Ss Vital et Agr.

- Cette journée a été marquée par un fait, où nous avons vu une intervention si délicate de la Providence, que ns en avons été toutes vivement frappées. - Dom Aubert devant se rendre en Angleterre pr retrouver le Rme P. Abbé, la question était de tromper a vigilance des allemands pr passer la frontière ; le passage en Angleterre étant absolument défendu.
Or il se fait que M. Marguerite-Marie notre brésilienne reçoit aujourd'hui à l'improviste la visite d'un de ses compatriotes, ingénieur militaire envoyé en Belgique pr une mission diplomatique. Mr Richard, c'est son nom, est en relations étroites avec un ami dévoué de la famille Fernandes Pinheiro et c'est pr lui faire plaisir qu'il est venu voir Mère Marguerite Marie, avec mission de la ramener chez elle, et même notre Communauté au complet avec elle, si ns ne sommes pas en sûreté toute cette famille a été en effet ds les plus grandes angoisses en lisant ds les journaux les massacres de Dinant et toutes les horreurs qui se sont passées ds notre région ; la mère et les soeurs de Mère Marg. Marie ont pleuré des journées entières en pensant à elle, grâce à Dieu une lettre d'elle partie par la Hollande les a rassurées en lui apprenant du moins qu'elle était vivante. - Ce visiteur doit retourner au Brésil ces jours ci avec sa femme et comme il jouit de l'inviolabilité diplomatique il s'offre à porter nos correspondances, même compromettantes, car il ne peut être fouillé et voyage en wagon réservé. - Cette occasion semble si favorable à facilité le voyage de Dom Aubert que l'on a soin d'en profiter, Mr Richard montrant le plus gd empressement à ns obliger. D. Aubert voyagera avec lui comme membre de la famille, ils iront ensemble à Amsterdam par Bruxelles.

- Les préoccupations touchant la question d'éclairage ne faisant que croître, on commence aujourd'hui le déplacement tout à fait provisoire de quelques lampes électriques au choeur, car ns avons l'espoir de pouvoir être rattachées à la Fabrique d'électricité d'Auvelais d'ici à q.q. jours. L'essence va manquer totalement ds le pays d'après toutes les prévisions, car on la refuse aux Allemands ; actuellement elle atteint déjà des prix exorbitants et on ne peut en avoir clandestinement, tout ce qui en reste étant réquisionné pr les autos, aéroplanes, gros canons etc.... Au point de vue des opérations militaires il est très désirable que les Allemands soient à court et cela vaut bien la peine que les particuliers se gênent un peu. Rattachés à Auvelais, il ns importera peu que le moteur soit immobilisé ici faute d'essence.

- Ce midi Madame notre Mère reçoit une lettre du Rme P. Archiabbé contenant ses souhaits pour la Ste Cécile, mais ce qui nous fait un plaisir tout particulier et doit causer une grande joie à Madame ce sont les félicitations du P. Archiabbé qui se dit fier de ses filles de Ste Scholastique qui n'ont pas bougé de leur monastère au milieu de la tourmente.
Après Dieu ns savons à qui ns le devons, notre Mère étant fermement résolue à ne quitter qu'à la dernière extrémité.


Jeudi 26 novembre 1914
S. Lin, p. m.

- Nos deux soeurs Converses : s. Gertrude et S. Blandine on fait leur pétition hier aujourd'hui ; car le départ imminent de D. Aubert pr l'Angleterre oblige de hâter l'heure de l'examen canonique de nos novices, faute de quoi leur profession pourrait bien être retardée ; puisque seul il a les pouvoirs de délégué du Rme P. Archiabbé, en l'absence du Rme abbé de Maredsous.

- On nous lit au Réfectoire la première partie de l'encyclique de N.S.P. le Pape Benoît XV, qui a paru ds l'Ami d l'Ordre.


Mercredi 25 novembre 1914
Ste Catherine

- On est venu chercher 8 blessés à Maredsous, il n'en reste plus que 2 qui partiront demain pour Namur comme les autres pour être opérés.


Mardi 24 novembre 1914
Ste Flore

Le Canon tonne toujours ds la même direction, on assure que c'est la bataille de l'Yser que ns entendons jusqu'ici.

- Dom Bède vient après Vêpres et nous donne une longue et intéressante conférence sujet : son voyage en Angleterre pr y conduire les clercs jusqu'à son arrestation près de Louvain à son retour.

- Pendant la récréation de midi Dom Aubert ns a entretenu de la façon la plus intéressante de son voyage à Bruxelles et à Louvain. Il est parti d'ici dans une petite Victoria ouverte, conduite par le Frère Bavon (en capuchon, ce qui était très drôle et original paraît-il, surtout pour l'entrée à Bruxelles : tout le monde se retournait vers ce singulier équipage ; "Ce n'étaient plus les Allemands, ms ns que l'on regardaient." dit P. Aubert. - Tamines, première étape du voyage, a fait une très pénible impression sur nos voyageurs, c'est un spectacle épouvantable à voir, D. Bède dit la même chose, ms il ajoute qu'il a été singulièrement ému en y assistant à la messe un dimanche de voir toutes les femmes, ou à peu près toutes, en deuil ! On s'arrête un moment ds la gde plaine où 5 à 600 Civils ont été fusillés et poursuivis à la baïonnette, pas un n'échappa ; il y a des détails affreux, un de ces infortunés gravement blessé, perdait le sang en abondance ; "J'ai soif dit-il, "Ah! tu as soif, eh bien bois !" lui répond un soldat en le jetant ds la Sambre !.... Les habitants de Tamines sont très courageux, comme leurs voisins d'Ermeton ils sont déjà à l'oeuvre pr restaurer et rebâtir... mais ce qui reste n'est vraiment qu'un monceau de ruines.

- A Bruxelles Dom Aubert n'a appris que de bonnes nouvelles. On est tout à fait certain du succès final des Alliés, le général Joffre a dit positivement qu'il est sûr de son affaire, ms qu'une poussée de son côté maintenant coûterait bp de sang et entraînerait le bombardement de Bruxelles, ce qui serait inutile et prématuré
Le "Times" malgré toutes les défenses arrive régulièrement à Bruxelles, on paye 7 $ 50
[7,50 francs] son n° d'abonnement pr le recevoir le jour même, 2 $ 50 [2,50 francs] le lendemain. Le Times se vend ds la rue, oui, ds la rue, ms de la façon la plus originale et que les initiés seuls comprennent. L'individu vient chuchoter à l'oreille, d'une façon tout à fait inintelligible, "Voulez vs le Times" si on le désire on paye et le journal vs est glissé. Un monsieur a été condamné à 6 mois de prison pr avoir été trouvé chez lui lisant le Times ds sa chambre.

- Ce qui émeut bp notre gouvernement et en général tous les Catholiques belges, c'est qu'à Rome on a semblé prêter l'oreille à toutes les calomnies répandues par la presse allemande contre nous. L'observatore Romano a publié 2 articles plutôt défavorables à la Belgique, on en est comme de juste très affecté. Notre gouvernement a obligé le Nonce qui se trouve actuellement au Havre à envoyer une note au Saint Siège, il s'y est prêté d'assez mauvaise grâce.


Lundi 23 novembre 1914
S. Clément

[Page restée blanche].


Dimanche 22 novembre 1914
Ste Cécile, v.

- L'année 1914 est marquée par bien des sacrifices, aujourd'hui ns en avons un nouveau, conséquence des nouvelles rubriques, l'office du dimanche [23ème dimanche après la Pentecôte] l'emporte sur celui de Ste Cécile et pr la première fois depuis la Fondation, Ste Cécile n'a qu'une simple mémoire. - L'Introït [antienne] du dimanche est néanmoins très beau "Ego Cogito cogitationes pacis....." [Texte complet : Dicit Dominus : Ego cogito cogitationes pacis et non afflictionis : invocabitis me, et ego exaudiam vos : et reducam captiivitatem vestram de cunctis locis.] et la Communion [antienne] : "Amen dico vobis quidquid orantes petitis credite quia accipietis et fiet vobis." - La liturgie est tj pleine d'espérance

- A midi on ns lit la relation sur l'occupation du Mt César et comment l'Abbaye condamnée à une destruction complète a été sauvée grâce à l'intervention du Lieutenant Poméranien qui a détourné ce malheur. Devenu ensuite très intime avec Dom Lambert Beauduin, cet officier lui a dit que ce qui l'a d'abord impressionné au Mont César, c'est le caractère religieux et artistique de toute l'Abbaye.
Il a été aussi vivement touché de la précaution prise par le P. Infirmier, qui a eu la précaution charitable de mettre les envahisseurs en garde, contre les poisons contenus ds sa pharmacie : "Ceux qui font cela, ne peuvent être méchants et ns vouloir du mal" s'est-il dit, enfin la cellule savante de Dom Ursmer Berlière l'a profondément impressionné, Cet officier, un peu homme de Lettres, n'a eu qu'à visiter cette cellule pr se rendre compte qu'elle était occupée par un savant de 1er Ordre et il a pris à coeur de la faire respecter.

- On a su que cet officier est mort ds la bataille de l'Aisne, il est tombé près de Soissons le 20 septembre et a vécu encore un jour pendant lequel il parlait souvent du Mt César et de son gd regret de ne pouvoir y retourner ; il aurait voulu voir revenir les moines et célébrer une gde fête avec eux. - Le Lieutenant Reinbrecht (c'est son nom), avait une âme droite et il faut espérer que la Reine du Ciel l'aura récompensé de ce qu'il a pu faire pr sauver l'Abbaye qui lui est consacrée.

- Après Vêpres, Vêture de Sr Gaudentia ad Crates (par D. Aubert.). A cause des circonstances que ns traversons, notre postulante a préféré ne pas revêtir la robe blanche pr cette cérémonie, elle est arrivée très modestement en robe de voyage comme au jour de son entrée. La belle moire blanche destinée à la robe de cérémonie sera employée à la confection d'une chasuble qui demeurera un souvenir de la guerre et pour laquelle Mère Agnès Desclée a dessiné une très jolie Vierge, l'enfant Jésus qu'elle tient sur les genoux, porte l'écu de la Belgique, la coloration est noire, jaune et rouge.


Samedi 21 novembre 1914
Présent. N.-D.

[Note de haut de page :] Ns avons 2 Messes aujourd'hui.

- A la récréation Madame ns dit qu'elle a reçu la visite de Dom Bède Lebbe dès 9 h. du matin, il avait l'air fatigué et encore tout ému de ses 6 semaines de prison. Il n'a pu dire la messe une seule fois pendant tout ce temps, et a communié une fois seulement, grâce au bon vouloir de l'officier qui l'accompagnait et qui lui a demandé de n'en rien dire car la chose lui était tout à fait interdite. Dom Lebbe sur la demande de cet officier lui a donné sa photo avec un mot de reconnaissance écrit au verso. - Dom Bède dit à Mme qu'il était porteur d'une lettre de Mme l'Abbesse de Staanbrook pr elle, ms la lettre étant écrite en Anglais, il a cru préférable de la déchirer (elle eût été très compromettante en effet.) Cette lettre contenait une offre très aimable de nos soeurs de Staanbrook de nous mettre à l'abri pr le cas ou ns serions obligées de quitter la Belgique. En Angleterre on se fait une joie et un honneur d'héberger des belges de toute condition, les châteaux sont mis à leur disposition, comme les maisons particulières avec jouissance des jardins et potagers, tout cela à titre absolument gracieux ; les pauvres sont assistés également avec la plus grande charité.

- Dom Aubert étant annoncé pr demain au plus tard, Madame décide que le Mandatum de Sr Lamal, notre postulante, aura lieu cet après midi, il y a si longtemps qu'elle attend son voile blanc ! Cette excellente petite soeur reçoit le nom de Gaudentia, selon son désir, en le lui imposant Madame a soin de lui faire remarquer que les circonstances que nous traversons doivent lui apprendre que les choses extérieures ne doivent jamais porter atteinte à la joie essentielle et surnaturelle qui doit éclairer tj le fond de l'âme et qui est inaltérable p.c. qu'elle a sa source en Dieu.

- A 5 h. Nous fêtons Madame notre Mère ; les bruits de guerre et toutes les douleurs extérieures ne font qu'accentuer d'avantage l'impression douce et bienfaisante que l'on éprouve en se sentant toujours réunies dans notre moustier après de telles commotions et Mère Prieure exprime à Madame avec bp de coeur et de délicatesse la reconnaissance de chacune pr tout ce que Madame a été pr ns pendant cette période troublée, où les responsabilités des supérieurs étaient si grandes. - Elle n'a pas oublié non plus de rappeler qu'il y a 25 ans aujourd'hui que l'on fêtait pour la 1ère fois Mme sous le nom de Sr Cécile à Solesmes.

- Une vibrante Brabançonne a salué Madame à son entrée à l'ouvroir et ns avons écouté debout la fin de l'hymne patriotique, toute la fête avait un parfum très spécialement patriotique, au réfectoire les gâteaux étaient noir, jaune et rouge et les fleurs étaient remplacées par une multitude de petits drapeaux tricolore, oeuvre du noviciat.

- Au moment de Matines, la portière vient chercher Madame !... Dom Aubert était enfin rentré.


Vendredi 20 novembre 1914
S. Edmond

- Dom Eucher vient nous donner une longue conférence des plus intéressantes sur tout ce qu'il a vu et entendu à Liège, où il a passé quelques jours. - Les Liégeois ont pris une attitude résolue et très indépendante vis à vis des Allemands et cela produit le meilleur effet. Dans les familles ils ont à payer ce qu'ils réclament et on ne tremble pas devant eux. A Liège pourtant comme partout ils sont orgueilleux et vantards, on raconte qu'à propos de chaque monument ils n'ont qu'un mot : "En Allemagne nous avons mieux que cela ! plus grand que cela ! Plus colossaaal !! C'est leur grand mot. Les Liégeois en étaient agacés et un farceur s'imagina d'offrir à un officier Allemand un plat de crevettes, lui disant que ce sont des puces Liégeoises ! dites donc en Allemagne en avez vous de plus grandes.

- Les Liégeois qui aiment à rire ont imaginé d'afficher une carte de géographie représentant l'Allemagne toute vague et brouillée, tandis que la Belgique en blanc porte cette simple inscription : "Fermée pour cause d'agrandissement" - A Liège on a frappé une médaille à l'effigie du Roi et de la Reine, ayant au verso les armes de Liège "la Vaillante" et tout le monde porte cette médaille, même les enfants. - L'évêque de Liège comme celui de Namur a droit à l'éternelle reconnaissance de ses compatriotes ils ont l'un et l'autre sauvé leur ville épiscopale d'une destruction certaine. Ds le diocèse de Liège, comme ds la Belgique entière, l'attitude du clergé a été admirable et vraiment héroïque pendt cette terrible période, partout il a été à la hauteur des circonstances et plus d'une fois a forcé l'admiration des officiers allemands eux mêmes. Ds le diocèse de Liège il y a eu moins de prêtres mis à mort que par ici, mais leur martyrea été plus raffiné et plus atroce.

- Ds la province de Liège les habitants n'ont pas prétendu se défaire de leurs armes, de plus les Allemands savent qu'il y a 78.000 hommes tout équipés qui n'attendent que l'arrivée des Alliés pr prendre les armes. Les Allemands ont peur devant ces gens résolus et se gardent bien de provoquer les houilleurs qui seraient eux aussi très redoutables.
D. Sucher nous cite la fameuse prophétie de Dom Bosco au sujet des évènements actuels, telle que les Salésins la lui ont répétée : "1914 l'Allem. déclare la guerre à la France 2) entre les deux Notre Dame (15 août et 8 sept.) mort du Pape. - 3) La Belgique sortira de la lutte abominablement meurtrie, ms grandie et applaudie de toutes les nations 4) la Pologne retrouvera son indépendance. 5) l'Allemagne démembrée. 6) Hohenzollern détruits des pieds à la tête. 7) La France redeviendra la fille aînée de l'Eglise.

- Le Figaro ds un article qui a été remarqué, a dit que la France a offensé Dieu et qu'il semble que la Belgique a été choisie comme victime expiatoire.


Jeudi 19 novembre 1914
Ste Elisabeth

Fête de la Reine

- A Bruxelles, ne voulant plus avoir les mêmes déconvenues que pr la fête du Roi, on a décidé de s'inscrire sur des feuilles volantes qui seraient enlevées successivement, de sorte que si les Allemands voulaient mettre la main dessus ils ne trouveraient jamais que la dernière feuille. Les Belges sont tenaces et doivent arriver à leurs fins. Les Allemands commencent à en être convaincus, paraît-il ; on raconte, en effet, qu'ils ont cru le moment venu d'annexer la Belgique purement et simplement ! Or S. Excellence von der Goltz a reçu un envoyé spécial pr le consulter à ce sujet. Et il aurait répondu : les Belges sont intraitables, ils préfèrent faire 3 heures à pieds plutôt que d'user de la Feldpost, je m'efforce de rétablir les chemins de fer, mais ils ne s'en servent pas et préfèrent voyager en cariole, charette etc...., il n'y a rien à faire avec eux. - Les Allemands ne savent pas encore à quel point le Belge est jaloux de son indépendance et de sa liberté, ce n'est pas un peuple que l'on ferait marcher sous la menace du révolver et avec des mitrailleuses à ses trousses.

- 340 civils de Dinant qui étaient détenus en Allemagne, viennent de rentrer ds un état pitoyable ; ils ont manqué des soins les plus élémentaires et étaient à peine nourris.

- Un curieux incident vient de se produire à Bruxelles : un train de blessés, (Français et belges), entre en gare, immédiatement des groupes sympathiques se forment.... quant un des blessés lance une pomme à un spectateur, la pomme s'ouvre en tombant et il en sort un billet ainsi conçu : "Ne vous effrayez pas ! C'est la 17e fois que ns repassons par ici." Stratagème pr faire croire à un nombre énorme de blessés !!

- Sous les murs de Liège, on a paraît-il trouvé des officiers Allemands, porteurs d'une invitation de l'empereur pr diner à Paris à tel Hôtel, tel jour et à telle heure. - Le diner attend toujours. Le voyage à Paris semble décidément remis et les Bruxellois s'en amusent : quand le tram au moment de stopper fait un mouvement de recul, les Bruxellois crient "naar Parijs."
Marcher à reculons où naar Parijs sont devenus synonymes. A ce propos on ns a conté l'amusante anecdote suivante. Des gamins de Bruxelles s'amusaient à faire l'exercice à la prussienne, imitant ce qu'ils ont actuellement sous les yeux. Un officier allemand les voit et dit que c'est très bien, il leur promet 25 Cent. s'ils recommencent, ms les rusés gamins exigent d'abord les 25cent l'officier, amusé sans doute, finit par céder. En possession des 25 Cent. le chef de la bande fait un clin d'oeil aux autres gamins et commande : "Naar Parijs" sur quoi tous marchent à reculons ; l'officier comprend et se fache, mais les gamins disparaissent comme une nuée de moineaux.


Mercredi 18 novembre 1914
S. Odon

[Note de haut de page :] Tout ce qui concerne la conférence de Dom Aubert doit être reporté au mercredi 25 nov. comme à sa date propre

Le Canon tonne au loin. La neige tombe, il fait très froid.

- A 1 h. nous sommes invitées au parloir Notre Dame où Dom Aubert continue à nous entretenir de son voyage. Il ns dit qu'à Bruxelles le moyen de locomotion le plus recherché, c'est le tram plus personne n'ayant d'auto, ni de voiture. On ne voit plus que des automobiles allemandes ou celles des légations. - Tout le monde vit simplement, invité à diner chez Mme Carton de Wiart (mère), on déclare à Dom Aubert que depuis la guerre on ne sert plus qu'un plat de viande à table, bp de familles en font autant, on se réduit, on fait pénitence... Le Père en était édifié. A Bruxelles tout le monde mange du pain noir, à Louvain également, comme en bp d'autres endroits de la Belgique.

- Les belges malgré tous les malheurs qui les accablent ne sont pas découragés, c'est un trait caractéristique qui doit être noté. A Louvain, par exemple, (où il y a 1080 maisons incendiées) partout où l'on peut les magasins s'ouvrent, au milieu des ruines un piquet porte une petite pancarte pr vs prévenir que telle boucherie est rouverte..... ailleurs une affiche de papier porte : Maison X raccommodage de parapluies etc.... là où le patron a été fusillé, le commerce est repris par sa veuve. Les ruines sont innombrables, on cite le Gd chirurgien De Bézieux, professeur à Louvain, qui avait retiré toutes ses valeurs, en papiers, déposées à la banque ; il a tout perdu ds l'incendie et est complètement ruiné ! il s'est enfui devant le feu emportant lui même sa fille, avec un bébé d'un jour !

[Après une ligne horizontale, la phrase suivante est inscrite :] M. Cyrille Coornaert le frère de Mère Maura


Mardi 17 novembre 1914
S. Ascisele

Ste Gertrude. O.P.N.

- A la conférence du soir on nous lit quelques belles pages dans ste Gertrude entr'autres le beau chapitre du liv. qui contient de précieux enseignements du Seigneur au sujet des sentiments que l'on doit nourrir envers des ennemis. C'était bien pratique

- Dom Grégoire Fournier qui a quitté Maredsous ces jours derniers pr aller à la recherche de Dom Bède a eu la grande consolation de le délivrer de prison aujourd'hui à Bruxelles ; il avait eu soin en emportant la pièce signée par le Rd P. Prieur qui le déléguait pr cette mission, de donner à cette signature ce qu'il fallait pour qu'elle produise son maximum d'effet sur les Allemands, en conséquence le P. Prieur avait du signer : Comte Cornet d'Elzius de Pessant. Les Allemands sont très sensibles aux titres et un gd nom a tj son efficacité... on l'a expérimenté encore cette fois.

- En l'honneur de Ste Gertrude ns avons 2 messes aujourd'hui.


Lundi 16 novembre 1914
S. Eucher

- Le Canon continue à tonner nuit et jour malgré le mauvais temps, il pleut et le vent souffle par moment avec violence.

- "L'Ami de l'Ordre" ne donne plus aucune nouvelle de source Française Anglaise ou Belge, ses nouvelles allemandes sont aussi défavorables que possible aux alliés ! A le lire on croirait que nos armées sont à peu près anéanties... impossible de contrôler ces affirmations puisque tous les autres journaux sont prohibés. - D'autre part toutes les nouvelles orales continuent à avoir une teinte nettement optimistes. L'absence de communications et de tout ce qui pourrait renseigner exactement, est la vraie souffrance de l'heure actuelle. En attendant des jours meilleurs il faut se confier en Dieu qui certainement ne ns manquera pas quoiqu'il advienne.

- Au réfectoire on ns a lu ces temps ci un beau chapitre de la vie du Cal Pie au sujet de sa conduite durant la guerre de 70 ; on croirait en entendant certaines appréciations qu'elles ont été écrites hier.... ns lisons aussi des belles homélies de l'évêque de Poitiers prononcées à la même époque, le ton en est si élevé ! cela a été réconfortant à entendre.


Dimanche 15 novembre 1914
Ste Eugénie

- La Messe Conventuelle est chantée à l'intention du Roi, dont la fête est anticipée à la St Léopold. Seulement cette année le Te Deum n'étant pas de mise il est remplacé par le chant du Ps 19e [Psaume 19].

- Dom Grégoire Fournier est envoyé par le Père Prieur à Bruxelles pour arranger l'affaire de Dom Bède, tj retenu en prison

- Partout la fête du Roi a donné lieu à de gdes manifestations de patriotisme. A Bruxelles le Doyen de Ste Gudule avait annoncé qu'il chanterait la messe solennelle à Ste Gudule, le corps diplomatique y était invité officieusement ; les Allemands l'ayant appris ont déclaré qu'ils fermeraient les portes de Ste Gudule. A cette menace le Doyen s'est contenté de dire une messe basse pr le Roi, (sans Te Deum naturellement), la vaste collégiale était comble, même les incroyants avaient tenu à s'associer à cette manifestation. Cette messe a été suivie avec le plus gd recueillement. Le gd Maréchal de la Cour avait annoncé qu'il déposerait un registre, où l'on pourrait venir s'inscrire ; les Allemands ont pris les registres. On a déposé des cartes, les allemands ont pris les cartes......

- Le Roi ayant fait un appel à ts les hommes de 19 à 30 ans, de tous côtés on tache de tromper la rigoureuse vigilance des Allemands et de répondre à l'Appel du Roi. - Pour cadeau de fête notamment le roi a reçu une liste de 50.000 volontaires qui viennent se mettre à sa disposition. Ces troupes ne sont pas destinées à combattre, elles doivent former des corps d'auxiliaires qui rendront bp de services à l'armée.

- En Hollande, en Angleterre, partout où il y a des réfugiés belges, la fête du Roi a donné lieu à des témoignages de vive sympathie pour notre souverain qui est l'objet de l'admiration générale. En Belgique l'amour pr le Roi a grandi ds tous les coeurs, son héroïsme pendant toute la guerre émeut tout le monde, les Belges se sentent très fiers de leur roi et craignent qu'il ne s'expose trop.

- Ce matin une affiche ns apprend qu'un monsieur qui a eu l'occasion de s'entretenir à le Bon de Broqueville le chef du Cabinet a rapporté qu'il se déclare très content de la situation. Il ajoutait que les Belges se plaignent bp de la famine, mais qu'au fond il y aura assez de vivre avec ce que l'on recevra par la Hollande. Notre bonne Sr Winefride en transmettant ce message à Madame ajoutait : "C'est qu'on est habitué à beaucoup manger !"


Samedi 14 novembre 1914
S. Claude

- Aujourd'hui les nouvelles sont encourageantes ; elles ns arrivent par le village de Maredret, dont les habitants voyagent assez, en rentrant au logis ils vident naturellement le sac de nouvelles et elles font rapidement le tour. Il se trouve tj quelqu'un pour venir les raconter à Ste Scholastique, et, en fin de compte nous sommes bien informées et nos rares visiteurs s'en vont fort surpris disant que l'on doit venir ici pour savoir où en est la situation.

- Aujourd'hui donc on ns apprend que [ajouté ultérieurement : c'est la même histoire qu'hier un peu grossie] 100.000 Allemands se sont rendus près de Calais [Département du Pas-de-Calais - France] ; grâce au brouillard qui a permis aux Français de les envelopper sans être aperçus. - 90 trains ont été vus ds le centre du pays, ramenant des Troupes vers l'Allemagne... ils iraient vers les Russes dont 7.000.000 d'hommes marchent actuellement vers l'Allemagne. - Une dame rentrant de Hollande dit avoir vu personnellement en Hollande, les routes pleines de fuyards allemands qui désertent le champs de bataille. Est-ce étonnant ? Ces malheureux sont tout à fait démoralisés et après avoir été vaincus par ici, ils ont comme perspective de recommencer de l'autre côté contre les Russes.

La rumeur dit que les munitions pourraient bien commencer à manquer tant du côté des Allemands que de celui des Alliés, personne n'ayant imaginé une guerre aussi longue....


Vendredi 13 novembre 1914
S. Stanislas

Toussaint monastique

Le Canon tonne tj à l'ouest, ms nous ne l'entendons que faiblement car le vent souffle en tempête, les rafales de pluies s'y ajoutent : un vrai temps d'équinoxe ! On pense aux millions d'hommes qui se trouvent exposés à toutes ces intempéries sur les champs de bataille.

- De grand matin on ns apprend que "l'Ami de l'Ordre" annonce (malgré le contrôle militaire allemand) que 2 divisions allemandes s'étant aventurées trop loin du côté de Lille, ont été capturées par les Français, à la faveur du brouillard ce qui ferait 20.000 prisonniers. - A Namur on dit qu'il ne s'agit pas de 2 divisions, ms de 2 Corps d'armée soit 80.000 h!!

- 25e a n n i v e r s a i r e de la fondation de St Gabriel.
La Messe Conventuelle est chantée pour Madame l'Abbesse et les moniales de ce cher monastère ; les tristes circonstances actuelles nous ont mises dans l'impossibilité de communiquer avec elles ; ce jubilé n'en est pas moins un jour où toutes nos actions de grâces s'unissent à celles de nos soeurs pr remercier Dieu des grandes choses qu'il a faites en leur faveur.

- Les troupes allemandes qui séjournent actuellement ds les environs paraissent composées en grande partie de Catholiques il y en a à Bioulx Graux etc... Beaucoup se sont confessés ds ces divers villages, ils demandent qu'on leur ouvre la porte des églises, ces pauvres gens sont souvent très démoralisés et cherchent sans doute du réconfort ds la prière. On les a vu aussi suivre les exercices de la mission prêchée en plusieurs endroits.


Jeudi 12 novembre 1914
S. René

- Il semble que la situation des alliés ne doit pas être mauvaise à en juger d'après les mesures prises par les Allemands pour empêcher absolument que les nouvelles soient connues. Depuis q.q. temps déjà, les Belges fugitifs chez nos voisins ne peuvent absolument plus rentrer ds le pays, sous peine d'arrestation et d'emprisonnement ; la défense s'étend aux femmes et aux enfants. - Même interdiction d'entrer en Belgique pr les journaux étrangers ; quelques uns sont tout spécialement prohibés, surtout le Times, le lecteur d'un de ces journaux sera condamné à 5000 $ [francs] !! ou subira 1 an de prison étroite, c'est un minimum, on dit qu'à Charleroi, il y a eu déjà une dizaine d'hommes fusillés pr avoir transgressé cette défense !

- Ds le Hainaut la population commence, paraît-il, à être impatientée du joug allemand et on craint un peu une révolte, qui pourrait avoir des conséquences graves - A Bruxelles, la même impatience se manifeste chez les Marolles qui témoignent en avoir assez. En attendant les Bruxellois rient des Allemands tant qu'ils peuvent et leurs moqueries sont très mal reçues des Prussiens. On ns a raconté que les gamins de Bruxelles ont imaginé d'imiter le casque allemand en se fabriquant une coiffure en liège surmonté d'une carotte en guide de pointe ! Les Allemands outré de colère ont dit qu'ils brûleraient Bruxelles avant de partir.

- Le froment devient de plus en plus rare ds le pays et presque partout on se nourrit de pain de seigle. A Bruxelles, à Louvain etc... on n'a pas autre chose, c'est à peine si l'on peut trouver du pain blanc pr les malades. Dans le Luxembourg où la farine s'est vendue 65 $ [francs] le sac, on peut faire des lieues avant de découvrir 25 Kil. de froment ; ceux qui arrivent à se procurer encore un peu de grain en son réduits à le moudre ds le moulin à café ! Ici, dans notre monastère, le Seigneur continue à ns approvisionner avec la plus paternelle sollicitude et vraiment ns expérimentons que ceux ou celles qui se sont donnés à lui reçoivent tout le reste par surcroit. Le son allait manquer pr les bêtes de la ferme, le chariot risque d'aller jusqu'au moulin d'Yvoir, à notre gde surprise il en rapporte 1000 Kil. - Sr Godelieve en pleure de joie


Mercredi 11 novembre 1914
S. Martin, év. [souligné deux fois]

- Nous espérions que la St Martin nous apporterait quelque chose d'encourageant et ns ne ns sommes point trompées. Il était temps, car la pénurie de nouvelles des jours précédents avait de nouveau provoqué l'éclosion de beaucoup d'idées noires. - De grand matin, après la messe de Communion, on peut lire au tableau vert une affiche écrite par Madame elle-même et portant ce qui suit :
"Pour Noël nous serons D.V. délivrés. On a proposé au roi de balayer la Belgique en quelques jours, mais il aurait fallu pour cela sacrifier 7 ou 8 villes. Il n'a pas voulu. - Les Allemands continuent à essuyer des pertes considérables. Les russes ont pénétré ds la Prusse Orientale. - Avant hier on demandait à Namur 30 officiers pr aller au feu 3 seulement se sont offerts. - Sur l'Iser on a trouvé parmi les morts allemands un enfant de 13 ans !! - Il y a eu une réunion de bourgmestres au sujet du ravitaillement et on leur a dit de ne se préoccuper que pr 2 mois. - 8000 Cavaliers allemands ont passé par Fosses vers Namur, on pense qu'ils se battront encore 5 ou 6 semaines au maximum pr battre en retraite par petits groupes !" --- Ces nelles sont complétées en récréation : Le roi Albert est paraît-il vivement apprécié par les Alliés qui ne font rien sans le consulter.

- De nombreux trains passent toujours par ici, on ns dit que plusieurs trains remplis de morts ont passé par Maredret. D'innombrables trains de blessés roulent vers l'Allemagne.


Mardi 10 novembre 1914
S. Léon, p.

Rien de changé : le Canon gronde toujours, les nouvelles précises manquent.

- L'absence du Rme Père Abbé cause un gd embarras à Maredsous ; un officier allemand est en effet arrivé de Bruxelles, pour demander la signature de l'Abbé de Maredsous au sujet de D. Bède, qui est bel et bien arrêté comme espion, et qui ne pourrait être relâché que moyennant la promesse formelle qu'il ne quittera pas son abbaye pendant 3 mois. C'est cette pièce que le P. Abbé aurait dû signer. L'officier a témoigné un grand étonnement de l'absence du Rme P. en de telles circonstances" il a demandé où il était. On a répondu en Hollande.

- Les journaux disent le nombre approximatif de réfugiés Belges actuellement :
  En France :     400.000.
  En Angleterre : 200.000.

- Les bourgmestres de toute la province se sont réunis à Namur, pour se concerter sous la présidence du gouverneur (belge), au sujet de la répartition du blé. Il a été décidé que les communes s'entr'aideraient, le gouverneur (Bon de Gaiffier) a déclaré que l'on devait s'approvisionner pour 2 mois, ceux qui n'ont rien recevront l'excédent de ceux qui sont bien pourvus - La commune de Denée s'est trouvée la plus riche en grain.

- Le charbon ! Voilà une autre affaire ; il y en a, mais les moyens de transport font défaut. Madame a décidé que le calorifère serait allumé un jour par semaine, un ou deux poëles : à l'ouvroir et à la chambre des converses, permettent de travailler malgré le froid qui est assez vif.


Lundi 9 novembre 1914
S. Austremoine

- Canonnade intense à l'Ouest, c'est toujours l'interminable bataille de l'Aisne que se poursuit. - La bataille en Flandre n'est pas terminée on dit que c'est la plus sanglante de l'histoire !

- Un Commandant militaire est arrivé de Bruxelles pour venir recueillir à Maredsous des renseignements complémentaires sur Dom Bède Lebbe qui est encore toujours en prison.

- A la récréation du soir Madame l'Abbesse nous lit une très belle lettre du Rme P. Abbé de Louvain [Dom Robert de Kerchove, abbé du Mont-César] nous donnant enfin la version exacte au sujet de l'exode de la Communauté du Mt César. Toute cette lettre est empreinte de tant de calme et d'esprit surnaturel que cela fait du bien, on sent que son auteur habite ds des régions sereines que n'agitent point le tumulte des passions.

Cette semaine la liturgie ramène la lecture de Daniel, qui est pleine d'à propos. L'histoire de Nabuchodonosor et de ces autres rois Babyloniens si puissants et si orgueilleux, fait bien penser à l'empire d'Allemagne qui pourrait bien être, lui aussi, arrivé au moment de l'humiliation ! Pour Dieu ne c'est pas l'étendue du territoire ou la force des canons qui comptent et ns pouvons espérer que la Belgique sortira victorieuse de cette épreuve momentanée.

- Les Novives ont trouvé au jardin pendant la récréation de midi une paire de jumelles, près du bois de l'Ave Maria, les jumelles ont été déposées soigneusement sous un buisson, elles sont intactes et appartiennent (probablement à un des infortunés soldats fugitifs qui sont entrés ds le jardin le 23 ou 24 août.


Dimanche 8 novembre 1914
Saintes Reliques

- Le Canon gronde au loin.

- La guerre va s'étendant toujours ; la Turquie s'unit à l'Allemagne contre la Russie ! Voilà une Alliance dont l'Autriche doit être fière. l'Autriche, dont une des plus grandes gloires est d'avoir vaincu le Croisant...
Sobieski frémira dans sa tombe...

- Les journaux ont changé le titre de "Guerre européenne" en celui de "Guerre universelle" où cela s'arrêtera-t-il ?


Samedi 7 novembre 1914
S. Ernest

- Gd brouillard toute la journée, le canon tonne tout de même au loin quoiqu'on ne voie pas à dix pas devant soi.

- Le bruit court ds le pays que le roi serait prisonnier ! L'Ami de l'Ordre de hier en parle dit-on...... espérons que c'est une fausse nouvelle lancée par les Allemands pr démoraliser le pays.


Vendredi 6 novembre 1914
S. Léonard

Hier soir le canon a tonné avec violence, à l'Ouest toujours, pendant Matines et pendant une gde partie de la nuit, celles qui ont leur cellule de ce côté en ont même été dérangées ds leur sommeil.

- Il est à noter que nous avons une splendide arrière saison, la température est extrêmement douce et ns remercions Dieu d'adoucir ainsi le sort de tant de soldats qui se battent nuit et jour et aussi de tous nos compatriotes qui sont sans abri à cause de la destruction des villages.

- Par ce beau temps, qui est à peu près continuel depuis le commencement de la guerre, l'atmosphère a présenté de singuliers phénomènes que ns attribuons à la quantité énorme de poudre qu'il y a ds l'air. A certains jours d'été c'était une brume que les rayons de soleil ne parvenait pas à percer ; ces derniers temps, c'est au coucher du soleil que le ciel offre surtout un spectacle étrange. Les couchers de soleil sont splendides, mais le ciel qui est tout rouge et doré au couchant est comme zébré de nuages noirs qui le traversent ds toute son étendue, parfois en lignes horizontales d'autres fois affectant les formes les plus fantastiques. Comme il ne pleut plus depuis longtemps et que le ciel est d'une grande limpidité, sauf les nuages noirs, qui paraissent tj à l'ouest, (direction des champs de bataille), il semble bien qu'ils ont une relation avec le canon que ns entendons perpétuellement de ce côté.

- Après la récréation, on vote pour la réception de Sr Fébronia Herkenne à la profession, le scrutin lui ayant été favorable, Madame dit à la communauté qu'elle a le désir d'inviter l'évêque de Namur pr cette profession.


Jeudi 5 novembre 1914
Ste Bertile

- Canonnade plus éloignée qu'hier.

- Les combats en Flandre, le long du littoral semblent terribles et se prolongent beaucoup ! Qui est-ce qui l'emportera, il y a bp à prier ! Les journaux louent avec le plus grand enthousiasme le courage admirable de notre Roi qui donne à notre héroïque petite armée le plus bel exemple de bravoure, il descend ds les tranchées avec nos soldats, lutte au milieu d'eux et se repose aussi avec eux et parmi eux, partageant leur soupe et leur pain de munitions Il a déjà plusieurs fois échappé à la mort comme par miracle. Que Dieu le protège !

- Dixmude est repris par les Alliés !

- Depuis la nuit mémorable de la St Barthélemy [24/08/1914] où les habitants de Maredret, le Bourgmestre en tête, se sont réfugiés dans notre cave, nos rapports sont meilleurs que jamais avec la population, qui ns garde la plus grande reconnaissance. Aujourd'hui on rapportait à M. Cellerière que Mr Honoré Marchant le Bourgmestre avait dit en parlant du ravitaillement, qui est partout la gde préoccupation du moment, "Ah ! Cà pr les Dames Bénédictines, je ne les laisserai manquer de rien."


Mercredi 4 novembre 1914
S. Charles B.

Le Canon tonne très fort aujourd'hui, au Sud et à l'Ouest, il paraît très rapproché et quelques unes ont même cru entendre des mitrailleuses, le fait est que le bruit n'était point du tout comme les autres jours ; bruit irrégulier et se déplaçant continuellement.

- Dom Bède Lebbe est tj prisonnier à Bruxelles, on n'est pas encore parvenu à le faire relâcher. - Dom Aubert ne rentre pas... où serait-il ?

- M. Lucie ns donne lecture de plusieurs lettres de ses soeurs (les Dames de Lhoneux) qui se sont réfugiées à Folkestone avec toute leur famille. Ces récits rappellent tout à fait ce qu'on lit des émigrés français à la grande révolution, tout le monde est sans argent, presque sans bagage, on a juste les vêtements que l'on portait au moment de la fuite et l'on vit avec la plus grande économie à l'étranger. Ces lettres disent que l'Eglise Catholique de Folkestone est bp trop petite pr la foule qui s'y presse tous les jours et, détail consolant, on distribue 10.000 Communions par semaine ; il y a là environ 50.000 émigrés.

- Un courrier arrive de Bruxelles et nous apporte la très bonne nouvelle d'une grande conversion. Mr Dendal écrit lui-même à Mère Domitille pr lui annoncer qu'il a donné sa démission comme membre de la Loge. Cette grâce que ns demandions depuis si longtemps a été accueillie avec la plus gde joie par toute la communauté, cela a été une vraie émotion, le soir à Complies ns disions avec ferveur l'oraison d'actions de grâces. A côté des Gdes douleurs nationales il y a les gdes Compensations divines.

- On nous dit qu'un commencement de statistique, (approximative et incomplète évidemment), donnerait déjà à l'heure actuelle le chiffre énorme de 56.000 civils fusillés en Belgique ! Ces massacres qui ne se justifient en aucune façon et n'ont rien à voir avec les opérations militaires, seront l'éternelle honte de cette guerre. Grâce à Dieu, on établit de plus en plus, que la population civile n'a donné lieu par aucune agression à ces massacres, partout elle a fait preuve de calme et de bon vouloir. Toutes les affirmations contraires sont de pures calomnies. [Phrase rajoutée ultérieurement au crayon :] Chiffre des civils fusillés devant être rectifié, il est très exagéré


Mardi 3 novembre 1914
S. Papoul

Nous sommes de nouveau à un moment où les nouvelles précises n'arrivent plus, le même fait s'est produit pendant les longues batailles de la Marne et de l'Aisne, on se bat tj en Flandre sur l'Yser ; les Allemands semblent tenter là un effort suprême, le sang coule à flots ! Mais le résultat se fait attendre ce qui est énervant et provoque facilement l'anxiété, d'autant plus que ns savons par le Times que les Prussiens ont recommencé en Flandre les massacres et les incendies que ns avons eu ici au mois d'août, ce qui prouve que chez eux cela entre bel et bien ds le programme de la guerre.


Lundi 2 novembre 1914
Les Morts

- Le Canon tonne tj au loin : Ouest ou Sud. Ce qui se passe ns n'en savons rien, d'après le "Times" la ligne de bataille s'étend depuis jusqu'à la mer du Nord ! C'est une guerre monstrueuse et insensée on n'en voit pas la fin.

- La grande nouvelle du jour est l'arrivée soudaine et tout à fait imprévue du Prieur de Maria-Laach. Il avait été invité à chanter une messe solennelle de Requiem à Libramont [Province de Luxembourg] [ces deux mots rajoutés par la suite] pr les soldats allemands morts pendant la guerre. Se trouvant d le Luxembourg il voulut venir jusqu'ici et a fait le trajet en auto avec plusieurs officiers allemands. Le Père Prieur a fait une courte visite à Madame, et lui a appris la nouvelle très réjouissante de la rentrée des moines au Mt César [voir le vendredi 16 octobre 1914], une première escouade y est depuis 15 jours, les autres suivront. L'abbaye est toujours occupée par 200 bavarois, ms on les dit "sympathiques"

- Dom Aubert, qui n'est pas rentré de ses pérégrinations, ns rapportera sans doute toutes les nouvelles de Louvain. - Pour le reste, le P. Prieur de Maria-Laach a paru a Madame très peu exactement informé des faits en ce qui regarde la Belgique et ses appréciations au sujet de la guerre s'en ressentaient, il voyait les choses uniquement au point de vue Allemand. - C'est le côté le plus triste de cette affreuse guerre, d'entraîner après elle des divisions qui peuvent aller jusqu'à creuser un véritable abîme entre les nations. En Allemagne, la presse travaille à calomnier la Belgique autant qu'elle le peut, de façon à ns rendre absolument odieux et méprisables !!

- A Fosses, Monsieur le Doyen a organisé aujourd'hui une très émouvante manifestation patriotique et religieuse, il s'est rendu processionnellement avec son clergé et toute la population sur la tombe des 2 généraux français et des soldats français qui ont été enterrés à Fosses au mois d'août.

- De Maredsous on ns communique 2 nos du "Times" les articles les plus intéressants sont traduits et lus au réfectoire, un article particulièrement intéressant raconte la retraite d'Anvers et l'héroïsme de nos troupes à ce moment. Un autre article est consacré au généralissime Joffre.


Dimanche 1er novembre 1914
TOUSSAINT

- Cette fête de Toussaint est assez mélancolique avec le canon qui gronde au loin ; Dom Marc de Montpellier ns chante la Messe Conventuelle à 9 h. Sine ministris, sans thuriféraire ! C'est toujours la misère et tout ns rappelle la guerre. On se bat furieusement ds les Flandres, où notre armée fait des prodiges de valeur ; mais où nos braves tombent probablement en grand nombre ! Des renforts sont arrivés d'Allemagne ce qui rend la tâche des Alliés plus rude. L'escadre anglaise participe au combat, 16 bâtiments de guerre canonnent les Allemands, on dit que c'est un véritable tonnerre ininterrompu et assourdissant qui s'entend à peu près ds tout le pays, il est possible que cette canonnade lointaine mêle son fracas à ce que ns entendons constamment à l'Ouest depuis de longs jours sans qu'on arrive à connaître exactement l'endroit de la bataille.

- Sr Fébronia fait sa pétition pour la profession, après Prime.

 


NOTES D'OCTOBRE

A partir du mercredi 14 octobre, notre Horaire est modifié de la façon suivante pr ns soumettre aux ordonnances prussiennes qui défendent d'avoir encore de la lumière après 8 h. du soir !!
   6 h. Complies - Angelus - Matines
   7 1/2 Souper - Récréation - 8 3/4 h. Aspersion et Preces. - 9 h. Coucher.

 


Vendredi 30 octobre 1914
S. Quentin

- A en juger par l'intensité de la canonnade il doit se livrer à l'Ouest un combat furieux et pas trop loin d'ici.

- Toutes les bonnes nouvelles se confirment. Nos troupes ont, paraît-il, eu une très belle victoire ds les Flandres. Les Allemands sont en retraite sur toute la ligne. Mr Etienne Desclée, rentré de voyage hier soir a dit que lors de son passage, Mons n'était pas encore repris, mais le Général Joffre espérait s'en emparer le 29. Tout est au mieux pour les alliés, les plus pessimistes ont repris courage et confiance et on parle déjà du jour de la victoire complète. Un extrait d'un journal de Roubaix [Département du Nord - France] dit : Paris et Londres sont en délire !

- Le Commandant militaire d'Ermeton est parti, ce poste est donc complètement évacué, il en est de même à St Gérard et ailleurs.... Cela étant Madame décide qu'à partir de demain nous reprendrons notre H o r a i r e. - Les allemands ont tous quitté Fosses. Dans certains villages où se trouvaient les soldats du Zandsturm qui avaient l'assurance de ne pas devoir aller au feu. L'ordre est arrivé de marcher, ces hommes de cinquante ans au moins, tous pères de famille, étaient désespérés, ils pleuraient à chaudes larmes ! C'est une véritable guerre d'extermination. On a assisté également à Namur au départ des femmes d'officiers et soldats allemands, qui ont reçu l'ordre de rentrer en Allemagne, les malheureuses sanglotaient !!

 


Jeudi 29 octobre 1914
S. Narcisse

- Canonnade ininterrompue à l'ouest. La bataille a lieu à Mons

- Il y a un changement sensible dans la conduite des Allemands, on dirait qu'ils sentent le terrain manquer sous leurs pieds. - A Namur on peut circuler et avoir de la lumière jusque 9 h. du soir (heure Belge). C'est un gd progrès - A Ermeton le Commandant militaire a dit aujourd'hui qu'il ne délivrait plus de passeport, un permis du bourgmestre suffisant pr aller d'un bout de la Belgique à l'autre !

- En dessous de Dinant du côté de Couillet, on nous dit qu'il y a depuis la retraite de Namur 150 Français qui attendent le moment de se joindre à leurs troupes quand elles repasseront en attendant 7 femmes courageuses vont chaque jour au péril de leur vie les ravitailler ; les soldats ne restent pas inactifs et de temps en temps ils font encore un coup d'audace, c'est ainsi qu'ils ont tué un général allemand, il n'y a pas longtemps.

 


Mercredi 28 octobre 1914
Ss Simon et Jude

Le canon gronde toujours et se rapproche, ce qui actuellement est très bon signe. Nous entrons dans une nouvelle phase de la guerre, celle qui nous touche de tout près car les choses se passent en Belgique.

- A l'heure de l'ouvroir Mère Cellerière vient donner les dernières nouvelles qui sont reçues avec des expressions de joie. L'armée allemande est décidément refoulée. L'aile Ouest est à Valenciennes [Département du Nord - France], où la Cavalerie allemande a été anéantie, - le Centre à Mons, l'aile Est à Chimay [Province de Hainaut] -

- A Namur, les civils de nationalités allemandes qui abondaient ds la ville ces derniers temps, sont invités par affiches à rentrer chez eux ! Les officiers allemands vantent leurs grands travaux de défense et annoncent un bombardement imminent. Mais ils ne se vantent pas d'avoir tué 40 de leurs officiers et 40 civils travaillant aux forts, ds leurs exercices de tir, il est confirmé, en effet, que les Belges ont enterré leur secret et qu'il ne s'est trouvé personne pour le trahir ; de plus les forts ont été miné de telle sorte qu'actuellement ils s'ébranlent à chaque détonation ce qui entraine d'inévitables accidents. - La Providence est bien avec nous et Dieu semble se rire de la force matérielle et de tous ces perfectionnements qui, dans l'outillage de l'armée allemande semblent avoir atteint le dernier degré du possible ! La victoire finale ne dépendra pas de ces causes secondes.

- La bataille d'aujourd'hui se livre entre Ath et Mons

- A L i è g e on ne peut plus faire de tarte, à Charleroi non plus, toute la farine devant être réservée pour le pain. A  B r u x e l l e s on est rationné pour le pain et le ravitaillement est très difficile ; Mme Brugman revenue à son château de Beauchêne dit que l'on est beaucoup mieux ici que dans la capitale, où le temps se passe littéralement à la chasse aux vivres, tout le monde est aussi sans argent. On craint un soulèvement des Marolles à Bruxelles, le bas peuple de ce quartier est affamé et très surexcité, pour conjurer tout mouvement de ce côté, Mr Solvay et quelques autres membres d'un Comité donnent 30.000 $ [francs] par jour pour faire de la soupe et nourrir ces affamés.

 


Mardi 27 octobre 1914
S. Frumence

A 8 h 1/2 du matin, le clairon sonne à Maredret ; c'est qu'il y a du neuf, en effet, on ne tarde pas à voir "notre garnison" sac au dos qui s'en va en bon ordre. La joie des habitants en voyant partir ces hôtes importuns ne se peut dire ! Les officiers descendus chez Mr Desclée sont partis également... tout cela très vite. De Flavion arrive la nouvelle que les Allemands ont fait afficher un avis demandant à la population de se montrer accueillante au retour des troupes, de les recevoir bien et de les bien traiter. - Il s'agit donc de retour [mot souligné deux fois] chez soi. Toutes les rumeurs ont le même sens. - Hier soir à l'annonce des nouvelles réquisitions et de l'arrivée de nouveaux soldats, quelques unes témoignèrent tout haut leurs craintes sur ce qui ns attendait ; mais Madame releva ce manque de confiance et dit qu'après tout ce que Dieu a fait pr ns depuis le commencement de la guerre, c'était très mal de douter de lui, elle ajouta même : s'il ns arrive quelque chose, ce sera la faute de celle qui se sont inquiétées et qui ont manqué de confiance !... - Or ce matin Dieu semble avoir voulu nous donner une nouvelle preuve de sa sollicitude pour notre monastère, puisque contre toute attente, le village de Maredret est évacué sans que nous ayons été molestées le moins du monde et étant de nouveau plus épargnées que ts nos voisins ! Le Seigneur nous gâte vraiment

- Nous apprenons à la conférence que Dom Bède Lebbe est parvenu à faire savoir à l'évêque de Namur qu'il est prisonnier à Bruxelles. Mgr Heylen a obtenu sa grâce et un frère des Ecoles Chrétiennes est parti pour le chercher et répondre de son identité. - Dom Boniface del Marmol est à St André à Bruges.

- Après coup nous avons appris que les soldats que nous avons eus à Maredret étaient bel et bien ici pour garder la voie du chemin de fer parce que l'empereur Guillaume II devait passer par Maredret - Tamines etc..... Il a été jusque ds les Flandres, à Thielt notamment. 


Lundi 26 octobre 1914
S. Rustique

Le canon se fait entendre très faiblement ds la journée.

- Les nouvelles continuent à arriver toujours meilleures, on est libre de ne pas y croire, d'autant plus qu'elles sont quelque peu invraisemblables, ms il est tj intéressant de les enregistrer, ne fut-ce qu'à titre de curiosité :
Dans la bataille sanglante livrée près d'Arras, les Allemands auraient eu 40.000 morts et 80.000 prisonniers ! - On ajoute qu'Anvers aurait été repris par les Anglais !!!

- Beaucoup de mouvement autour de nous, ce ne sont plus de grandes armées qui envahissent tout, mais des allées et venues incessantes et des réquisitions qui finissent par énerver les populations et les mettre aux abois. On a changé de méthode pr ce dernier point, ce n'est plus aux particuliers directement que les allemands s'adressent, ms aux bourgmestres qui doivent se charger de les satisfaire en employant tous les moyens qu'ils ont en leur pouvoir. A Maredret on a du leur donner de la farine, de l'avoine et il n'y a pas à s'excuser il les leur faut, ou se sont des menaces. - A St Benoît ils ont demander 100 Kil. de farine et du pétrole, Père s. Prieur les a servi en soupirant, on est payé peu ou point, surtout en bons de guerre qui n'ont aucune valeur. Père Sous Prieur informe Mère Cellerière de tout cela pour qu'elle se prépare aussi à des sacrifices inévitables, il ajoute même, tant la chose lui paraît certaine : "Demain ce sera votre tour, il n'y a rien à faire, il faut y passer."


Dimanche 25 octobre 1914
S. Crépin

Le Canon se fait très faiblement entendre au loin.

- Les nouvelles troupes arrivées à Ermeton et Maredret ne font pas trop d'honneur à l'Allemagne militaire - Pas d'équipement militaire (pantalon Civil et une blouse).- ils font partie, disent-ils, de la garde civique de Berlin, il est permis d'en douter, puisqu'on dit que ce Corps n'existe pas en Allemagne - ils assurent qu'ils viennent de Berlin d'où ils sont partis il y a 22 jours !! Un de leur premier soin a été de demander où se trouvait la salle de danse... Tous ces hommes qui frisent la cinquantaine, ont l'air assez commun ; l'officier logé chez le Bourgmestre a 65 ans.

- On ns lit au réfectoire une admirable Homélie de Mgr Pie, prononcée à Poitiers [Département de la Vienne - France] en 70 pour clôturer une neuvaine au Sacré Coeur. Cette parole est si bien adaptée aux circonstances actuelles et elle est empreinte de tant de force surnaturelle, qu'elle ns réconforte.


Samedi 24 octobre 1914
S. Erambert

St Raphaël

On se bat toujours à l'ouest mais il semble aujourd'hui que la Canon est fort remonté vers le Nord.

- Après Vêpres, une grande affiche apprend à la communauté les dernières nouvelles qui sont des plus encourageantes.
4 aéroplanes allemands sont descendus hier sur Namur et ont annoncé qu'Armentières
[Département du Nord - France] venait d'être repris par les Français, ainsi que Lille [Département du Nord - France].

- A Lille les Français ont capturé aux Allemands 1500 chariots de vivres et de munitions. - A Dunkerque [Département du Nord - France] 200.000 Belges et 8000 Anglais ont donné une fameuse tripotée aux Allemands

- Le plus réjouissant, c'est qu'à Namur, il a été impossible à Messieurs les Prussiens, malgré plusieurs essais, de faire fonctionner les forts. Les secrets ont été enterrés par les Belges au moment de la reddition de Namur et à leur defaut, il est impossible de viser à l'endroit voulu. Une prime de 5000 $ [francs] est offerte par les Allemands à celui qui indiquera le maniement du fort de Malonne, inutilisable ds l'état actuel. Bravo !

- A Arras [Département du Pas-de-Calais - France] le général Pau a remporté une brillante victoire, ds cette bataille, la plus sanglante de la guerre actuelle, les Allemands auraient été "hachés !". - Les Français ont fait 20.000 prisonniers, pris 15 drapeaux, 300 Canons. - Les forts de Maubeuge [Département du Nord - France] sont repris
Valencienne
[Valenciennes - Département du Nord - France] occupée par les Français.

- Le Centre Allemand se replie sur Charleroi [Province de Hainaut]. Aile droite sur Mons [Province de Hainaut]
Aile gauche sur Philippeville [Province de Namur] Dinant [Province de Namur]. Les Français arrivent à Libramont [Province de Luxembourg] Beaucoup de soldats ont quitté Namur, les Allemands fortifient les environs de Waterloo [Province de Brabant wallon].- Le général Pau, nommé Maréchal de France s'avancerait en Belgique avec 300.000 hommes.- Metz [Département de la Moselle - France] a capitulé.


Vendredi 23 octobre 1914
S. Séverin

- Le Canon tonne tj ds la direction du Hainaut.

- De grand matin on ns annonce que le Généralissime Joffre vient de recevoir le bâton de Maréchal de France, récompense bien méritée !

- Les deux ailes Est et Ouest de l'armée allemande n'existent plus, le Centre tient encore, mais toutes les forces sont réunies du côté d'Armentières [Département du Nord - France] où une grande bataille se livre probablement en ce moment

- Le R. Père sous Prieur (Dom Gérard François), recommande vivement à nos prières Dom Basile De Meester qui baisse beaucoup et dont la fin semble approcher ; il s'est acquis une telle dette de reconnaissance dans les deux abbayes par son inaltérable dévouement pendant de longues années qu'il a vraiment droit aux prières de tous.

- Tandis que le poste militaire d'Ermeton se fond tout à fait : ils ne sont plus que deux ou trois ; voilà 60 soldats allemands qui viennent s'établir à Maredret, ils annoncent que c'est pour tout l'hiver, ms il est très permis de n'en rien croire, à la première alerte ils s'en iront probablement.

- A Maredsous on a reçu la visite de Son Excellence le Général Von Longchamp Gouverneur militaire (allemand) de Namur - (Après information cette nlle a été démentie ce sont 3 ou 4 officiers qui sont venus à St Benoît, ils ont été très aimables.
4 malades ont été emportés à Namur.

- Le bourgmestre de Maredret vient réquisitionner 8 couvertures pr les Allemands, on ns recommande de donner ce que ns avons de moins bons, mère Cellerière n'y manque pas et donne pour les Prussiens des couvertures de coton ; d'ailleurs le temps est superbe, température de printemps, et il n'y a pas à craindre que nos ennemis gêlent, ns espérons qu'ils seront loin d'ici pr Noël !

- Parmi les choses qui deviennent très difficile à trouver, il faut citer le pètrole, qui se vend 1 fr le litre, au lieu de 20 centimes - Mère Marie-Madeleine a réussi à fabriquer "une liqueur" pr le remplacer, c'est un composé d'eau et de sel de soude, contenant 1/10 de pètrole et cela brûle bien. Elle fabrique aussi des bougies avec ts les déchets de cire que l'on a à la sacristie

 


Jeudi 22 octobre 1914
S. Mellon

- Le Canon tonne tj, plus fort le matin et moins l'après midi.

- A Namur les Allemands avaient annoncé pour [blanc] une parade ou promenade triomphale, d'un train de mitrailleuse, enlevé aux Français mais voilà que les mules, qui tiraient les mitrailleuses, se mettent à ruer tant et plus et finissent par fuir ds une course échevellée !! la foule éclate en applaudissements, les rires et les hurrahs retentissent de ttes parts, si bien que les soldats allemands sont gagnés eux-mêmes par le rire ; seuls les officiers prussiens demeurent imperturbablement sérieux.

- Dernière nouvelle - Les Allemands renoncent à se rendre à Paris.... p.c.que la peste y règne. (?)-

- Mme Frédéric de Montpellier rentrée d'Ostende [Oostende - Provincie West-Vlaanderen] à Denée depuis quelques jours, vient faire visite à Mère Lucie après Vêpres ; elle dit qu'il y avait 6000 blessés belges à Ostende, tous plutôt légèrement atteints. Elle a fait le voyage de retour par la Hollande, l'hospitalité des bons hollandais l'a vraiment touchée ; à Flessinghe [Vlissingen - Pays-Bas] elle a été hébergée par une bonne femme qui a retiré ses deux enfants de leurs berceaux pr céder les berceaux aux enfants de Mme de Montpellier, et son propre lit à la bonne. L'hôtesse et Mme de Mont. ont passé la nuit sur des chaises.

- On est toujours sans aucunes nouvelles de Dom Bède Lebbe, Dom Boniface del Marmol et ses Compagnons, ils étaient tous en habits civils, le premier revenant d'Angleterre et porteurs de lettres et le 2d s'y rendant avec tout un bagages d'habits monastiques. Toutes ces circonstances sont si compromettantes qu'il y a vraiment lieu de craindre beaucoup.

- Le Cardinal archevêque de Malines vient d'écrire une circulaire à son clergé, invitant tous ses prêtres à revenir prendre leur poste ds le diocèse.

- On réduit actuellement l'éclairage le plus possible : au choeur pour l'office des Laudes 1 bec d'Acétylène de chaque côté, les plus jeunes professes viennent se placer en second rang à côté des novices pr bénéficier de l'éclairage, à Matines on fait de même. Au réfectoire, au chapitre on a réduit également l'éclairage au minimum.


Mercredi 21 octobre 1914
Ste Ursule

- Le Canon tonne vigoureusement depuis le matin.

- Mr Brussel en visite à Maredsous dit qu'une chaude bataille se livre sur notre frontière à Erquelinnes [Province de Hainaut], ou les Allemands ont été repoussés : à Maubeuge [Département du Nord - France] ils avaient placé 3 de leurs gros canons sur les forts et attendaient les français de pied ferme, ms voilà qu'après le 3e boulet, les forts qui avaient craqués terriblement sous ces monstrueuses détonations, se sont effondrés et pulvérisés. Les Français sont arrivés alors pr faire un vrai carnage, c'est ce qui reste de ces troupes qui est refoulé sur Erquelinnes. - Mr Brussel a dit encore, qu'un lieutenant Colonel Allemand de passage à Bioulx lui a confié qu'il ne leur reste plus que 750.000 hommes qu'ils en ont perdu un petit million en France ! L'armée qui reste est ds un complet état d'épuisement, les hommes n'en peuvent plus !

- A Namur Mr Brussel a eu la curiosité de demander à un officier [mot rajouté ultérieurement : allemand], ce qu'ils pensaient en faisant ces gds travaux de fortification à Namur ? Combien de temps comptez vs donc rester ici ? - 2 ans répondit l'Autre - "Ce n'est pas mon avis, je crois que vous pourriez bien être en Allemagne pr Noël. Le Prussien baissant la voix, se contenta de répondre . "Cela se pourrait bien." -

- Des soldats anglais, en très grand nombre, débarquent en France.


Mardi 20 octobre 1914
S. Caprais

- Le Canon semble s'éloigner tj davantage à l'ouest.

- D. Aubert est parti pr Bruxelles - Louvain [Leuven - Provincie Vlaams-Brabant].

- Ns apprenons que l'Espagne mobilise ! où cela s'arrêtera-t-il ?

- Il n'est pas sans intérêt de noter que le mark allemand vaut plus en Allemagne que 1.17 $ [francs] le billet de 100 $ [francs] français par contre est coté 107 $ [francs] et le billet de 100 $ [francs] belge 103 $ [francs].- (banque de Francfort.)

 


Lundi 19 octobre 1914
S. Pierre d'A.

- Le Canon se fait entendre très loin aujourd'hui à l'Ouest.

- Les nouvelles sont plutôt rares. Dom Maur Coornaert venu ici ce matin a donné les nouvelles suivantes : Défaite des Allemands à Sedan [Département des Ardennes - France] confirmée. Le gouvernement belge est transporté à Bordeaux (extéritorialisé). Notre armée a passé en France, les hommes étaient exténués, les officiers surtout dit-on, étaient à bout de forces étant demeurés à cheval des journées entières. Plus d'un était demeuré 56 heures sous le feu ! - Le Ministre d'Argentine à Bruxelles a fait une visite à Dinant à l'effet de s'instruire au sujet de Mr Immers Consul d'Argentine qui y a été fusillé par les Allemands ; Ceux ci ont offert une très forte somme à la veuve pr qu'elle mette ce meurtre au compte des Français, ms elle s'est bien gardée comme on peut le penser. - 100.000 Indous soldats des Indes sont arrivés à Bordeaux pr porter secours à l'Angleterre.

- Le Portugal a déclaré la guerre à l'Allemagne.

- Le sénateur Braun de passage à Maredsous a dit qu'Aerschot [Aarschot - Provincie Vlaams-Brabant] et Diest [Provincie Vlaams-Brabant] ont été bp plus maltraitées que Dinant !!.... l'officier qui a ordonné toutes les horreurs à Dinant a été blessé dernièrement à Sedan et est mort depuis ; il a déclaré avant de mourir que si c'était à recommencer il ferait le double !

- Mr Braun a dit aussi qu'à Anvers 500 civils ont été fusillés.

- Dans le Luxembourg la farine est vendue à 65 $ [francs] le sac. Pauvres gens !

- On raconte qu'un régiment allemand de passage à Bruxelles a été loger à l'école militaire ; ils ont cru jouer un malin tour aux belges en souillant tous les lits de leur infecte manière, (le procédé est général) ; mais voilà qu'un autre régiment les suit et.... bénéficie de la délicate attention !! - Il est à remarquer, que les Prussiens qui excellent ds le genre malpropre et atteignent facilement la vraie méchanceté échouent complètement ds le genre spirituel. L'absence de malice et d'esprit est totale chez eux, ils en sont dépourvu à un degré qui se rencontre rarement.

- Dom Aubert s'est encore rendu à Namur aujourd'hui à l'effet d'obtenir un passe port pour Bruxelles, Louvain [Leuven - Provincie Vlaams-Brabant] - Il a été reçu par le gouverneur militaire, qui s'est montré courtois et aimable, la conversation a roulé sur les notabilités belges et allemandes connues de part et d'autre - Le passe port a été délivré immédiatement, D. Aubert a présenté alors une lettre d'ici pr Mère Bénédicta de Schwarzenberg à St Gabriel cela encore a passé sans difficulté.- Namur est encombré de familles allemandes venues rejoindre les troupes ; le frottement est désagréable en ce moment, d'autant plus que ces nouveaux arrivés ne semblent pas du tout être la fleur de l'Allemagne.


Dimanche 18 octobre 1914
S. Luc, év.

- Canonnade tj ds la même direction : plein ouest.

- Mr Pierre Prüm vient voir mère Candida [sa fille]. Il arrive de Clairvaux (ds le Gd Duché) en automobile, muni de passe-ports dûment visé par les autorités Luxembourgeoiges et Prussienne. - Il dit que les Allemands sont en mauvaise situation, ils ont tout donné au début et n'ont plus aucune réserve. Le Kronprinz est depuis 1 mois environ ds le village de Esch en Luxembourg où il est détenu par ordre de l'Empereur ; il ne peut sortir de ce village. A la tête des troupes il s'est montré incapable au point de vue militaire, de plus brutal et sanguinaire faisant massacrer ses hommes inutilement, enfin sa vie privée est telle qu'on ose dire qu'il se conduit comme un pourceau, même maintenant à Esch. - L'état major allemand était installé à Clairvaux chez Mr Prüm, les premiers jours d'Août, avant les journées de Liège ; un étage était mis à la disposition des officiers qui faisaient garder chaque porte par une sentinelle. Ils eurent besoin d'un habitué de la maison à un moment donné et Mr Pierre Prüm se mit à leur disposition, il assista ainsi pendt un certain temps au Conseil de guerre et entendit les généraux penchés sur les cartes d'état major de Belgique, décider froidement que tel village serait incendié, que ds tel autre, si tel fait se produisait, on fusillerait les civils etc... etc...

- En traversant la Belgique Mr Prüm a une très triste impression à la vue de toutes les horreurs commises, les habitants sont visiblement affamés, les figures ont une expression d'effroi ou d'énervement qui semble dire qu'on ne pourra supporter longtemps l'état de chose actuel.

- En Allemagne on a levé jusqu'à 4 classes de soldats en une seule nuit de 6 h. du soir à 4 h. du matin, la dernière rappelait les hommes de 59 ans ! ds certains villages c'étaient des pleurs et des hurlements de désolation.

- La Gde Duchesse de Luxembourg passe son temps à soigner les blessés ! L'empereur d'Allemagne après avoir violé son Territoire, lui a envoyé des wagons de fleurs ! Quelle ironie !.. - Au Gd Duché comme ici, les Prussiens sont prodigues d'affiches pr interdire une foule de choses ; Mr Prüm comme bourgmestre fait coller d'autres affiche à côté des premières, pr prévenir la population qu'elle n'a pas à s'inquiéter, les prussiens n'ayant rien à dire en ce lieu.

- Le Gd Duché n'a point d'armée : 200 soldats et 2 canons constituent tout son effectif militaire. A l'approche des Allemands, nos voisins se sont empressés de mettre en sûreté les 200 soldats, de crainte qu'il ne leur arrive q.q. chose de fâcheux. Ils pensèrent ensuite à leurs 2 canons, "Cachons-les, dirent les bons Luxembourgeois, cela a coûté tant d'argent !!" Les Canons ont été soigneusement mis à l'abri ! dès lors les prussiens pouvaient passer.


Samedi 17 octobre 1914
S. Gauderic

Ste Hedwige patronne de la Pologne.

On ne cesse de Canonner au Sud... mais loin. Après Vêpres le Canon se fait entendre au Nord, N-ouest, assez fort, on dirait du côté du Brabant.

- On nous annonce la mort du Cardinal Ferrata, le secrétaire d'état. Il est remplace par le Cal [nom resté blanc].

- En France : mort du Cte de Mun, une grande et chrétienne figure qui disparaît.

 


Vendredi 16 octobre 1914
S. Bertrand

1er jour de la bataille de l'Yser.

Le canon s'est tout à fait éloigné, ms ns l'entendons entre très faiblement de temps en temps à l'ouest.- Gd brouillard à peu près toute la journée L'après midi la Canonnade reprend au sud comme il y a q.q. jours.

- Dom Aubert est allé à Namur aujourd'hui pour plusieurs affaires ; son voyage lui a laissé une très pénible impression. La ville est toute germanisée et l'on se sent partout oppressé et tyrannisé par l'autocratie prussienne qui ne ménage rien et n'a d'égard pour personne. Le Rd Père a été voir Mgr l'Evêque qui habite actuellement chez les soeurs de Notre Dame. Sa Grandeur est très préoccupée de ses prêtres surtout, Dom Aubert a aussi trouvé notre évêque déprimé et vieilli de 15 ans ! il est accablé de difficultés et de tracasseries que les Allemands lui suscitent... En ville toutes les annonces, inscriptions etc..... sont en allemand, des Allemands partout, très arrogants et encombrants. Les forts sont remis en état et la semaine prochaine on va les essayer, à cet effets les villages devront successivement être évacués pendant quelques heures. - Une lettre pr le Rme P. Archi Abbé a été acceptée par le bureau de poste militaire.- A l'hôtel du gouverneur, un canon est placé au balcon, braqué sur la place ; 2 autres Canons, à droite et à gauche du vestibule d'entrée.

- D. Aubert entend dire à Namur que les moines de Louvain [Leuven - Provincie Vlaams-Brabant] [abbaye du Mont César], destinés d'abord à être détenus ds une forteresse, ont obtenu d'être fait prisonniers à Maria-Laach ; ms à condition de demeurer tout à fait séparés de la communauté ; l'Abbé de Laach seul, qui a la responsabilité de ses prisonniers, peut avoir des rapports avec eux. Ces rigueurs semblent si extravagantes, que l'on peut à peine y croire. 


Jeudi 15 octobre 1914
Ste Thérèse

[Note figurant en tête de la page de l'agenda :]

Pour ce qui concerne l'ordre du jour voir les Notes fin du mois

[Texte écrit ensuite à l'emplacement habituel sur la page de l'agenda].

- Le canon a tonné toute la nuit vigoureusement et d'une façon continue il en est de même pendant la journée. Direction ouest - Nord-Ouest. Il semble que c'est la direction du Hainaut, mais moins loin de nous que précédemment. Le roulement continu va se rapprochant de ns toute la journée et descend de l'ouest au sud.

- Les Français sont déjà à Hastières [Province de Namur], ils y ont tué 17 allemands.

- Les longs convois que ns avons vu passer hier et avant hier à l'horizon revenaient de Sedan [Département des Ardennes - France], où les Allemands ont été battus, ttes ces voitures de ravitaillement étaient pleines, il y avait aussi des canons cassés et un bric à brac d'objets hors d'usage.

- Ce matin à 8 heure passage à Maredret d'un très [mot souligné deux fois] long train bourré de soldats allemands jusque ds les fourgons à bestiaux, retour de France aussi, il y avait aussi des blessés, du matériel et des autos jusque sur les Wagons. 2 wagons trop lourds (remplis de munitions pense-t-on) ont été laissés à Maredret.

- Les soldats qui passent ici, à Denée etc disent qu'ils reviennent soit de Rocroy [Département des Ardennes - France], soit de Sedan, où ils ont été battus. Les chevaux arrivés à Denée sont ds le plus pitoyable état d'épuisement, on a dû en abattre 3 hier ; interrogés sur ce fait, les allemands ont répondu que c'est à cause de la précipitation de leur course, car ils étaient poursuivis de très près par les Français.

- Dans un train qui a passé de ce côté, un Français emmené prisonnier en Allemagne a crié par la fenêtre : "Les choses vont bien, ns venons de reprendre Mons [Province de Hainaut] à la baïonnette"

- On vient d'exhumer à Ermeton les 5 princes qui y étaient enterrés, leurs restes méconnaissables ont été mis ds des caisses et expédiés en Bavière.

- Les troupes allemandes ont modifié sensiblement leurs procédés ; actuellement les soldats se montrent très corrects et "gentils" comme disent les gens d'ici. A Denée on leur a demandé la raison de leur changement de conduite, "C'est que, ont-ils dit, si ns faisions maintenant ce que l'on a fait ici, il y a 3 semaines, ns serions mal notés."

- Dom Bède Lebbe qui devrait être rentré d'Angleterre, doit avoir été fait prisonnier. Le 3e départ comprenant ts les bagages des Clercs, confiés à D. Boniface del Marmol est aussi resté en route.... on présume qu'ils sont également sous les verrous

- Dom Paul Damman, très ébranlé pr ts ces évènements est allé se reposer à Oosterhout (Pays-Bas]

- Un soldat allemand arrivé à Sosoye se croyait à Soissons [Département de l'Aisne - France], le pauvre homme ! il a fallu le désillusionner ! Comme on trompe ces malheureux soldats !

 


Mercredi 14 octobre 1914
S. Calixte

[Notes figurant en tête de la page de l'agenda :]

La prise d'Anvers [Antwerpen] est confirmée ms la ville a été préalablement si bien vidée de soldats, de munitions et d'approvisionnements de ttes sortes que les Allemands sont au comble de la fureur. Nos troupes sont allées au midi de la France garder les frontières et les troupes fraîches qui se trouvaient là sont parties pr prêter main forte à ceux qui se battent.

L'Angleterre a fait don à la Belgique de l'île de Guernesey, où le Roi peut se retirer sur son territoire. Les détails sur tt cela manquent.

[Texte écrit ensuite à l'emplacement habituel sur la page de l'agenda].

Le Canon se fait entendre de nouveau à distance, ms d'une façon intermitente.

- L'évènement de la journée c'est l'arrivée du Rd Monsieur Larsimont. Vicaire à Montignies sur Sambre [Province de Hainaut], (neveu de notre Soeur Marie Dèscail [?]), qui sur l'invitation de Madame notre Mère, ns donne une conférence extrêmement intéressante sur ce qu'il a vu de près pendant ces semaines tragiques : les journées des 22, 23 et 24 août il a assisté au défilé non interrompu des troupes allemandes qui se rendaient en France. 80.000 hommes ont passé ainsi à Montignies. Ce prêtre, qui a été pris comme otage et emmené avec l'armée allemande pendant 24 heures, nous raconte, les indignes traitements dont il a été l'objet, il était hué, frappé, cravaché, recevait des coups de poing ds la figure tant de la part des officiers que des soldats... l'épithète injurieuse la plus habituelle était celle de : "Cochon" ! A chaque instant les infortunés otages croyaient leur dernière heure venue, ils étaient environ 400 otages ramassés partout. Pour être exact, il faut ajouter que de ci de là il y avait quelques bons soldats compatissants qui venaient dire tout bas qu'ils étaient Catholiques, eux aussi, et étaient navrés des traitements infligés aux prêtres. A un moment donné comme ts les otages gisaient à terre ds l'attente d'un ordre, un soldat s'approche du jeune vicaire et lui dit à voix basse à l'oreille : " In te Dne speravi, non Confunda in aeternum.-" Celui-ci en fut tout touché.- Ds le Hainaut comme ici la haine du prêtre s'est manifestée très particulièrement, il n'y a eu néanmoins que 2 prêtres fusillés et cela p.c. qu'ils ont refusé de dire par où les troupes françaises avaient passé et la direction de leur marche. - A Montignies comme en bp d'autres communes l'école catholique et le Cercle Catholique ont été entièrement incendiés c'est l'oeuvre de 25 ans de travail qui est à recommencer. Il est à noter qu'aucune école neutre n'a été détruite.

- Le prince de Saxe et son fils qui avaient ordonnés et présidés à l'incendie d'un village près de Charleroi, ont été tués le lendemain ds un autre village.

- Les Allemands mettent le plus gd soin à faire disparaître leurs morts : pour ne pas démoraliser leurs troupes, et aussi pr qu'on ne puisse mettre la main sur les papiers compromettants dont ils peuvent être porteur. souvent ces cadavres sont simplement jetés ds les incendies qu'ils allument partout, on a retrouvé les squelettes calcinés... ils les ont déjà fait partir par trains entiers, ces cadavres debout ds les wagons étaient maintenus par des cordes, ces morts étaient serrés les uns contre les autres de façon à remplir les fourgons entiers, il y a certainement au moins un train entier qui est parti chargé ainsi uniquement de morts ! Quelle horreur ! [Ajouté en petits caractères :] le fait s'est renouvelé plusieurs fois Un fossoyeur réquisitionné, fait remarquer que certains soldats qu'on lui fait enterrer, respirent encore... On lui ferme la bouche d'un geste et il doit continuer sa besogne, le pauvre homme en est devenu fou.

- Notre ordre du jour est modifié à partir d'aujourd'hui pr ns soumettre aux ordres reçus des autorités allemandes, en ce qui concerne la lumière qui doit être éteinte à 8 h.

 


Mardi 13 octobre 1914
S. Géraud

- Nous terminons la récolte des betteraves qui est très abondante.

- Le canon ne se fait pas entendre et ns ns demandons si c'est bon signe ou mauvais signe.

- Vers 2 heures de l'après midi un roulement continu se fait entendre au loin, semblable au roulement bruyant de l'artillerie, on sonde l'horizon et l'on aperçoit à l'ouest sur la route qui s'étend tout au loin du sud au nord, un long convoi, qui défile lentement pendant près de 2 heures, avant de disparaitre, d'ici on dirait de lourds chariots ; mais on n'a pu nous dire ce qu'ils renfermaient, car ils ont traversé les villages hermétiquement clos.

- Toute la récréation s'est passée en conjectures, les optimistes se réjouissant d'une retraire présumée de l'armée allemande ; les pessimistes gémissant à la perspective d'un grand convoi de ravitaillement revenant à vide pr nous dévaliser..... Au moment de Complis Madame l'Abbesse est appelée au parloir et en sortant du choeur ns trouvons le billet suivant affiché au tableau :
"Il paraît que l'aile Ouest est scindée ; l'aile Est est presque détruite.
"Par ordre allemand plus de lumière après 8 h. - Si le R. P. tousse
"très fort nous devons éteindre au choeur, cela prouverait un passage de
"troupes. Deo gratias est
[mot illisible]"- Les matins se passent sans incident.- Les bonnes nouvelles ci dessus sont arrivées à Maredsous aujourd'hui de très bonne source. Un colonel Allemand est atteint à Tamines [Province de Namur] d'une pneumonie grave, soigné par un docteur belge, il lui a demandé de connaître exactement son état, le médecin lui a déclaré qu'il restait peu d'espoir de le sauver. Sur quoi l'officier lui a répondu : Puisqu'il en est ainsi je vais vous dire aussi où ns en sommes : Aile ouest scindée, aile est à peu près anéantie et la Ville d'Anvers [Antwerpen] n'est pas prise. - "La Flandre libérale" qui doit être aussi bien informée à Gand [Gent - Provincie Oost-Vlaanderen], nie la prise d'Anvers ! - On ne sait que penser.

- L'armée allemande est si découragée et démoralisée, affirme t-on que l'on a lancé la nouvelle de la prise d'Anvers pour relever un peu les courages.

- Deux soldats allemands arrivés à Maredret, ont demandé qu'on leur indique sur la carte où ils étaient, puis ils ont demandé où était Paris... quand on le leur a montré ils ont paru désespérés, disant : "Nous n'y arriveront jamais !" Les malheureux en arrivant ici se croyait sans doute tout près de Paris.


Lundi 12 octobre 1914
S. Donatien

- Récolte des betteraves. - Le Canon tonne au Sud ms très loin [mots soulignés deux fois].

- A midi Mère Claire annonce, qu'un homme de Warnant [village de l'actuelle commune d'Anhée] est venu ce matin et qu'il déclare qu'il n'y a rien de vrai en ce qui concerne la prise d'Anvers [Antwerpen], ce sont assure t-il des nouvelles lancées par les Allemands ! un homme qui a quitté Anvers samedi matin certifie qu'à ce moment là les forts étaient intacts.

- D'autre part des habitants de Marcinelle (faubourg de Charleroi) sont arrivés ici, disant que les Anglais ont fait évacuer Marcinelle, cela semble un heureux présage.

- A la récréation du soir on dit que la nouvelle de la prise d'Anvers est confirmée. Le Roi aurait voulu continuer à combattre le plus longtemps possible, même ds les rues, ms on l'en a dissuadé, cette effusion de sang ns aurait coûté trop cher : anéantissement de notre armée et de la ville d'Anvers. Il parait qu'on a laissé entrer les Allemands quand le dernier soldat Anglais et belge s'était retiré ; ils n'ont donc pu faire aucune prisonnier.

- On fait circuler la nouvelle que l'armée française serait parvenue à faire une trouée au centre des lignes allemandes..... le plus clair actuellement c'est que l'on vit ds un isolement absolu, voulu par nos envahisseurs, et qu'il n'y a absolument pas moyen d'être renseigné avec exactitude sur quoique ce soit. La seule chose qui semble bien certaine c'est la ferme résolution des Anglais à ne pas lâcher l'Allemagne avant de l'avoir humiliée d'une façon décisive et de l'avoir mise ds l'impossibilité de nuire. Le résultat final peut être long à obtenir, ms on y arrivera et la tranquillité de l'Europe l'exige.


Dimanche 11 octobre 1914
S. Julien

On canonne toute la journée au sud-ouest, on l'entend moins fort que les autres jours ; il parait que la bataille se livre à Philippeville [Province de Namur] et Maubeuge [Département du Nord - France], dont les Allemands sont constamment repoussés.

- A la conférence du soir, Madame communique à la communauté les nouvelles que l'on vient de recevoir de deux sources différentes ; Namur et Bruxelles et disant que les Allemands seraient entrés à Anvers [Antwerpen] ! Rien ne pouvait nous émouvoir plus douloureusement, car si la nouvelle est exacte autant vaut dire que la Belgique entière est conquise. Le Roi et la Reine se seraient embarqués pr l'Angleterre et le gouvernement aurait été transporté à Ostende [Oostende - Provincie West-Vlaanderen]. D'après ce que l'on ns dit, le siège d'Anvers aurait coûté très cher aux Allemands qui y auraient perdu un très gd nombre d'hommes. Par trois fois ils ont reconstruit sur pilotis un vaste appareil pouvant supporter les canons et les hommes qui étaient tenus à trop grande distance des forts, à cause de l'inondation ; mais ns soldats les ont laissés faire attendant le moment de leur complète installation pr faire pleuvoir sur eux une grêle de projectiles qui emportait tout. Ils auraient réussi finalement à s'emparer d'un fort. Il semble surprenant que la ville se soit rendue si vite !! Malgré tout on veut espérer que cette fois encore la rumeur est inexacte.

Cet après midi nous recevons un courrier de Bruxelles par l'entremise de Madame E. de la Potterie (Jeanne Hambursin) qui l'a rapporté elle même de Bruxelles et emportera de nouvelles lettres avec elle.

- Aujourd'hui encore une fois 3 ou 4 soldats allemands assistent à notre messe, dans l'après midi 3 autres groupes viennent encore, chaque fois ils demandent à visiter l'église que D. Aubert leur montre ; un soldat en sortant a dit : "chaque fois que je viens ds cette église, j'en sors réconforté" Plusieurs ont mis une petite obole dans le tronc.

- Ce matin de 7 1/2 à 9 heures un aéroplane a survolé le monastère et la région, ms à une gde hauteur.

- A partir d'aujourd'hui l'oraison pro defunctis ["Pour les défunts"] est ajoutée aux Preces de Complies pr nos soldats qui tombent chaque jour sur le champ de bataille.

 


Samedi 10 octobre 1914
S. Franç. Borgia

Le canon s'entend toujours, ms bp plus faiblement et au sud.

- A 11 heures du matin une vive canonnade se fait entendre très distinctement à l'ouest, direction du Hainaut à midi elle semble bien près d'ici, toute la journée le combat continue à l'ouest.

- A Dinant il y a actuellement 3000 morts ou disparus dans la population civile. On travaille à déblayer un peu et il paraît que ds les cave on retrouve des familles entières, mortes de faim probablement, ou asphyxiées ! Cela porterait déjà à 1500 environ, le nombre des morts en comptant les fusillés connus.

- Un échantillon de la délicatesse prussienne. Le vieux Docteur Pinard s'était réfugié ds sa cave au moment de l'invasion, le danger passé il trouva sa maison ds un bel état ! On s'était amusé à répandre un pot de crême sur son plus beau pardessus, et une bouteille de vinaigre sur la plus belle robe de Madame, quant à la pelisse...... un prussien avait... vomi dessus ! Cela se passe de commentaires. - On dirait que ces procédés font partie de l'éducation militaire tant nos envahisseurs y sont fidèles.

- Les préoccupations deviennent grandes au sujet de l'éclairage. L'acétylène pourrait bien ns manquer tt à fait, faute de carbure, le prix a doublé. Le pétrole est devenu d'un prix fou 1 $ [franc] le litre au lieu de [indiqué très légèrement au crayon : 16 cent.].

 


Vendredi 9 octobre 1914
S. Denis, év.

Ce 9 octobre à midi les Allemands entrent à Anvers, vide de toute sa garnison, trésor de guerre et provisions de toutes sortes.

Toute la nuit le combat a continué. Ce matin canonnade avait sensiblement changé de direction, on l'entendait en plein sud et dans l'après-midi sud-est on ns dit que c'est du côté de Chimay [Province de Hainaut] et Couvin [Province de Namur]. Les Allemands auraient-ils été repoussés si loin ? C'est à peine possible.

A 9 h. du matin ns apprenons qu'un prêtre, professeur au collège de Belle-Vue [Dinant], est arrivé à Maredret, venant en droite ligne d'Anvers d'où il est parti à pieds mardi dernier. Tous les forts d'Anvers étaient indemnes au moment de son départ. Il annonce ensuite, comme grande nouvelle, que 80.000 hommes (troupes allemandes) qui devaient passer ici venant d'Anvers ont été entièrement cernés et décimés par les Anglais. Ceux-ci, ayant été prévenus de la marche de la colonne, par leurs aéroplanes, se sont formés en fer à cheval pour l'attendre 40 canons allemands ont été pris.

- Plus aucun homme de 20 à 40 ans n'est autorisé à sortir de sa localité, crainte qu'il n'aille renforcer l'armée belge !

- Un homme de Maredret a vu à Charleroi un train rempli de blessés allemands, le sang coulait de certains wagons et ces infortunés chantaient, ils y étaient contraints, c'était la consigne !! - Ce même homme ayant demandé à Charleroi un passeport, l'officier allemand lui répondit ce seront bientôt "ces sales Français" (sic) qui vous délivreront des passeports. - Le général Houet, (belge), qui est actuellement à Anvers a fait dire à sa femme à Charleroi qu'ils se reverraient ds 8 jours ! Toutes ces nouvelles tendent à ns encourager grandement.

- Le bataillon Allemand, en résidence à Mettet, et composé de 180 hommes, tous réservistes, se trouve en bons rapports avec la population qui reçoit même de temps à autre quelque confidence ; c'est ainsi qu'ils ont dit à quelqu'un de Maredret : "Nous sommes tous pères de famille ayant 7, 8, 9, 10 et 11 enfants, ns sommes ici de garde, ms pas pr ns battre et si les Français viennent ns lèveront les bras pour nous rendre."

 


Jeudi 8 octobre 1914
Ste Brigitte

Octave de la Dédicace et Anniversaire de la Consécration de nos Autels.

Le Canon tonne tj ds la même direction qui semble être celle du Hainaut et de la France, ms le son ns arrive un peu moins fort.

- On confirme qu'à Chatelet on ne délivre plus aucun passe port, pr la raison que toutes les routes doivent rester libres pour une armée de 80.000 h. que l'on attend incessamment. Mais d'où viendra cette armée ? C'est ce qu'on ne peut arriver à savoir, 2 hypothèses ont cours : ou bien c'est l'armée qui combat en France qui batterait en retraite ; ou bien c'est l'armée qui assiège Anvers qui descendrait, pr renforcer l'autre. Espérons que cette dernière hypothèse est la vraie.

- Vers 3 heures une très forte détonation a été entendue ici, on aurait dit une explosion du côté du Hainaut.

- Vers 3 h. 1/2, après Vêpres Madame l'Abbesse reçoit la visite d'un Commandant Allemand et de son adjoint, (qui résident à Mettet), ils arrivent de S. Benoît et sont accompagnés du Père sous Prieur et du Père Cellerier. La visite a pour objet de s'informer si nous avons des armes, Madame répond négativement et offre au Commandant de visiter le monastère pr s'en assurer par lui-même ; mais il décline cette invitation avec grande politesse, s'excusant de sa démarche et du dérangement qu'il a causé. Il dit encore à D. Aubert en partant combien il trouve toutes ces mesures inutiles et ridicules, ms il y est contraint. A S. Benoît, les deux officiers ont visité toute l'Abbaye.

- Le Major Petit, médecin militaire qui avant la direction de l'Ambulance à S. Benoît a dû partir pour l'Allemagne. Il était prisonnier de guerre, mais de plus les médecins manquent en Allemagne à cause du nombre énorme de blessés et on réquisitionne des médecins en Belgique !! on dit qu'à Cologne et à Berlin l'émotion commence à être grande en voyant arriver ces innombrables trains de blessés. La population s'aperçoit qu'elle a été tout à fait trompée sur la réalité des choses.

 


Mercredi 7 octobre 1914
Ste Foi

Fête de N. D. des Victoires [mots soulignés deux fois].

- La cannonade se fait entendre de gd matin au Sud ouest et l'ouest et ne se tait pas de toute la journée.

- Ceux qui reviennent de Chatelet disent que l'on y est tout près du feu, les maisons tremblaient par la violence du canon. Impossible d'aller plus loin, toutes les routes sont gardées et réservées aux troupes ; dans la région, la rumeur publique parle tj d'une grande défaite allemande, toute l'aile ouest de l'armée aurait cédé et serait refoulée en Belgique.

- On dit aussi que "les Marolles" à Bruxelles, auraient fait une petite révolution exigeant du gouverneur militaire allemand le retour de Mr Max, le bourgmestre, détenu ds une forteresse.

- Les Allemands ont miné le pont du chemin de fer et le tunnel de Maredsous ; de plus ils ont peint en rouge les isolateurs de porcelaine blanche, des poteaux télégraphiques près du tunnel ; on suppose que c'est un signal convenu.

- Il est à noter que les Allemands mettent le plus grand soin à cacher leurs morts et à les faire disparaître. Après les batailles, les cadavres des soldats allemands sont immédiatement enlevés sur des tombereaux, on assure qu'on en a chargé des trains entiers qui étaient ensuite brulés près de la frontière. D'autres fois c'est près du champs de bataille qu'un grand brasier s'allume. Ces jours ci cela a été le cas ds le Hainaut, personne n'était admis à approcher de cet incendie, et quand on a pu y arriver, on a reconnu que des cadavres d'Allemands y avaient été accumulés.


Mardi 6 octobre 1914
S. Bruno

- Hier 7 soldats prussiens assistaient à nos Vêpres, en sortant de l'Eglise ils dirent à D. Aubert : "Ce serait dommage si une si belle église devait être détruite par la guerre, ms pr un édifice comme celui-ci, il y a moyen de faire attention pour l'épargner, ce n'est pas comme dans une ville, Anvers par exemple..."

- Aujourd'hui 4 Allemands assistent encore à Vêpres, l'un d'eux est Catholique, en sortant de l'église, ils déclarent que "C'est très intéressant"

- On entend encore le Canon aujourd'hui à l'ouest,- N-ouest. Après Vêpres la cannonade devient très vive et semble se rapprocher.

- 700 soldats allemands arrivés à Bioux disent qu'ils sont les débris d'une armée de 80.000 hommes. (C'est un état-major de l'Armée de l'ouest.)

- Après Vêpres la communauté est invitée au parloir où se trouve Mme Desclée et Monsieur Etienne Desclée qui vient ns raconter les péripéties de son dernier voyage. parti de Maredsous le mardi 22 sept. en bicyclette, (moyen de locomotion interdit actuellement), il est arrivé heureusement à Ostende  [Oostende - Provincie West-Vlaanderen] grâce à une extrême prudence ds la traversée du Hainaut infesté de Prussien. En Flandre aucune difficulté, les trains circulent librement. A Tournai, les Allemands ont été remplacés par les Français M. Et. Desclée voit ds un café plusieurs officiers français en brillants uniformes parmi eux, un spahi en superbe costume bleu clair, le turban en tête et un prince indien au beau type exotique, habillé de rose et d'or.- Il quitte Tournai sur son vélo en cours de route on lui dit que c'est très imprudent et qu'il se fera prendre. C'est ce qui est arrivé : près de Soignies notre voyageur est tombé juste sur le Commandant militaire, qui faisait une petite reconnaissance avec sa suite. Halte ! lui crie t-on après q.q. explications, qui ne satisfont pas ces messieurs, il est invité à les suivre et est conduit à la prison de Soignies ; avant d'être mis sous les verrous il a été fouillé et on a mis la main sur les journaux, les correspondances et les valeurs qu'il portait. La séquestration a duré 4 jours : 1er jour seul ds le cachot ; 2d jour adjonction d'un compagnon de captivité, pris ds des circonstances plus ou moins analogues ; 3e jour, les prisonniers montent à l'étage supérieur, ds une gde salle où ils ne tardent pas à voir arriver 20 et jusque 30 compagnons, tous ahuris de se trouver là : on se raconte ses aventures et la gaieté se met de la partie.

- Le Commandant d'une voix de tonnerre vient faire l'examen de chaque détenu, sa morgue prussienne semble si burlesque aux Belges, qu'ils ne peuvent s'empêcher de rire. Pr finir M. Etienne D. est remis en liberté ms on a confisqué : bicyclette, journaux et lettres ne lui rendant que ses papiers et ses valeurs.

 


Lundi 5 octobre 1914
S. Placide

- Nous avons deux messes aujourd'hui. - D. Aubert ns dit la première et le bon, vieux Dom Amand Van den Abeele ns chante la seconde.

- La cannonade est très vive et continue quoique lointaine à l'ouest (direction un peu nord-ouest pr ns) comme Charleroi, le canon est plus distinct que ces derniers jours et certainement rapproché de nous.
Avant Vêpres Madame reçoit la copie d'une dépêche tombée d'un avion français à
[blanc]. Ces excellentes nouvelles, comme toutes celles que les Français ont fait tomber du ciel depuis le commencement de la guerre, sont sensationnelles et mêmes invraisemblables en partie. On peut en conclure pourtant que la situation se présente bien pr les alliés, que les affaires des Allemands s'embrouillent de plus en plus et que nous ne devons pas perdre courage, il faut encore un peu de patience. - Texte de la dépèche.
"Situation inespérée : 5 armées allemandes venant de France, rentrent en Belgique décimées, désarmées, battues. - Situation devant Anvers bonne. Grande bataille engagée à 3 h. dure encore à 19 heures : la lutte tendrait à déblayer Bruxelles. - Du Times
[mots soulignées deux fois]
Bruxelles refuse de payer indemnité Mr Max prisonnier. Les Français sont à Ath et les Allemands presque encerclés retraite sur Liège menacée. L'espoir est que ds 3 semaines la lutte sera reportée sur la Meurthe et Moselle et le Rhin. -

Butin de français [mots soulignés deux fois] : 500 canons 70.000 prisonniers et bp de caissons. - Résultat acquis au prix de la cavalerie qui a enfoncé le centre Allemand à Reims. - 75.000 h commandés par le duc de Wurtemberg sont aux mains des Français. - Les Français ont repris Tournai, Ath, Antoing et Enghien [villes de la Province de Hainaut]. - Les Russes passent près de Berlin, Breslau et Postdam assiégés et vont tomber ds leurs mains. - La première armée Russe a été repoussée, mais la gauche Russe a réussi à battre complètement les Autrichiens en retraire sur Cracovie. C'est un désastre sans précédent. L'armée ne compte plus ds la partie inférieure - Le trésor de Spandau est évacué
- Le gouvernement Allemand fixé à Mayence est parti pr une destination inconnue
- Le gouvernement français est rentré à Paris.
(Nous omettons les nelles données comme non officielles, pr celles données comme très officielles (!?) - Etats Unis ont adressé ultimatum à l'Allemagne disant de payer 4 milliards à la Belgique ; d'évacuer Liège le 8, Namur le 10, Bruxelles le 15. à défaut de cela l'Allemagne payerait 1 milliard par jour de retard.
- Jonction des alliés faite à Ninove
[Provincie Oost-Vlaanderen] - Allemands refoulés à Louvain [Leuven - Provincie Vlaams-Brabant]. - 250.000 Russes avancent au Nord de la Belgique - Sous Anvers [Antwerpen] du 24 au 28 les pertes allemandes ont été de 12.500 hommes.
- Bataille franco-allemande à Charleroi. 25000 japonais (indiens) débarqués à Heyst
[Heist-op-den-berg - Provincie West-Vlaanderen] (?)

 


Dimanche 4 octobre 1914
S. François d'A.

Fête du St Rosaire. [mots soulignés deux fois].

- Le grand évènement du jour est le retour au pays de Mr Etienne Desclée dont l'absence prolongée commençait à inquiéter. De fait il a été pincé à son retour, par une patrouille allemande, on lui a confisqué sa bicyclette et il a été retenu 3 jours ds la prison de Soignies ! Il était aussi porteur de journaux et d'un très volumineux courrier, autant de choses défendues par les Prussiens, qui semblent plus résolu que jamais à empêcher les communications. Mr Desclée viendra ns raconter lui même ses aventures. Dès aujourd'hui ns savons par lui, que Tournai a été repris par les Français, à la grande joie de la population, à laquelle le général français a rendu toute liberté.
A St Benoît on a appris que les Allemands continuent à attaquer Anvers, un des forts se trouvait même près d'être pris, quand les belges mirent le feu à une meule, pour feindre un gd incendie ; les allemands se laissèrent prendre à ce piège et approchèrent, quand ils furent assez près les Belges en firent un beau carnage on parle de 8000 morts.

- Le bruit court que le Général von Bülow se serait suicidé à son tour, c'est un des côtés horribles de cette guerre, que la succession des suicides ds l'armée allemande.

- De Maredret on ns donne les nouvelles suivantes :

Hambourg et Brême pris par les Anglais. - Allemands renoncent à la prise d'Anvers. - Allemands repliés sur Termonde [Dendermonde - Provincie Oost-Vlaanderen] et Diest [Provincie Vlaams-Brabant]. - Trouvé ds les bois de Florenne, général allemand et officiers qui se sont pendus !.. 21.000 blessés Allemands passent en 17 trains sur Charleroi-Namur.
16 trains blessés Bruxelles-Namur (On en conclut qu'il doit y avoir empêchement sur la route Bruxelles-Louvain-Liège.)

- Mons [Province de Hainaut] repris par les Français (?)

- Les Allemands ont fait essuyer aux Russes un grave échec ; les Russes ont pris leur revanche et ont remporté 2 victoires sur les Allemands.

- Un homme arrivé à Maredret apporte la bonne nouvelle qu'il a traversé les lignes françaises, entre Beauraing et Dinant où se trouvent les avant postes.

- L'"Ami de l'Ordre" au service des Prussiens, ose publier une circulaire du Commandant militaire, offrant du travail aux forts de Namur à ts les ouvriers qui le désirent, ordre est donné à ts les bourgmestre de se faire connaître Ces offres aimables de l'Autorité Allemande et menacent contre ceux qui détourneraient les ouvriers d'accepter

 


Samedi 3 octobre 1914
S. Trophime

- Même situation qu'hier, on entend tj le canon, d'une façon presque continue le matin, mais très loin : impossible d'être renseigné sur ce qui se passe. Ici il semble que la canonnade doit être au Nord, ms on soutient qu'à Namur on n'entend rien du tout et que c'est de France que le bruit arrive.... l'avenir ns l'apprendra. Serait-ce Anvers ??

- L'absence complète de nouvelles, le retard des voyageurs attendus, font naître des inquiétudes... A S. Benoît on croyait savoir que le bombardement d'Anvers avait été repris.

- Dans notre pays les allemands dressent la liste de tous ceux qui doivent faire leur service militaire en 1914 et 1915, ils empêchent les recrues de 1914 qui devaient s'enrôler en ce mois d'octobre de partir. Dans certains villages mêmes chaque jour on fait l'appel et aucun homme ne peut plus s'absenter, crainte que le gouvernement ne fasse une nouvelle levée.

- A Dinant on exhume les civils qui ont été massacrés il y a un mois pour rendre les corps aux familles. C'est une terrible opération, elle se fait sous la direction du Docteur Cousot. Les cadavres en décomposition ne sont plus reconnaissables, c'est par les vêtements que l'on arrive à les identifier. Il y en a bp plus que l'on ne croyait ! Actuellement le chiffre des disparus à Dinant s'élève à 1600, ms on espère que ds ce nombre il y a des prisonniers ou des gens qui se tiennent cachés.....

 


Vendredi 2 octobre 1914
Ss Anges gard.

- Le canon tonne toute la journée distinctement mais au loin, il semble depuis plusieurs jours que c'est au Nord qu'on l'entend, ms il est impossible d'obtenir un renseignement quelconque ; on ne sait rien du tout [mots soulignés deux fois] en ce moment, les routes doivent être toutes interceptées car M. Etienne Desclée qui devait rentrer de voyage ne parait pas, Dom Bède Lebbe idem. Ce qui paraît certain, c'est qu'une bataille terrible est engagée en France, sur l'Aisne, dit-on, elle sera probablement décisive.

- On nous lit au réfectoire une lettre pastorale de l'Evêque de Namur, très laconique, vu les circonstances, et accompagnée de tous les conseils pratiques pr conjurer le plus possible la famine, les épidémies et toutes les suites terribles de la guerre.

- Un gd chariot de bois de sapin part d'ici pr Ermeton, pr la reconstruction des maisons incendiées. - Madame l'Abbesse a aussi donné 100 $ [francs] à Maredret pr contribuer à la remise en bon état du moulin, chacun est invité à y porter successivement son grain, si peu que ce soit, et on recevra ensuite la farine. La batteuse à grain va actuellement d'une ferme à l'autre, on travaille activement à récolter tout ce qu'on a pr en tirer le meilleur parti possible. -

Au village de Surice on dit que les pauvres gens n'ont plus de pain depuis 8 jours ! ils se nourrissent de pommes de terre ; toutes leurs maisons sont incendiées, ils ont mis comme ils pouvaient des toits de chaume sur leurs murailles pr abriter leurs bêtes, c'est tout ce qui leur reste, et la nuit ils vont près des animaux pr se réchauffer, le jour la cuisine se fait en plein air.

- On dit qu'il y a bp de Bavarois de ces côtés, 2 officiers entr'autres se tiennent cachés ds une carrière et une femme leur porte leur nourriture à raison de 5 $ [francs] par jour. D'autres se tiennent ds les bois.

- Au cours de la guerre un de nos soldats a trouvé un bébé qui pouvait avoir 6 mois, c'était une petite fille, il l'a portée à la Maison Communale car le bébé vivait encore et une excellente femme, mère de 10 enfants l'a adoptée : comme l'enfant avait été trouvée ds un bois, on l'a nommée Marie Du Bois.

 


Jeudi 1er octobre 1914
S. Rémy, év. de Reims

Fête de la Dédicace

- Aujourd'hui nous avons 2 Messes. Dom aubert célèbre la 1ère et fait les fonctions de Cérémoniaire à la seconde qui est chantée à 9 h. cum ministris. Il y a longtemps que ns n'avons plus eu un bel office solennel et on en a bp joui.

- Le canon tonne toute la journée au loin, il doit se livrer un combat acharné au dessus de Namur. Avant Vêpres une locomotive trainant un seul wagon est arrivée à Maredret, en sont descendus des soldats allemands qui se sont mis en devoir de couper les fils télégraphi[ques] et téléphoniques... on est venu rechercher aussi des blessés à S. Benoît. Tout cela semble indiquer de l'inquiétude du côté allemand ; les soldats ne font aucune difficulté d'avouer qu'ils sont ds une position très critique.- Il y a énormément de fuyards allemands, ils en ont assez de la guerre.

- Un très beau miracle ns a été raconté aujourd'hui ; on le tient d'un Frère des écoles chrétiennes. Un officier allemand voulant entrer à Montaigu [Scherpenheuvel - Provincie Vlaams-Brabant], en a été empêché par son cheval qui s'est absolument refusé à avancer, furieux, l'officier a épaulé son fusil pr tirer sur la statue de Notre Dame mais au même moment il est tombé raide mort, terrassé par celle qui écrase la tête du serpent.

- On confirme que les Pères Prémontrés de Leffe ont été soumis aux traitements les plus cruels et les plus outrageants ; chaque jour ce sont de nouvelles horreurs que l'on apprend, ms il s'agit tj du diocèse de Namur, car pour le reste du pays nous ne savons rien et ns n'acceptons les nouvelles que sous bénéfice d'inventaire, il n'y a pas moyen de contrôler les nouvelles que l'on colporte et les journaux sont plus rares que jamais. On est fusillé si l'on est trouvé en possession d'un journal autre que "l'Ami de l'Ordre" (au service des Allemands.)

- Ce soir on confirmait la nouvelle que Bruxelles aurait été repris par les Belges on y aurait fait 20.000 prisonniers. (?) - Les Anglais seraient chargé de la défense d'Anvers, ds les forts, et les Belges connaissant mieux le pays seraient en train de chasser les Allemands du Centre.
Les Soldats allemands disent qu'ils ont très peur des Belges.

 


Mercredi 30 septembre 1914
S. Jérôme

Le bruit a couru que l'abbaye de Maredsous était réduite en cendre, la mère de Sr Gertrude est arrivée de Fosses aujourd'hui pr constater par elle-même ce qui ns était arrivé.

- Des rumeurs très favorables continuent à circuler ds le pays au sujet des opérations militaires ; on raconte qu'une bouteille jetée par un aéroplane est tombée à Namur, elle contenait un document annonçant que les Anglais arrivaient en nombre pr bombarder Namur ds 2 jours et qu'ils allaient balayer les Allemands de Belgique. - On a le sentiment que la guerre touche à sa fin, de ce côté-ci au moins, ms il est grand temps car le pays a déjà énormément souffert.

- Nous préparons une belle fête de la Dédicace, comme si tout était en paix, ms le canon gronde au loin continuellement au nord et au nord-ouest, ns ne savons rien de précis sur ce qui se passe.

 


Mardi 29 septembre 1914
S. Michel

- Ce matin on ns apporte de Denée une dépêche envoyée par Mr Max Bourgmestre de Bruxelles à M. de Dorlodot de Floreffe et communiquée par celui-ci à Mr de Thomaz de Bossière -
Elle demande de publier ds le pays que la situation est bonne, puis donne les nouvelles suivantes ; ns transcrivons simplement le texte.

- 20.000 Allemands repoussés devant Maubeuge [Département du Nord - France]. - 300.000 Allemands renoncent au siège d'Anvers [Antwerpen]. - A Hasselt [Provincie Limburg], Diest [Provincie Vlaams-Brabant], Tongres [Tongeren - Provincie Limburg], Allemands repoussés par les Belges. - 120.000 Russes débarquent à Anvers [Antwerpen - Provincie Antwerpen], Ostende [Oostende - Provincie West-Vlaanderen] et Zee Brugghe [Zeegrugge - Provincie West-Vlaanderen]. - 7000 Bavarois, autour de Forest [Bruxelles], refusent de tirer sur un avion français, ils sont tous prisonniers à Etterbeek [Bruxelles].

- 20.000 Canadiens débarquent à Anvers [Antwerpen - Provincie Antwerpen].- Allemands repoussés à 25 Kilom. de Compiègne et au sud-est de Maubeuge [Département du Nord - France].- Bruxelles sera évacué avant 3 jours.

- Il est impossible d'avoir une confirmation du contenu de cette prétendue dépêche officielle. L'arrivée des Russes par exemple semble peu probable.

- A 2 heures, comme ns étions toutes à récolter des pommes de terre, un coup de cloche nous rappelle au monastère pour une conférence de R. P. Dom Grégoire Fournier. Il ns raconte les péripéties variées de son voyage de retour de Caldey, (où il a passé 14 mois), à Londres ; puis à Ventmor, ds l'île de Wight, où il prêche une retraite ; enfin à Gand [Gent - Provincie Oost-Vlaanderen] et Mons [Province de Hainaut], où les circonstances l'ont arrêté forcément, au moment ou les Allemands y arrivaient. C'est là que Dom Grégoire a vu les Anglais à l'oeuvre et il ns parle avec gde admiration de leurs prouesses héroïques, contre un ennemi bp plus nombreux, ms auquel ils ont fait subir de grandes pertes. Il paraît que les aumôniers et médecins ont calculé que l'on enterrait 1 anglais pour 12 Allemands. Les pertes de ces derniers ont été "effroyables" selon l'expression de notre conférencier. D. Grégoire, arrêté à Mons [Province de Hainaut] pr plusieurs semaines, s'est immédiatement offert comme aumônier à la Croix rouge, Mgr de Crooy le doyen de Mons [Province de Hainaut] l'a attaché à l'Ambulance ouverte par la loge (!!) qui n'avait pas encore d'aumônier, messieurs les francs maçons ont parfaitement accueilli le bénédictin qui a pu accompagner, ds leur local, tous les devoirs de son ministère. Il logeait chez les Jésuites.

 


Lundi 28 septembre 1914
S. Exupère

S. Wenceslas, duc de Bohême.

- Commencement de l'investissement d'Anvers par une armée de 250.000 hommes.

- La Cave murée est décidément ouverte et chacune va en extraire ce qu'elle a déposé à l'heure du danger. Ce n'est pas que tout danger soit écarté : les Français repoussent les Allemands et nous pourrions bien avoir encore une bataille ds nos environs.... Mais, on en a assez de ce régime, puis on s'habitue un peu au danger, et comme conclusion on replace les livres ds la bibliothèque et on replace à la sacristie les tapis et les ornements que l'on désire ardemment voir reparaître à l'église.

- D. Norbert Nieuwland est rentré à Maredsous avec q.q. nouvelles.
1° il est confirmé que l'empereur a télégraphié personnellement pour savoir en quel état est l'Abbaye du Mt César, il en a fait autant pr Maredsous. Quant à nous il semble que ns ne devons rien à la bienveillance impériale qui ne s'est pas inquiétée de nous, ns ne ns en plaignions pas aimant autant ne devoir notre salut qu'au Ciel.

- D. Norbert, ayant rencontré un soldat allemand lui demande d'où il est : de la Saxe, répond-il, Comment se fait-il qu'il y ait tant de Saxons en Belgique ? Ah ! répond le soldat d'un air significatif, vous Catholiques et nous protestants ! - Cet aveu explique bien des choses ! - Ce qui est non moins significatif c'est la confidence faite par un soldat allemand blessé, comme on lui parlait des horreurs faites à Dinant, ce n'était pas nous dit-il, on a envoyé là les forçats et les prisonniers relâchés ; ainsi les bagnes et les prisons ont été ouverts en notre faveur !!!

- La nouvelle la plus intéressante du jour, est l'arrivée à Bruxelles du Baron de Stotzingen, frère du Rme Abbé Primat envoyé par l'empereur pr prendre en main la Cause des Catholiques? Premier effet de ce revirement : tous les prêtres détenus à Marche ont été libérés, leur innocence a été ouvertement déclarée et on a fait des excuses.

 


Dimanche 27 septembre 1914
Ss Côme et D.

Dom Aubert Merten ns donne la conférence à 5 h. 1/2. Il nous parle de la charité envers Dieu, à propos de l'Evangile du jour.

Dom Grégoire Fournier est revenu de Mons [Province de Hainaut], il a donné une conférence des plus intéressantes, paraît-il, aux blessés de St Benoît (la famille Desclée y assistait) ns espérons l'entendre à notre tour.

Au début de la conférence D. Aubert ns dit que ttes ces nouvelles de la guerre sont excellentes. Les belges ont eu un gd succès à Anvers, les Anglais leur ayant prêté des canons qui portent à 30 Kilom. Ils ont laissé approcher les Allemands jusqu'à 14 Kilom. puis ont ouvert un feu terrible, les Allemands avaient 15 Kilom. à parcourir dans les obus pr sortir de la zône du feu, cela a été un immense massacre, on parle de 100.000 mort !!! (?)

- A Mettet deux patrouilles allemandes ont fait feu l'une sur l'autre. 2 soldats horriblement blessés ont été amenés chez les Pères, l'un, un Wesphalien a reçu immédiatement l'extrême onction après s'être confessé, son état est des plus graves, le pauvre homme rassemblant toutes ses forces a laissé échapper ce cri : "Ma femme ! mes 4 enfants !" C'est tj la même douloureuse préoccupation !

- En présence du gd nombre de crimes de toute nature, commis par les Allemands sur notre territoire, et aussi en constatant l'héroïsme dont le clergé et les fidèles ont fait preuve en bien des cas, l'évêque de Namur a ordonné aux doyens et aux prêtres de son diocèse de noter soigneusement tous ces faits qui devront être relatés après la guerre, et serviront à écrire l'histoire de cette période.

- Mme Desclée racontait aujourd'hui un trait dont toutes les circonstances ont été enregistrée avec la plus scrupuleuse exactitude. Un soldat allemand ayant fait des propositions infâmes à une femme d'un de nos villages, celle-ci lui répondit avec indignation - le soldat la menace de tuer ses enfants. Tuez les dit la noble femme et elle place ses 4 enfants devant-elle, le monstre tue les 4 enfants et leur admirable mère.

 


Samedi 26 septembre 1914
Ste Justine, v.

Les habitants d'Ermeton vont se mettre à rebâtir leur maison, ils ont demandé que nous veullions bien leur donner [blanc] mètres cube de bois pr les charpentes, ce que Madame a accordé de grand coeur, on fera une coupe dans nos sapins à cet effet.

- On parle d'un grand désastre pr les Allemands à Maubeuge [Département du Nord - France] cela se serait passé le 24 fête de N.D. de la Merci.

[Rajouté par la suite] On a donné 500 sapins, bons pour faire les voliges des toits.

 


Vendredi 25 septembre 1914
S. Firmin, év.

- Toute la journée est prise comme hier et avant hier par le double travail de la récolte des pommes de terre et la préparation d'une importante cuisson de prunes, ns préparons ainsi des vivres pour les mauvais jours qui peuvent venir.-

A deux heures grand émoi, Madame Hambursin, la soeur de Mère Gertrude de Kerchove, arrive avec un courrier reçu par différentes voies et apportant des nouvelles du Brabant, notamment de Bruxelles et Tirlemont [Tienen - Provincie Vlaams-Brabant] et aussi du Hainaut toutes bonnes nouvelles, Mère Domitille apprend seule une mort, celle de son oncle décédé à Namur suite d'une blessure causée par un obus. On ne peut se figurer, l'émotion causée par l'arrivée de ces premières lettres, on pleurait de joie ! Nous sommes revenues au temps où les chemins de fer n'existaient pas, en y ajoutant qu'aucun service ne marche et qu'il y a actuellement un réel danger à parcourir le pays, on vient de nouveau d'interdire tout roulage, la bicyclette n'est plus permise...

Aujourd'hui il y a une nouvelle escouade de clercs de Maredsous qui se met en route pr Bruges, à destination de l'Angleterre, ils partent à pieds pour les Flandres.

Les sinistrés d'Ermeton ont vu partir la garnison allemande qui a eu soin d'emporter toutes les couvertures de ces pauvres gens. Dans cette détresse, ils ont été demander des couvertures à St Benoît. Nos Pères ont disposé de toutes les couvertures du collège et aujourd'hui le Père Maître et tout son noviciat ont été porter les couvertures jusqu'à Ermeton.


Jeudi 24 septembre 1914
S. Izarn

- On continue à signaler le passage de beaucoup de troupes allemandes, se dirigeant vers la France. Dans ce nombre il y a un peu de troupes fraîches et bp de troupes épuisées et découragées à Denée qui est sur la route, tous les jours il en arrive d'autres ; Mr Frédéric de Montpellier qui vient voir Mère Lucie aujourd'hui, lui dit, qu'ils ne savent plus comment faire pour nourrir ces soldats, toutes les provisions s'épuisent à Denée et la population commence à murmurer.

- On ns cite un trait qui dépeint bien l'état d'âme de ces infortunés soldats qui sont contraints d'aller se battre en abandonnant tout derrière eux : Dans un village un soldat allemand veut acheter quelque chose mais n'ayant plus d'argent, il offre en payement son alliance d'or qu'il retire de son doigt en disant avec tristesse : "Moi, mourir - Moi plus revoir femme et enfants !" il dit qu'il a 5 enfants. - Un autre soldat disait avec ce même accent de tristesse : "Moi, mourir là bas (en montrant la France" moi 12 enfants ! et vous, mourir ici de faim !" Comment n'être pas ému en entendant ces choses là.

 


Mercredi 23 septembre 1914
Ste Thècle

- Aucune nouvelle sensationnelle aujourd'hui. Il semble que l'on entend de temps en temps le canon du côté de la France. En tous cas il est certain que les Français avancent toujours et remontent la Meuse. Ils veulent opérer leur jonction avec les Anglais ce qui couperait l'armée allemande, il y aura sans doute un engagement sérieux ces jours ci. Le "Times" annonce que l'empereur d'Allemagne a demandé 2 fois la paix, mais l'Angleterre a refusé d'y consentir, elle veut absolument briser irrémédiablement le militarisme allemand qui est une continuelle menace pr l'Europe.

- Madame apprend que la ville de Termonde [Dendermonde - Provincie Oost-Vlaanderen] a éprouvé un bombardement terrible, elle est presqu'entièrement détruite et incendiée l'Abbaye bénédictine est comprise ds le désastre, les moines de Termonde [Dendermonde - Provincie Oost-Vlaanderen] sont partis pour l'Angleterre. Il y a déjà plus de 200.000 émigrés à Folkestone, l'Angleterre se montre d'une incomparable générosité. La Malle belge ne va que tous les deux jours en Angleterre, la traversée est dangereuse à cause des mines flottantes que les Allemands ont jetées partout aussi pr cette traversée notre paquebot fait-il la route sous bonne escorte entre deux navires de guerre.

- Nous apprenons avec douleur que les infortunés blessés belges en traitement aux Ambulances de Namur sont à peine nourris. Ce sont les bonnes soeurs de Charité qui dirigent l'Ambulance qui ont déclaré qu'elles ont toute la peine du monde à obtenir ce qu'il faut pr leurs malades, qui manquent du nécessaire. Décidément les Teutons n'ont rien de chevaleresque ! - Les prisonniers Allemands écrivent de France qu'ils sont entourés d'égards et sont nourris très abondamment, la courtoisie française se retrouve toujours.

 


Mercredi 23 septembre 1914
Ste Thècle

- Aucune nouvelle sensationnelle aujourd'hui. Il semble que l'on entend de temps en temps le canon du côté de la France. En tous cas il est certain que les Français avancent toujours et remontent la Meuse. Ils veulent opérer leur jonction avec les Anglais ce qui couperait l'armée allemande, il y aura sans doute un engagement sérieux ces jours ci. Le "Times" annonce que l'empereur d'Allemagne a demandé 2 fois la paix, mais l'Angleterre a refusé d'y consentir, elle veut absolument briser irrémédiablement le militarisme allemand qui est une continuelle menace pr l'Europe.

- Madame apprend que la ville de Termonde [Dendermonde - Provincie Oost-Vlaanderen] a éprouvé un bombardement terrible, elle est presqu'entièrement détruite et incendiée l'Abbaye bénédictine est comprise ds le désastre, les moines de Termonde [Dendermonde - Provincie Oost-Vlaanderen] sont partis pour l'Angleterre. Il y a déjà plus de 200.000 émigrés à Folkestone, l'Angleterre se montre d'une incomparable générosité. La Malle belge ne va que tous les deux jours en Angleterre, la traversée est dangereuse à cause des mines flottantes que les Allemands ont jetées partout aussi pr cette traversée notre paquebot fait-il la route sous bonne escorte entre deux navires de guerre.

- Nous apprenons avec douleur que les infortunés blessés belges en traitement aux Ambulances de Namur sont à peine nourris. Ce sont les bonnes soeurs de Charité qui dirigent l'Ambulance qui ont déclaré qu'elles ont toute la peine du monde à obtenir ce qu'il faut pr leurs malades, qui manquent du nécessaire. Décidément les Teutons n'ont rien de chevaleresque ! - Les prisonniers Allemands écrivent de France qu'ils sont entourés d'égards et sont nourris très abondamment, la courtoisie française se retrouve toujours.


Mardi 22 septembre 1914
S. Maurice

- La grande défaite présumée des Allemands en France, est confirmée par le "Times" en vente à Bruxelles au prix de 2 $ [francs] le n°. Un numéro du Times est arrivé jusqu'à Ermeton, les Allemands avouent eux mêmes que Metz est repris par les Français. Les Allemands qui résident à Ermeton depuis le mois d'août, quittent demain, ce départ s'explique peut-être par l'arrivée imminente des Français ; cinq d'entre eux se sont même arrêtés à Ermeton hier (malgré la présence des Allemands.) L'armée française est paraît-il en marche vers Dinant et se trouve actuellement à Mesnil-St Blaise. Cela fait battre le coeur ! On a bien envie de voir arriver les Français, espérons que ce sera pr nous libérer définitivement des envahisseurs ; les Anglais sont ds le Hainaut, ils pourraient bien arriver aussi et on leur fera comme aux Français un chaleureux accueil.

- A Namur les Allemands ont entrepris de grands travaux pr remettre les forts en bon état, il emploient à ce travail 5000 ouvriers allemands et disent qu'il leur faut 5 mois pr le terminer ; il est bien probable qu'ils seront très loin d'ici pr ce temps. Vantards comme tj, messieurs les Prussiens disent, que les forts de Namur qu'ils sont occupés à relever seront d'une telle force que même leur artillerie [ces quatre mots sont soulignés deux fois] ne pourrait les entamer !! Il est à noter que les énormes canons allemands trainés par 36 chevaux, se trouvent très mal des grandes pluies de ces derniers jours, il paraît qu'ils enfoncent ds les terres détrempées et qu'on ne sait plus les en tirer ! Aux environs d'Anvers l'Artillerie Allemande a eu aussi une bonne farce, les nôtres ont choisi le bon moment pr inonder les polders et voilà les gros canons noyés !

- Ce soir ns apprenons que la reprise de l'Alsace a coûté aux Français 80.000 hommes!


Lundi 21 septembre 1914
S. Mathieu

- A midi on nous lit au réfectoire ds "l'Ami de l'Ordre" les discours qui ont été prononcés à la fin du mois d'août au Parlement Anglais et aux Chambres Françaises, où l'héroïsme de la Nation belge a été célébré en termes inoubliables et dont ns ressentons une très légitime fierté.

- Dom Aubert s'est rendu à Ermeton cet après-midi, en temps ordinaires ce serait regardé comme une simple promenade, à l'heure actuelle c'est une expédition, car il y a tj quelque danger à courir et puis aussi p.c.que la suspension de toutes les communications nous rend tout à fait étrangères à ce qui se passe ds un village voisin. Somme toute un important état major allemand était établi à Ermeton le jour de la débacle de Namur (23 août). Le 24 un détachement de 4000 de nos soldats arrive à Ermeton et trouve qu'il y a là un beau coup à faire. Ces braves fondent sur l'état major prussien et fusillent 900 hommes dont plusieurs princes et l'Ami intime du Pce Eitel de Prusse, fils de Guillaume II. Le Fils de l'empereur lui-même faillit être tué. C'est après ce coup d'audace que les Allemands pr se venger ont incendié 89 maisons d'Ermeton. Actuellement il y a une maison ou 6 ménages se sont réfugiés ! La charité en ces heures terribles semble n'avoir plus de bornes, on met tout en commun. Aujourd'hui on est venu chercher une paillasse pr un vieillard de 87 ans qui dormait sur le plancher, nos paillasses ont gd succès à Ermeton et l'on vient en chercher les uns le disant aux autres.
Les Allemands ont demandé à la Cesse de Villermont si ns étions de la même Congrégation que Maria-Laach, elle a répondu affirmativement.

- On dit que 80.000 allemands se trouvent actuellement du côté de Ciney, ds un état pitoyable et démoralisés au dernier point, bp gisent à terre harassés de fatigue et exténués.

- Ns entendons passer de l'Artillerie pendant la journée et encore à 9 h 1/2 du soir, on dit que l'Armée allemande cherche à se reformer du côté de Philippeville pr tenter un nouvel assaut contre Maubeuge [Département du Nord - France].


Dimanche 20 septembre 1914
S. Eustache

Dans la bataille de l'Aisne qui se poursuit, le Capitaine Reinbrecht tombe, mortellement blessé près de Soissons ; il survit un jour à sa blessure et parle souvent du Mt César et de son regret de ne pouvoir y retourner et assister à la rentrée des moines. On doit espérer que Notre Dame lui aura obtenu une grâce toute spéciale à sa dernière heure.

- Mr et Mme Desclée viennent dans la soirée et disent qu'il est confirmé que les Allemands ont eu une gde défaite à Verdun. "L'Ami de l'Ordre", organe allemand pr le quart d'heure, avoue 60 % de pertes !! L'Armée allemande est dit-on fort démoralisée, on le conçoit, les officiers avouent maintenant qu'ils ne s'attendaient pas à trouver les Français si forts ! et ns ajoutons : les Belges non plus !! 100 officiers viennent de se replier en retraite à Namur, une centaine d'automobiles y est arrivée également. Les Allemands disent qu'ils vont se reformer et faire encore un essai.... après quoi.... ils semblent avoir le plus gd désir d'en finir.

- Nous savons que ts les Allemands ne ressemblent pas aux bons Bavarois ; en voici encore une preuve : Le Baron del Marmol en quittant le château de Montaigle y a laissé un intendant de confiance. Des Allemands y arrivent dernièrement, à leur tête le Comte de [nom resté blanc], ils s'installent au château, visitent tout. Le Comte avant de partir puise ds les armoires du Bon del Marmol pr changer de linge... puis fait venir de grandes malles, ds lesquels il entasse tout le linge et les vêtements contenus ds les armoires du château, il emporte "ce butin de guerre". Le procédé semble peu aristocratique. Il l'est encore moins le procédé de ce Prince de Reuss installé au château du Bon de Coppin et qui le souille d'une façon immonde, d'ailleurs bp de Prussiens ont ces moeurs infectes dignes au plus des Congolais !

- A 5 h 1/2 Collation des Offices Aucun changement notable.

- 3 officiers allemands viennent pendant les Vêpres et demandent à visiter l'église. Dom Aubert va les recevoir et les prie de déposer leurs armes à la porte et de se découvrir après quoi il leur fait faire un tour ds l'église. Ces Allemands doivent être Catholiques ils ont abordé le Père en disant : "Laudetur Jesus Christus", ont témoigné de la discrétion ds l'église craignant de déranger pendt l'office, enfin ils ont déposé une aubôle ds le tronc avant de partir. Ce sont des soldats du poste d'Ermeton ts les trois sont de Mayence.


Samedi 19 septembre 1914  Il y a 100 ans-
S. Cyprien

- Les clercs de Maredsous sont partis ; (la moitié d'entre eux), à pied pr Bruges, ils attendront là les instructions du Père Abbé, pr savoir vers quelle abbaye d'Angleterre ils doivent se diriger. Tous avaient revêtu l'habit civil.

A Denée comme à Yvoir, ce sont des Bavarois qui viennent d'arriver. Les habitants les caractérisent d'un mot : "Ils sont aussi doux que les autres étaient rudes." Ces bons bavarois sont des Catholiques, à Yvoir leur aumônier a dit la messe à l'église pr tout le régiment, à Denée ils ont récité le chapelet ensemble ds l'église : ils disent aux habitants qui leur montrent tous les dégâts commis par ceux qui les ont précédés : "Nous, pas prussiens, nous, pas méchants, nous tristes de se battre avec vous !" Pauvres gens !

A 5 h. élection des Conseillères. Tout se passe comme les années précédentes.


Vendredi 18 septembre 1914
Ste Camelle

S. Hildegardis O. P. N. - Ramenez vos compatriotes chez vous.

En attendant l'évacuation du territoire, nous devons tout ménager avec le plus grand soin pr ne pas manquer du nécessaire. C'est excellent au point de vue de la pauvreté on apprend mieux à tout ménager, c'est le savon, l'acétylène, les bougies qui vont manquer ; l'huile pr la lampe du S. Sacrement est mesurée il en reste pr 15 jours. C'est l'une chose après l'autre, mais jusqu'ici le Seigneur nous a tellement gardées et si Providentiellement pourvues du nécessaires qu'il n'y a qu'à se confier en lui pr l'avenir comme Mme ns le répète sans cesses en ns exhortant à la reconnaissance.

- A 11 h ns sommes invitées à récolter les pommes de terre.

- A midi on vient ns dire qu'une armée de 80.000 Allemands bat en retraite sur St Gérard.

- A 5 1/4 décollation des Charges.


Jeudi 17 septembre 1914
S. Corneille

St Lambert, Patron de Liège. O. P. N.

- Mr Etienne Desclée est rentré d'une expédition jusque Roubaix et Lille, il avait emporté de Maredsous 80 lettres de soldats blessés à leur famille ; l'accueil qui lui a été fait ds les familles françaises qui étaient sans nouvelles de leurs soldats ne se peut dire, il a rapporté tout un paquet de lettres, mais hélas les soldats sont à Namur, il va tâcher de les leur porter.

- Mr E. Desclée rapporte 3 numéros du "Bien Public", les nouvelles de la guerre sont très complètes : toute l'armée allemande qui se dirigeait à marches forcées sur Paris, a été obligée de s'arrêter, puis de faire volte face pr battre en retraite, la retraite sur plusieurs points est une vraie déroute et l'on peut se demander si ce n'est pas une défaite désastreuse. Les causes sont pense-t-on, l'épuisement physique et moral, le manque de vivres et de munitions. - En Autriche les Russes avancent victorieusement, l'Autriche semble devoir en être écrasée.

L'Angleterre continue à se montrer d'une générosité sans pareille pr la Belgique, tous nos compatriotes peuvent y trouver actuellement un abri sûr et une subsistance assurée ; 3 steamers sont arrivés à Anvers chargés de vêtements et de vivres pr les familles nécessiteuses, cet envoi est un don entièrement gratuit des gds commerçants et industriels Anglais.

- Le Cardinal Mercier vient de s'arrêter à Londres où il a été reçu en audience par le roi et la reine ; une manifestation de sympathies a été organisée et le défilé a duré 1 heure entière devant le palais archiépiscopal de Canterbery

- Les Allemands recommencent de plus belle à réquisitionner tout ce qu'ils trouvent. Ils ont fait une descente à St Benoît, ont visité tout le monastère en prenant note de ce qu'ils voyaient.

- Madame l'Abbesse a fait placer encore des Evangiles de St Jean au dehors du monastère aux bifurcations des chemins qui mènent ici, et voilà plusieurs fois que les patrouilles prussiennes rebroussent chemin alors qu'elles se dirigeaient sur nous ; c'est si remarquable que cela mérite d'être consigné ; ce soir encore après Vêpres Mr Desclée a vu des cavaliers tourner brides sans raison apparente alors qu'ils semblaient venir droit ici.


Mercredi 16 septembre 1914
Quatre-Temps

Le canon tonne dans le lointain, du côté de la France, des Allemands ayant été vus revenant de la frontière, on se demande s'ils seraient repoussés ?...

- Dans la soirée on ns apporte la nouvelle que les Allemands ont jeté 18 ponts sur la Meuse.... (serait-ce les préparatifs d'une retraite ?) actuellement de très nombreux fuyards repassent la frontière, il y en avait 1000 ds un village, qui avaient perdu leur chef, ils disent que les armées du centre et de l'est sont terriblement décimées et en pleine déroute.

Deux de nos Pères : D. Marc de Montpellier et D. Henri Mariage, viennent de rentrer de Bruxelles, ils disent que l'état major allemand a été transporté de Bruxelles à Louvain. Sur les murs de la Capitale les affiches annonçaient de sensationnelles nouvelles : la Hongrie détachée de l'Autriche s'est donné un roi et s'est constituée en état neutre. - le gouvernement allemand est en fuite. - etc....
Le Portrait du président des Etats-Unis est affiché avec cette inscription : "le protecteur de la Belgique"

- D'après une information qui n'a pu être confirmée Dom Bernard Gillet de Maredsous, qui était chez un curé, aurait été fusillé. L'infortuné qui a la tête dérangée depuis plusieurs années, aurait dit des paroles menaçantes aux allemands....
 



Sur les traces de 14-18 est une promenade
à travers les bois et le village d'Anloy
(commune de Libin - Province de
Luxembourg) passant par différents
monuments historiques. Accompagnée
d'une vingtaines de panneaux explicatifs
et d'une table d'orientation, cette balade
permet de découvrir l'histoire
de la Première Guerre mondiale à Anloy.

Ce parcours de mémoire a été réalisé
par la Fondation MERCi et
a été inauguré le 11/11/2013.

Le panneau 13 est consacré
à Dom Bernard Gillet osb.
 



La planche 11 de la lettre pastorale
Patriotisme et Endurance
, calligraphiée et
enluminée par les soeurs de Maredret
dans la clandestinité de 1915 à 1916,
rappelle la mort de Dom Bernard Gillet osb.
 



Planche 11 de la lettre pastorale
Patriotisme et Endurance.

En bas à droite
Dom Bernard Gillet, moine de Maredsous,
que deux soldats allemands étaient venus chercher
sous prétexte d'assister un mourant,
tombe dans une embuscade à Anloy,
le 22 Août 1914.

Photo © Frédéric Pauwels.
 



Le monument aux morts d'Anloy.

Photo prise le 11/11/2013.
 



Dom Bernard Gillet osb y figure.
 

On dit que 100 prêtres du diocèse de Namur manquent..... parmi ces disparus il y en a dont la tête a été mise à prix et qui se cachent ; on parle de 80 qui seraient morts !.....


Mardi 15 septembre 1914
S. Achard

Rien de spécial à relater, le canon tonne toujours au nord mais à bonne distance, car ns ne l'entendons que faiblement. On confirme une victoire des troupes alliées à Eghezée, au dessus de Namur.

- Il y a aussi d'importants mouvements de troupes allemandes, ms les renseignements à leur sujet ne sont pas très précis. Le bruit court que les alliés ont coupé la ligne de chemin de fer aux environs de Huy.

- Actuellement on signale un nouveau trait de rapacité germanique ; nos envahisseurs expédient en Allemagne le grain et la farine qu'ils réquisitionnent ici. De plus ils mettent le plus grand zèle à piller autant qu'ils le peuvent, tj ds le but d'expédier ce butin de guerre chez eux, c'est ainsi qu'ils font main basse sur toute la garde robe des villageoises d'Ermeton et des autres villages, ces atours (?) partent pr la Germanie ; les meubles prennent le même chemin et jusqu'aux menus objets, tels que couteaux, fourchettes etc..... les moindres provisions les tentent : 1/2 Kilo de chicorée, du sucre etc..... C'est à ne pas y croire.


Lundi 14 septembre 1914
Ex. Ste-Croix

- Cette nuit les Allemands ont incendié l'hôtel à côté de la gare de Denée Maredsous et deux trains qui étaient bloqués à Denée depuis la triste journée du 23 août.

- On ns annonce que les Allemands ont évacué Bruxelles, fausse nelle !

- On fait une brèche à la cave murée et ns allons rechercher petit à petit tout ce qui y a été déposé, mais ns ne la vidons pas encore car de ce côté du pays on n'est pas encore absolument en sûreté, tant que les Allemands sont en Belgique ou en France, ns sommes sur leur route directe pr le retour en Allemagne.

- On est revenu chercher des blessés à Maredsous, ces départs de pauvres blessés, prisonniers de guerre sont la chose la plus triste qui se puisse imaginer ! L'officier qui était chargé de les prendre était d'une dureté rare.
La précipitation de ces départs indique suffisamment l'inquiétude qui règne du côté des allemands ; ns apprenons, en effet que les Anglais viennent de couper en deux endroits leur ligne de ravitaillement ; c'est un bon tour qui doit jeter les ennemis ds un bel embarras. Les Alliés ont cet objectif en vue depuis longtemps et l'on attendait que le bon moment pour couper l'armée allemande, il semble que l'heure a sonné de mettre ce plan à exécution. Comme suite à cet incident, il paraîtrait que les teutons vont se mettre en devoir de rétablir la ligne de chemin de fer d'Ermeton, (la nôtre par conséquent) affaire de se tirer d'embarras et l'incendie de la nuit dernière serait l'opération préparatoire pr dégager cette voie. Sans doute les Alliés sont en route et viendront à point déranger ce beau plan, ns ns réjouissons à l'idée de voir apparaître nos
[mot souligné deux fois] soldats !

- La nouvelle des succès des Alliés sur la Marne se confirme les Allemands sont en recul considérable en France. A l'Est les Russes ont occupé une bonne partie de la province autrichienne de Galicie, malheureusement ils reculent en Prusse orientale.


Dimanche 13 septembre 1914
S. Aimé

Pendant Tierce un vigoureux Coup de sonnette se fait entendre à la porte d'entrée de la Cour d'honneur. Ce sont des Uhlans ! Dom Aubert va les recevoir, ils sont une douzaine et viennent s'informer de nos blessés qui sont leurs prisonniers, ceux ci étaient tous à l'église. L'officier allemand se contente de jeter un coup d'oeil sur eux et dit qu'il reviendra ds q.q. jours. Hélas ! cet après-midi pendant le chant du Magnificat, nous entendons tous nos soldats qui quittent l'église... Ce sont les uhlans qui viennent les chercher ; on vient avertir Madame, qui sort du choeur, ms pr rentrer à la fin des Vêpres. En cinq minutes tout était fini, Dom Aubert a voulu accompagner nos braves jusque Maredsous, ils étaient tous ds la plus grande désolation... avant de partir ils ont confié à Madame des lettres, des papiers, leurs montres, alliances, monnaies en un mot tout ce qu'ils possèdaient ayant quelque valeur, pour le faire parvenir à leur famille ; c'était navrant.
Le soir D. Aubert rentre avec la nouvelle que 180 blessés ont été emportés sur Ermeton, tous les nôtres (mêmes les plus misérables), ont été jugés en état de faire cette étape à pieds ! Ceux qui étaient tout à fait incapables de marcher ont été placés sur des civières et un charriot les a conduit au même but.
 



Portrait des Braves Soldats Belges et Français,
prisonniers des Allemands, dès le début
de la Grande Guerre, que nous avons eu l'honneur
et le bonheur d'héberger, du 3 Septembre au 13
du même mois de l'année 1914, dans l'Atrium
de notre Abbaye et dans la Villa St Jean.

Non seulement les soins leur furent prodigués
avec un dévouement inlassable hors clôture,
mais leurs âmes furent l'objet de la sollicitude
maternelle de la part de Madame l'Abbesse
Cécile de Hemptinne, qui leur disait,
à chacun, le mot du Bon Dieu, les exhortant
à la confia,ce en des jours meilleurs.

Légende de la photo conservée
dans les archives de l'abbaye de Maredret
(© archives de l'abbaye de Maredret).
 



Photo © archives de l'abbaye de Maredret.
 

- Quelques hollandais se trouvent à Maredsous [mots rajoutés par la suite : depuis le 11] on les croit chargés d'une mission en Belgique, à l'effet de se renseigner sur ce qui s'est passé. Le Rme P. Abbé les accompagnera demain en auto vers une destination qu'il n'a pas fait connaître. Ils emportent nos lettres pr différentes destinations pr les expédier en Hollande.

- On annonce que les Alliés ont repris Louvain [Leuven - Provincie Vlaams-Brabant], Tirlemont [Tienen - Provincie Vlaams-Brabant] et Diest [Provincie Vlaams-Brabant].


Samedi 12 septembre 1914
S. Serdot, év.

Nous avons un nouveau blessé, une balle lui a traversé la tête d'une tempe à l'autre, la blessure est cicatrisée maintenant, ms il est encore d'une faiblesse extrême et de St Benoît on l'a envoyé ici pr se remettre. Ce matin il a communié à l'église avec plusieurs autres soldats de notre Ambulance, chaque jour il y en a un bon nombre qui communient ; pr le reste ils continuent à ns rendre des services, aujourd'hui 2 soldats ont balayé l'église et épousseté les chaises

- Toute la journée nous entendons de nouveau le canon qui s'était tu depuis quelques jours. On doit se battre dans le pays du côté du Brabant.


Vendredi 11 septembre 1914
S. Patient

- Les grands évènements de cette période sont l'arrivée des rares voyageurs qui s'aventurent à travers le pays et apportent des nouvelles. Aujourd'hui c'est un jeune homme de Bruxelles qui arrive jusque Maredsous. La Capitale est tranquille, rien d'anormal ne s'y passe, la garnison étrangère qui l'occupe est allemande et non pas Autrichienne comme on l'a dit.

- Un de nos blessés, un soldat français, boulanger de son métier, se fait un plaisir de donner une petite leçon à Sr Rose pr la cuisson du pain.

- 2 autres soldats nettoient consciencieusement et très vigoureusement l'église. On doit sourire en les voyant à l'oeuvre et en les entendant, les chaises sont époussetées avec un entrain sans pareil.

- Nos soldats prennent des allures presque monastiques ! Dom Aubert leur a expliqué ce que c'est que le silence de la nuit ds un monastère ajoutant : "Vous comprenez que vos éclats de voix résonnent ds tout le cloître" - Le lendemain un de ces braves s'informe : "Père, Madame n'est-elle pas fâchée de notre tapage nocturne ? Le Père les rassure, non, non, Madame m'a recommandé d'être très large pour vous tous.

- Les premiers bruits parviennent à Maredsous de l'échec de la marche en avant des Allemands en France. Les troupes Anglo-françaises après avoir longtemps battu en retraite devant la supériorité du nombre, ont enfin fait front sur la Marne et réussi à rejeter la masse ennemie à plus de 70 Kil. en arrière sur l'Aisne.

- Un de nos Pères (D. Bède) passe par Onhaye qui est entièrement détruit et Hastière brûle en partie également. Il y invite l'Abbé Carton de Wiart qui lui raconte les abominations dont les Allemands se sont rendus coupables ds ce village ; ils ont profané l'église, les reliques, les ornements d'une façon que Dieu ne laissera certes pas sans châtiment.

- On apprend la mort du Cte Henri de Villermont, tombé glorieusement pr la Patrie le 5 de ce mois, près d'Anvers.


Jeudi 10 septembre 1914
S. Salvi

- Journée calme ici, le soir à 4 1/2 Dom Bède Lebbe ns donne une conférence qui dure jusque 6 heures. Il ns raconte l'exode des pauvres Frères allemands de Maredsous [voir le mercredi 5 août 1914 et le samedi 8 août 1914] qu'il a été chargé de reconduire jusqu'à la frontière au prix des plus grandes fatigues pr ceux des Frères qui étaient agés et infirmes ; la plus grande partie du trajet a dû se faire à pied. Partout où il a fallu faire une halte la population s'est montrée d'une charité vraiment touchante.

- Nous recevons encore 2 journaux aujourd'hui du 5 courant. Rien de très décisif encore ; le plus clair c'est que la situation en Belgique deviendra de plus en plus inquiétante si l'occupation allemande se prolonge, ns marchons à grands pas vers la famine et les allemands gaspillent les vivres d'une façon indigne ! L'Angleterre a reçu les membres de la mission belge qui se rend à Washington, pr instruire le gouvernement des Etats-Unis de ce qui se passe ici. Mr Carton de Wiart est à la tête de cette Commission, notre ministre de la justice a soumis à Londres comme il le fera à Washington, le dossier des faits reprochés aux Allemands. Que sortira-t-il de cette démarche ? Dieu le sait, c'est surtout du côté du ciel que l'on doit se tourner ds ces terribles conjonctures, car la Belgique traverse une crise inouïe.

Le canon gronde de nouveau, comme on l'a su après, c'est une sortie des troupes de la garnison d'Anvers, destinée à retenir le plus de troupes possible en Belgique, afin de permettre aux Français de passer à une offensive victorieuse.


Mercredi 9 septembre 1914
S. Omer, év.

Nous recevons deux journaux en communication, ils sont vieux de huit jours, ms en ces temps ci on s'arrache un vieux journal comme la chose la plus rare et la plus précieuse. Il semble que la marche des Allemands sur Paris avance... et les choses paraissent devoir durer longtemps.

- On nous dit que lors de la retraite de l'armée française les 22 et 23 août beaucoup de gens de nos campagnes les ont suivis, fuyant devant les Allemands ; quant à un moment donné les soldats français sont montés ds des trains tout ce peuple y a grimpé après eux. En France on a chauffé d'autres trains pour transporter ts ces pauvres fuyards plus loin ; il y en a qui sont arrivés ainsi au midi de la France ! Une femme de Denée a donné de ses nouvelles, elle est ds un village au delà de Paris, il y a tant de Belges en cet endroit que chaque famille doit en nourrir un ; ils y sont généreusement hospitalisés, comme on pouvait l'attendre du peuple français. En retour ils travaillent aux moissons, font les vendanges etc..., on leur paye leur travail.


Mardi 8 septembre 1914
Nat. de N.-D.

21e Anniversaire de notre fondation. La messe solennelle a lieu à 9 heures - La Ste Communion est distribuée à 7 h. tous nos soldats prisonniers communient, ils sont très édifiants, on ns dit que tous ceux que l'on a à S. Benoît sont également bien. Quelle différence avec l'armée allemande ! on continue a ns en rapporter les pires horreurs, encore ne dit-on pas tout.

- Le bruit court que l'Angleterre ns expédie comme renfort 50.000 indiens de l'Indoustan et 100.000 Canadiens !! C'est peu banal. D'autre part on aurait aperçu une automobile ayant un pavillon turc [mot souligné deux fois] à Ermeton. Les Turcs sont les alliés des Allemands !

- Du côté allemand il y a des mouvements de troupes, les postes militaires sont évacués en plusieurs endroits, ms l'absence de nouvelles ne permet pas de se faire une idée générale de la situation. Ils sont partis d'Anthée, hier ils évacuaient St Gérard, Bioulx aujourd'hui.

- Avant les Vêpres Mme reçoit la nouvelle que Sedan a été pris et repris 4 fois les français ont finalement l'avantage : 160.000 Allemands ont été tués à Sedan 80.000 du Côté de Lille soit 240.000 hommes. En Belgique ils auraient perdu 350.000 hommes ! On est d'avis que si cela continue ainsi avant 10 jours la guerre sera terminée, faute d'hommes. C'est affreux. - On apprend aussi que le czar aurait donné carte blanche aux Cosaques en Allemagne et ils rasent tout, ne laissant rien après eux ; c'est horrible à penser.

- A la récréation du soir Mme ns donne les dernières nouvelles : S. E. le Cardinal Ferrata est nommé secrétaire d'Etat. -
Il est confirmé que le Kronprinz est mort. Le "Times" le dit officiellement. Hier ns avons appris que l'Autriche avait déclaré la guerre à la Belgique, la réponse du roi était dit-on d'une gde dignité. Les Autrichiens semblent ne pas devoir ns faire gd mal, ils ont d'autres préoccupations, leurs canons n'ont eu qu'un tort jusqu'ici c'est d'avoir bombardé Namur avant la déclaration de guerre. - Ce sont des Autrichiens qui sont actuellement à Bruxelles
[mot rajouté par la suite : démenti] Il parait qu'à Paris la population entière est armée et c'est armée qu'elle attend bel et bien les allemands.

- Nos soldats ont repris Termonde [Dendermonde - Provincie Oost-Vlaanderen] et Malines [Mechelen - Provincie Antwerpen], les Anglais se disposent à reprendre Bruxelles. Cela n'empêche pas les Allemands de payer d'audace et d'afficher avec sérénité ds tout le pays que la Belgique étant désormais conquise la population est invitée au calme et à la paix etc... que toute tentative de révolte sera sévèrement réprimée. C'est charmant.

- Le mystère de l'Auto au pavillon Turc est découvert. C'est Mr Vaxelaire Claes, industriel qui a sa maison de campagne à Bioulx qui a eu la bonne idée (étant Consul de Turquie) d'arriver en Gd Costume turque ds une auto au pavillon turc ! Il a trouvé son château plus ou moins pillé, sa cave surtout... il est entre en gde colère déclarant qu'il allait en écrire en Turquie. Les prussiens tremblaient devant ce turc en colère bleue et les habitanst de Bioulx étaient singulièrement soulagés et aussi q.q. peu amusés !
 



Carte postale ancienne oblitérée en août 1912.
 



Lagerszene bei Dinant in Belgien.

Carte postale allemande éditée
par la Rotes Kreuz Frankfurt=M,
série 1, N° 3.

Elle date de l'occupation allemande du château.


Lundi 7 septembre 1914
S. Claud, p.

- Nos soldats blessés vont bien et demandent de l'ouvrage, on leur donne les chandeliers de cuivre de la sacristie à nettoyer, l'encensoir etc... ils n'ont jamais été si beaux ! Ils vont aiguiser tous nos canifs.

- A 5 h. du soir Dom Bède Lebbe ns donne une conférence qui se prolonge jusque 6 h. 1/2 il ns parle de son voyage à Louvain ; à Louvain tous les prêtres ont dû prendre le costume civil par mesure de prudence. Le Commandant militaire est "une véritable brute" des rues entières ont été incendiées, sans aucune raisons la population ayant très bien reçu l'Armée allemande, trop bien même.
D. Bède dit que l'on est ds une ignorance absolue au sujet de l'Abbé du Mt César
[Dom Robert de Kerchove] et de la communauté prise comme otage et envoyée en Allemagne. Auront-ils dû faire ce voyage à pieds ? Le P. Abbé en est totalement incapable.

- Et Dinant ! Pour la première fois ns entendons une description détaillée de l'état actuel de cette ville entièrement calcinée !! les habitants arrachés de leur demeure étaient séparés, les hommes d'un côté, les femmes et les enfants de l'autre, les premiers étaient fusillés par pelotons, les autres entassés ds des locaux quelconques ; l'incendie de la ville opéré quartier par quartier a duré 3 jours les soldats prussiens buvaient et chantaient tout le temps. Mr Poncelet condamné à être fusillé demande grâce, il est le soutien d'une famille de 7 enfants ! on le fusille quand même, l'on oblige ensuite sa femme a creusé sa fosse !! Une autre femme a dû creuser la fosse de ses deux fils ; c'est par centaines que l'on compte les civils fusillés à Dinant, on parle de 6 à 700 ! Mr [blanc] réussit à s'enfuir emportant ds ses bras sa femme et son enfant âgé de 4 jours ! il se réfugie ds un égoût, la nuit à la faveur des ténèbres il réussit, en risquant sa vie, à chercher un matelas pr sa femme ; ils passent 3 ou 4 jours ds l'égoût sans aucune nourriture.

- Mr Wasseige et ses 2 fils fusillés.

- Les prêtre traqués se sauvent emportant les saintes espèces. On entend les confessions nuit et jour ds les caves, ds les rues, partout ! 2 prêtres emportant un ciboire se réfugient ds une impasse, ils communient ceux qui les y rejoignent. Les ornements sacerdotaux sont profanés et jetés sous les pieds des chevaux, le tabernacle des dominicaines subit un assaut à la baïonnette dont il porte des traces très visibles. Ceux qui prennent la fuite sont traqués comme des animaux, même des enfants, on les fusille.

Des traits témoignant d'une foi admirable éclairent ces récits tragiques. La population témoigne en effet d'un zèle et d'un prosélytisme touchants. C'est une femme de Denée qui vient en pèlerinage à Maredsous, pelerinage d'actions de grâces, dit-elle, car un voisin pour la conversion duquel on priait depuis longtemps, vient de s'approcher des sacrements. La guerre n'aurait-elle que ce résultat ajoutait la bonne femme, qu'il y aurait lieu de remercier Dieu ! Ce trait n'est pas isolé on retrouve cette préoccupation chez bp de nos chrétiens en ces temps affreux.


Dimanche 6 septembre 1914
S. Eugène

- Nous apprenons l'élection du Pape Benoît XV [l'annaliste a d'abord écrit Benoît XVI puis elle a gratté le I final.]
Deo gratias. Au Salut ns chantons en actions de grâces le Ps Exaudiat [Exaudiat te Dominus in die tribulationis protegat te nomen Dei Iacob : "Que l’Éternel t’exauce au jour de la détresse, que le nom du Dieu de Jacob te protège !" Psaume 20,1]
les circonstances ne permettant pas le chant du Te Deum.

- Tous nos soldats prisonniers ont communié ce matin.

A 5 h. 1/2 la cloche invite la Communauté entière au parloir, ns y trouvons Mr et Mme Desclée Mr Etienne Desclée qui vient de rentrer d'un tour de Belgique et a été invité par Mme à nous raconter ce qu'il a vu. Dom Aubert Merten et Dom Bède Lebbe assistent à cette causerie.
De tout ce que ns avons entendu il ressort que les horreurs de cette guerre qui dépassent encore tout ce que ns avions pu imaginer. Résumons les détails : les 2 Flandres sont indemnes, Courtrai n'a rien eu à souffrir ; des dragons français y ont pris tout dernièrement une patrouille allemande ds laquelle se trouvait un neveu de l'empereur

- Le Hainaut offre un spectacle lamentable, Mr Etienne Desclée a fait la route en bicyclette les ponts que l'on a fait sauter sont tordus, les maisons d'éclusiers incendiées... les petites maisons, les fermes, en général les demeures des boutiquiers et des petites gens ont été pillées et incendiées, puis ce sont de grands espaces que l'on reconnaît être de vastes fosses où l'on a enterré d'innombrables soldats... c'est affreux ; plus on avance ds le centre industriel du Hainaut, plus les ruines s'accumulent, l'aspect est terrifiant à Charleroi ce ne sont plus seulement des rangées entières de maisons ouvrières détruites, comme précédemment, ms en pleine ville des monceaux de ruines, des rues entières de belles et gdes maisons, on voit des coffres forts a demi enfoncé, des pendules brulées, rien n'a été sauvé. Que sont devenus les propriétaires ? on a trouvé 20 personnes asphyxiées ds une cave, il y en a peut-être d'autres, les allemands ont défendu de rien déblayer.... toute la région offre ce même spectacle de désolation et de ruines, plus de chemins de fer, les allemands empêchent autant que possible les communications avec le dehors, même à Bruxelles on ne sait rien, on donne 5 $ [francs] pr un n° de "la Mètropole" ! De temps en temps les Allemands affichent leurs victoires (!) et c'est tout.

Il paraît que l'armée française a cédé ds le nord, et que les Allemands marchent sur Paris dont ils ne sont plus éloignés.... le gouvernement a été transporté à Bordeaux.

- Ici le canon qui a grondé encore toute la matinée, s'est tu à midi.

- Mr Desclée évalue 800.000 h l'armée allemande qui aurait passé par la Belgique. - Partout les officiers font une très gde consommation de Champagne, l'armée en général s'est conduite en vraie armée barbare. Il est tt à fait vrai que les Allemands achèvent leurs blessés, ms tj avec l'assentiment du blessé lui-même qd celui ci souffre trop on lui demande s'il veut en finir !... Nos Pères ont vu la chose de leurs yeux. - 1000 hommes de Charleroi ont été réquisitionnés pr enterrer des Allem. à Maubeuge [Département du Nord - France] !!!


Samedi 5 septembre 1914  Il y a 100 ans-
S. Victorin

- Toute la journée est encore employée à travailler pr nos soldats, ceux ci, qui ne demandent qu'à travailler, ns rendent de leur côté q.q. petits services: un soldat belge du génie entre en clôture avec notre menuisier pr l'aider à hisser un drapeau de la Croix rouge tout au haut de la tour de l'église ; un autre soldat qui est électricien vient arranger le moteur de l'orgue qui ns joue des tours ces temps ci ; un autre coupe du bois ds la cour d'honneur, un autre encore pompe pr remplir le réservoir de l'extérieur ; ils sont tous très corrects, tranquilles et continuent à assister régulièrement à ts les offices.

Dans la matinée le Rme Père Abbé vient ns donner une très belle conférence il ns exhorte ds les circonstances présentes à vivre très unies à Dieu et à adorer les desseins incompréhensibles de sa Providence, qui dans l'éternité ns seront entièrement dévoilés. Le P. Abbé ns dit que les terribles évènements que ns traversons sont le juste châtiment de l'Apostasie de l'Europe, il n'y a pas à se scandaliser de voir tomber tant de victimes innocentes, leur immolation monte vers la justice divine comme un sacrifice d'expiation. - Passant aux faits actuels le P. Abbé ns dit que Dom Bède Lebbe qui a été à byciclette jusque Louvain avec un autre Père est heureusement revenu de ce périlleux voyage et a rapporté que l'université est entièrement brûlée ainsi que sa bibliothèque ce qui est une perte immense et irréparable le Mont César est occupé pr l'armée allemande ayant à sa tête des officiers d'une rare brutalité ; ts les moines ont été envoyés en Allemagne, où? on n'en sait rien !... A trois reprises on a menacé d'incendier l'Abbaye du Mt César. D. Lambert Beauduin, D. Anselme et un frère y sont encore avec les Prussiens, ms ils ne sont pas du tout en sûreté. Le P. Abbé dit que ce qui est un peu effrayant c'est que l'on a fait croire à l'Armée Allemande que le clergé belge excite les populations contre l'armée et pousse les civils aux actes violents. Les officiers allemands entretiennent ces idées ds leurs soldats, on a déjà fusillé bp de prêtres et de religieux, ms tous ces actes sont consignés et on en demandera compte. Les Prussiens ne supportent pas d'entendre les sonneries de cloches, un officier ordonne au curé de Sorinne de s'abstenir de sonner, celui ci déclare simplement à l'officier qu'il n'a pas d'ordres à recevoir de lui et qu'il fera ce qui lui paraîtra bon. Il a été fusillé.

- Un Jésuite, le Père Dupièreux a été fouillé sur une route par une patrouille prussienne, on saisit son carnet de notes, il renfermait des réflexions peu flatteuses pr les soldats allemands qui, pr cette raison le fusillent sur place !


Vendredi 4 septembre 1914
S. Lazare

Comme hier, les soldats viennent aux offices, ils étaient tous à la messe. Madame les voit l'un après l'autre au parloir et les trouve si bons, ils exhibent leur scapulaire et leurs médailles, parlent de leur famille etc... ils racontent aussi leurs aventures militaires et plusieurs ont échappé aux plus graves dangers.

- Aujourd'hui le canon se fait entendre de nouveau bp plus près de nous, toute cette nuit il a grondé. Les rumeurs qui viennent jusqu'ici par les rares visiteurs de notre Contrée, parlent de différentes batailles qui ont eu lieu ds le pays toutes très sanglantes, ms glorieuses tj pr les armées alliées, les Allemands font des pertes désastreuses, un de nos soldats a raconté avoir été réquisitionné pr travailler à une fosse de 300 mètres pr enterrer des soldats allemands ! A Ermeton un fils de l'Empereur d'Allemagne le Pce Eitel Frédéric a failli être tué, tous les officiers de son entourage y ont succombé, leurs noms ont été écrits sur les 5 tombes où ils reposent, c'était les amis intimes du prince qui a pleuré dit-on en les voyant tomber.

- On ns lit au réfectoire une très touchante lettre pastorale de l'évêque de Namur publié ds l'Ami de l'Ordre, (ce journal revu par les autorités prussiennes, a une saveur allemande très prononcée)

- Toute la journée ns travaillons à confectionner des chemises pr nos soldats, qui sont dépourvus de tout, on leur tricote des chaussettes également, la Communauté entière s'y met

- Les Etats Unis interviennent efficacement en faveur de la Belgique ; le drapeau allemand qui flottait sur le palais royal a été remplacé par le drapeau des Etats Unis. Mr Max Bourgmestre de Bruxelles a été nommé Vice Consul des E. Unis ; les Allemands ont été avisés que s'ils touchaient à la ville de Bruxelles leurs compatriotes seraient tous massacrés aux Etats Unis ; enfin ils ont été obligés de renoncer aux 180 millions qu'ils avaient demandés à Bruxelles, comme impôt de guerre.


Jeudi 3 septembre 1914
S. Grégoire

La messe de Requiem pour sa Sainteté le Pape n'ayant pu avoir lieu hier nous l'avons chantée aujourd'hui. Pendant la messe ns entendons arriver une automobile, ce sont nos blessés qui arrivent, quelques uns entrent ds l'église et assistent à la fin de la messe. -
Ns apprenons en récréation qu'ils sont 21 ds notre ambulance, 10 sont logés à la Villa et 11 ici ds l'Atrium. Ce sont plutôt des convalescents que des malades, tous sont debout. L'un des soldats a fait demander s'ils pourraient assister "à la messe de 3 heures", ce sont nos Vêpres qu'il désigne ainsi. La réponse a été affirmative évidemment. A l'intérieur du monastère on mobilise les gens disponibles pr peler des pommes de terre pr les soldats.
 



Aspect de l'Atrium de l'Abbaye des S.S. Jean et
Scholastique de Maredret, du 3 au 13 Septembre
de l'année 1914.

Un ambulancier de la Croix Rouge demanda
à Madame l'Abbesse Cécile de Hemptinne
d'héberger 20 Blessés Français et Belges,
prisonniers des Allemands qui ne voulaient
conserver dans leurs ambulances
que leurs compatriotes !! Nos braves blessés
furent installés, les uns dans l'Atrium,
les autres dans la Villa St. Jean
et reçurent les soins et la parole réconfortante
du Révd P. D Aubert Merten, notre Aumônier,
de nos bonnes soeurs tourières :
S Winefride, S. Félicité, S. Anna,
de notre postulante Soeur Simon,
de Melle Hendrickx et de Gustave Marchant,
notre ouvrier.

Légende de la photo conservée
dans les archives de l'abbaye de Maredret
(© archives de l'abbaye de Maredret).
 

Un aéroplance français a laissé tomber une dépêche qui a été ramassée par un homme d'ici, cette dépêche dit : "Metz et Strasbourg pris par les Français - Breslau bombardé par les Russes. - Cologne et Berlin en feu. - Grande bataille de Novilles-les-Bois 110.000 hommes tués, (?)
Autriche investie par les Russes/brûlée par les Russes - Serbes et Monténégrins. - Bâle empêche le passage aux Allemands. Guillaume demande conclusion de paix - Kiel bombardé par les Anglais. - Wiesbaden aux mains des Français.

- Tous nos soldats assistent à Vêpres et déclarent après, n'avoir jamais entendu des femmes chanter aussi bien. Ils reviennent tous à Complies, et entrent à l'église avec une régularité militaire aussitôt que ns y sommes

- Pendant la journée ils passent le temps ds la Cour d'honneur où Mme a fait placer des bancs, ils ont des livres de lectures, des domino et loto que Madame leur a fait envoyer également, ils ne sont pas bruyants. Le Père Abbé vient après Vêpres il voit Madame et parle aux soldats ds la cour.

- Nos soldats reçoivent quelques visites : ce sont les vieux parents de l'un d'entr'eux qui ont fait 60 Kilom. pr venir le voir ! Un autre reçoit la visite de sa fiancée qui a un air si modeste sous ses beaux atours que soeur Winefride déclare que c'est tout comme Rebecca !!


Mercredi 2 septembre 1914
S. Antonin, m.

St Etienne, Roi de Hongrie.

9 h. du matin - des nouvelles sensationnelles ns arrivent, ns les inscrivons ds leur laconisme. Un aéro français a donné comme officielles, les nouvelles suivantes : Berlin est en feu - Vienne en feu également, par les Serbes La Reine Wilhelmine et le prince consort ont été faits prisonniers des anglais. - Le Kronprinz a été tué par un guide dont on ignore la nationalité !

- Ce qui est certain c'est que le canon a cessé de tonner à l'ouest. 5 trains ont été formés à Charleroi pr rapatrier les Allemands.

- Le bruit court aussi que notre Reine serait morte ! Mais on dit tant de choses ces temps ci, qu'il y a lieu de ne les accepter que sous bénéfice d'inventaire. D'autres disent que la reine et les enfants royaux ont passé en Angleterre ce qui parait vraisemblable, vu les circonstances.

- Un ambulancier de la croix rouge vient conférer ds la soirée avec Mme l'Abbesse. Les Allemands sont occupés à vider leurs ambulances des blessés français et belges, ils ne gardent que les leurs !! Cela étant on nous demande d'en prendre quelques uns ; tout étant prêt ds la villa, ils arriveront dès demain.

- Dernières nouvelles lues dans le Berlinerblatt que l'on reçoit à Liège : les Français seraient maîtres de Metz, Strasbourg et Mülhouse ils s'avanceraient avec de gdes forces ds l'Allemagne !
Les Russes, maîtres de la Prusse orientale marcheraient sur Berlin. Les Anglais bombarderaient Hambourg et occuperaient Brême, Stettin et Kiel. Le Danemark a déclaré la guerre à l'Allemagne. L'Italie à l'Autriche ! Comment tout cela finira-t-il ?


Mardi 1er septembre 1914
S. Gilles, abbé

- Toute la nuit le canon a grondé, mais depuis le matin les roulements ne discontinuent pas, on dirait un formidable orage à q.q. lieues d'ici. toute la journée ns l'entendons en plein ouest direction de Maubeuge [Département du Nord - France] : on ns dit que les Allemands tentent pour la 3e fois de prendre Maubeuge. - Ici ns avons l'impression que la canonnade n'a fait que se rapprocher ds la journée, ce qui serait signe que les Allemands sont repoussés. Nous avons cru entendre aussi le canon du côté nord. (?)

- A 5 heures nous disons l'office des morts II Ordre pr le repos de l'âme de notre Saint et Vénéré Pontife Pie X. Dans ces temps troublés on n'a aucun détail de la mort du Pape, ni de ce qui se passe à Rome. Nous avons appris seulement que S. E. le Cal Mercier est parti pour Rome.


Lundi 31 août 1914
Ste Florentine

Ce matin ns avons le bonheur d'avoir 2 messes. Dom Henri ns dit la première qui est conventuelle. La seconde messe est chantée à 9h par Dom Aubert : messe votive Pro eligendo summi pontifici.

- Le canon a encore tonné toute la nuit, ms la journée est plus calme

- Le curé de Sosoye [l'Abbé Jean Bruyr] a reçu l'autre soir un officier allemand avec un contingent d'hommes assez considérable, ils demandaient du logement ; le village étant fort petit, le curé offrit à 350 d'entre eux un abri ds l'église. Puis le curé eut vraiment une belle inspiration, se mettant à l'harmonium il joue des cantiques allemands, tous les soldats se mettent à chanter et le curé les fait chanter pendant une heure entière. Ce curé est un excellent musicien, comme David il avait trouvé moyen de calmer les fureurs de Saül par son instrument, malheureusement ces traits sont exceptionnels, tous les curés ne sont pas musiciens et ts les allemands ne paraissent pas d'humeur à chanter pieusement des cantiques.
 



Sosoye. - Intérieur de l'église.

Carte postale ancienne
oblitérée à la date
du 28/08/1926.
 



L'Abbé Jean Bruyr, curé de Sosoye.
 

- On entend tj le canon au loin sur les frontières françaises, il ne se tait ni jour ni nuit

- Les soldats allemands, de passage à Denée, ont dit aux habitants avec qui ils ont échangé q.q. paroles : "Nous tous morts" voulant leur faire comprendre qu'ils sont tous condamnés à une mort certaine ds cette horrible guerre. Le gouvernement allemand semble décidé à faire massacrer son armée entière, plutôt que de renoncer à ses folles entreprises.


Dimanche 30 août 1914
S. Gaudens

- Le canon s'est encore fait entendre cette nuit. Ce matin de dix heures à midi il doit y avoir eu un vif engagement du côté de la France, la canonnade était intense.

- Madame nous annonce que le conclave commence à Rome aujourd'hui, la messe sera dite demain à cette grande intention.

- Ce matin le Rme P. Abbé a dit la messe à l'Autel de S. Benoît à Maredsous pour tous les blessés en état de s'y rendre, il a fait une allocution à l'Evangile.

- Un aéroplane a laisser tomber des journaux français à Namur, où on est privé de toutes nouvelles comme ici.

- Il paraît que les Russes ont pris Dresde et ont envoyé les femmes et les enfants en Russie !! les soldats allemands pleurent en lisant ces nouvelles au point que les belges en sont émus de pitié.

- Dom Henri est revenu à S. Benoît et il raconte le fait suivant. L'église S. Nicolas à Namur est la seule qui ait été atteinte par le bombardement, au centre un très large trou a été fait dans le toit par un projectile, or il se fait que la Vierge miraculeuse qui a été portée processionnellement à Namur le 15 août à la procession de pénitence se trouvait exposée au milieu de l'église. Cette statue en carton est ds un état si précaire qu'on a du la soutenir au moyen de barres de fer, elle était surmontée d'une grande couronne de fleurs. La bombe en tombant a brûlé les fleurs, fondu les barres de fer et la statue n'a absolument rien elle est intacte. -

- Les nlles reçues du dehors sont plutôt bonnes quoique tj assez vagues et rares. Un engagement aurait eu lieu entre Malines et [blanc] les Allemands y auraient perdu 60.000 hommes. Cette victoire est à l'actif de l'armée belge.

- Les Français de leur côté ont parait-il gagné une bataille à Rocroy [Département des Ardennes - France], elle aurait coûté 70.000 hommes aux Prussiens. Si cela continue que restera-t-il pr les russes ?....

- A la Conférence Mme ns dit que Dieu ns demande à cette heure l'observance très exacte de notre règle ds l'obéissance, l'office divin doit être plus que jamais notre gde oeuvre, Dieu a clairement montré que c'est là ce qu'il désire de ns et il ne faut pas que les idées se faussent ou s'égarent. Mme dit aussi son désir que tout le monde travaille à fournir abondamment le vestiaire des pauvres, car il y aura énormément de misères cet hiver et ns devons être en mesure de donner.


Samedi 29 août 1914
D. de S. J.-B.

Adoration perpétuelle, en grande pauvreté, car ts nos objets de valeur sont encore enterrés ou murés ; peu importe, cette journée d'adoration est très réconfortante. Dieu semble vouloir stimuler notre piété en permettant que le canon tonne de nouveau toute la journée. Nous ne savons pas ce qui se passe et où le combat a lieu, ms on ns dit que c'est Givet qui est attaqué par les Allemands et qui leur résiste comme de raison. Le canons allemands seraient à Hastière ce qui explique que ns en soyons si secoués, ce doivent être de très grosses pièces.

- Le Seigneur continue à ne ns laisser manquer de rien. Depuis deux ou trois jours ns n'avions plus de bière, voilà qu'il en arrive aujourd'hui. Chose plus grave ns n'avions plus d'essence et nos moteurs à l'électricité, celui de la boulangerie surtout allait ns refuser leurs services... Pendt la récréation du soir ns entendons une auto ds la cour d'honneur, c'est une voiture de la Croix rouge, envoyée à Namur par nos Pères, pr divers approvisionnements et elle ns apporte deux bidons d'essence. Madame fait dire l'oraison d'actions de grâces.

- A Namur c'est le général Von Below qui est gouverneur militaire ou plutôt qui l'a été depuis la prise de la ville, car il a été remplacé déjà par le lieutenant Gal von der Golz en attendant l'arrivée de Son Excellence le lieutenant général baron von Hirchberg qui remplira les fonctions de gouverneur militaire de Belgique, (espérons le moins longtemps possible) cette Excellence résidera à Namur.

- Un trait bien prussien. - le dimanche 23 lors de la retraite entre Mettet et Biesme, les pertes allemandes étaient si considérables que l'on a compté 700 morts sur un hectare. Les Allemands pr s'épargner la peine de les enterrer on fait ramasser ces cadavres par charettes et les ont déposés ds une grange quand ils y étaient tous, on a mis le feu à la grange ; les soldats chantaient à côté de la grange qui flambait.


Vendredi 28 août 1914
S. Augustin

- A Maredsous on a 200 blessés français et belges. Tout est rempli les Pères sont on ne peut plus édifiés et touchés de leurs sentiments, il y a là des soldats , ns dit le Père Sous Prieur qui servent Dieu avec une fidélité parfaite, plus parfaite que bien des religieux.

- A Ermeton les allemands avaient une ambulance, ils sont partis avec leurs blessés, laissant une 60aine de blessés français et belges dans un pitoyable état, ils ont été si mal soignés que leurs plaies sont gangrènées les pères ont fait chercher ces infortunés, qui vont encore être reçus à St Benoît, on ns a demandé de préparer aussi une trentaine de lits à la Villa et ici à l'extérieur, pr l'excédant, qui ns serait envoyé ; toute l'après midi ns travaillons à passer à l'extérieur ce qu'il faut.

- Aujourd'hui nos Pères vont rechercher ds les taillis et les bois ts les soldats morts qui peuvent encore s'y trouver, ils les rapporteront à Maredsous ds une charette et tous seront enterrés ensemble en face de l'église, où un monument sera élevé ds la suite à la mémoire de ces braves enfants de la Patrie belge qui ont répandu leur sans ds cette guerre.

- On parle de rétablir la circulation de q.q. trains. Actuellement ns sommes encore séparés du reste du pays et du monde civilisé dont on ne sait plus rien. Monsieur Desclée qui a 84 ans dit ne pas se souvenir avoir jamais vu une situation pareille à la nôtre.

- La Providence continue à avoir soin de nous d'une façon touchante ; la viande allait manquer, quand elle ns arrive contre toute attente, juste à point. - Depuis deux ou trois jours on se préoccupait de la levure qu'il n'y avait plus moyen de se procurer et il nous en faudrait maintenant pr nos deux cuissons journalières soit 62 pains.... eh! bien ce soir une belle provision de levure arrive !

- Ns apprenons après coup que le 24 août nous avons été très Providentiellement préservées d'un gd danger ; un général français sachant qu'il y avait des Troupes à Ermeton a fait poster 12 canons sur la colline que ns voyons au sud est et où est bâtie la ferme du Chenoie, n'étant pas certain si les troupes aperçues étaient allemandes ou françaises, le général tenait sa lunette braquée de ce côté prêt à ordonner le feu dès qu'il serait sûr d'avoir affaire à des Prussiens ; mais le brouillard était intense et il ne s'est pas levé, Dieu le permettant ainsi sans doute pr nous sauver, après deux heures d'attente le général est parti suivi de ses canons.


Jeudi 27 août 1914
S. Césaire

- Hier soir pendant Matines, on sonne, c'était un officier allemand avec 60 hommes. Dom Aubert les reçoit, l'officier, en le menaçant du revolver évidemment, lui demande si c'est bien ici qu'il doit venir chercher des prisonniers. Dom Aubert répond en allemand que c'est à St Benoît, après quelques explications, on le prie de bien vouloir montrer le chemin de l'abbaye, le revolver s'était baissé et le ton adouci. Chemin faisant D. Aubert apprend qu'il a affaire à des soldats saxons, variété moins rude que les Prussiens, sans toutefois paraître excéder en douceur.

Les Hussards de Marèdret étaient aussi saxons et généralement tous les soldats qui ont passé par Maredsous, ils ont tous été chez nos Pères courtois et polis, aimables mêmes.

- A Maredret il n'y a pas eu de cruauté ou de meurtres, ms on les a trouvé grossiers. [Rajouté ultérieurement : On a tué Taton. Il s'agit d'Emile Taton, habitant de Maredret, tué le lundi 24 août 1914 par quatre Uhlans à cheval, à proximité de la ferme de la Cour. C'est le premier mort civil de la première guerre mondiale dans la commune de Sosoye.].

- Ce matin 2 officiers allemands viennent jusqu'ici ils demandent 5 bouteilles de vin et des saucisses ! On leur donne 6 bouteilles de vin ms pas de saucisses ns n'en avions pas. Madame leur remet également les armes laissées ici par les deux soldats qui ont passé par ici.

- Des rumeurs circulent, les Allemands auraient eu de grandes pertes sur la frontière française qu'ils n'auraient pas franchie.... l'Italie ou les Etats Unis auraient envoyé un ultimatum à l'Allemagne lui ordonnant d'évacuer la Belgique en 48 heures.... Ce qui est certain c'est que nos hussards ont quitté Marèdret et les officiers venus ce matin ont dit à M. Bonifacia qu'arrivés avec tt un régiment d'artillerie on leur avait dit qu'à la suite des succès (?) [point d'interrogation souligné deux fois] remportés en France on n'avait pas besoin d'eux par ici et devaient se diriger vers la frontière russe

- Les artilleurs prussiens ou saxons arrivés hier soir à Maredret à 9 heures sont entrés sans façon ds toutes les maisons et ont déclaré aux habitants qui étaient au lit qu'ils avaient assez dormi, que c'était leur tour maintenant sur quoi hommes et femme ont pu se lever et céder leurs lits aux soldats ! C'est simplement abject ! On n'en finirait pas si l'on voulait tout noter.


Mercredi 26 août 1914
S. Zéphirin

- Chacune peut reprendre sa cellule pr la nuit prochaine ; on peut de nouveau ouvrir les fenêtre du monastère ce qui était interdit depuis deux jours, car il suffisait d'un coup de fusil parti on ne sait d'où, pr faire soupçonner qu'il est parti de la fenêtre que l'on verrait ouverte et alors on ne peut savoir jusqu'où iraient les représailles : les dominicaines françaises de Dinant ont eu pr un fait semblable leur monastère rasé et on ns assure que ttes les religieuses ont été fusillées ! [mot rajouté : démentit] Rien n'étonne en ce moment et l'on peut s'attendre aux pires éventualités.

- La nuit dernière le canon a tonné de nouveau avec une extrême violence, on suppose qu'une gde bataille a dû avoir lieu entre Français et Allemands, ceux ci descendent vers la France. Nous étions déjà fort fatiguées et rompues par les émotions de ces derniers jours, le canon étant encore une fois venu ns empêcher de dormir, Madame décide que la Communauté entière pourra faire la sieste entre la récréation et Vêpres et que ce temps de silence sera gardé comme le silence de la nuit ; depuis lundi le souper a lieu à 5 1/2 et il continuera à l'être pendant q.q. jours, de cette façon les matines sont avancées et l'on peut éteindre toutes les lumières pour 9 heures du soir comme il est ordonné.

- Nous sommes absolument sans nouvelles de nos familles, ns ne savons plus rien de ce qui se passe ds le pays, où est le Roi ? les allemands sont-ils à Bruxelles que fait notre armée ?... ns ne savons pas d'avantage ce qui arrive ds le reste de l'Europe, le sang coule probablement partout.

- Les Allemands se proposent, paraît-il, de rétablir le roulement des trains ds les communes où ils sont établis, la poste aussi sans doute, mais le bénéfice serait pour eux, ils se montrent très cupides [mots soulignés deux fois] partout et souvent voleurs. On retrouve les anciens germains ds leurs derniers descendants, un reste très accentué de moeurs Barbares qui ns étonnent profondément, de là l'horreur qu'ils inspirent et la terreur de nos bonnes populations honnêtes et laborieuses.

- 3 fois dans la journée une aèroplane allemand évolue ds la contrée, il survole le monastère le jardin lentement et très bas, à un moment donné un coup de feu part, l'aéroplane n'est pas atteint, il y répond par l'envoi de deux bombes que nous voyons parfaitement d'ici à l'éclat très brillant qu'elles jettent en éclatant. L'attentat contre l'aéroplane est dû sans doute à un de nos soldats fugitifs, caché ds le bois de Beauchêne, le bruit court que les Hussards vont incendier Beauchêne.... où s'arrêtera cet incendie ?
 



Château de Beau Chêne (Maredret-Sosoye).

Carte postale ancienne.
 

- Nos soeurs cuisent du pain 2 fois par jour [rajouté ultérieurement : pour la commune de Maredret.]


 

Dans la nuit du mercredi au jeudi, 27 au 28 26 au 27 août, j'eu cinq officiers à loger au presbytère. Rien de particulier à noter. L'un d'eux, von Brandoni, capitaine, parlait très bien le français, avait été interprète ds l'armée, me déconseillé d'aller à Jambes où habitait ma soeur, son fils et sa fille, avant 8 ou 10 jours, disant que c'était le commencement de l'occupation, que je pourrais avoir des difficultés en route.- Impatient d'avoir de leurs nouvelles, j'y suis allé le mercredi suivant, par les fonds de la Molignée et tout le long de la Meuse, voyage d'environ 30 kilomètres, par grande chaleur, et qui m'a paru fort long ; je n'ai eu aucune difficulté ni pour aller ni pr revenir le samedi suivant. Ma soeur et ses deux enfants étaient sains et saufs après avoir été extrêmement effrayés.- Un autre officier logé chez moi, Kneipfooz, je pense, très jeune et très fier, commença le jeudi matin une discussion pour justifier l'Allemagne et son bon empereur ! comme il disait, de la guerre. Je lui répondis que ce n'était pas le moment de discuter tout cela, que la Belgique avait fait son devoir et que ns voulions rester Belges. Madame de Pierpont continua avec lui d'une façon très vive, mais le mari de celle-ci mit fin à la chose.- Mr de Pierpont, Bourgmestre de Mettet, sa femme, un domestique, très brave et très franc, Emile....., provenant d'Upigny, et deux servantes, étaient réfugiés chez moi depuis le dimanche 24 23 au matin. Je les avais rencontrés sur la rue ; ils ne savaient où aller. Ils sont repartis pour Mettet le jeudi vers midi, après le départ des troupes Allemandes.- Dans deux maisons de Sosoye, des soldats Allemands se sont conduits avec la dernière impolitesse, faisant et laissant les plus grosses et les plus sales ordures dans les lits chambres, chez Victor Matthieu et chez Emile Bronkart.

Voilà tout ce que je sais sur Sosoye jusqu'au 28 27 août.

On m'a dit, est-ce vrai ?, que Sosoye était cité ds un livre Allemand comme ayant eu des francs-tireurs. S'il en est ainsi, c'est une énorme calomnie.


Mardi 25 août 1914
S. Louis, roi

St Louis Roi de France. O. P. N.

On a trouvé encore des éclats d'obus ds le monastère, tj du côté de l'ouest où la bataille a été si chaude dimanche, ns sentions très bien ici le déplacement d'air provoqué par les fortes détonations.

- Hier soir le ciel était de nouveau éclairé par un incendie considérable, c'est le village d'Ermeton qui a été complètement incendié, l'église et le château ont seuls été sauvés. Les moeurs des Prussiens ne sont pas les nôtres, ils sont très durs ds l'application des lois de la guerre et les enfreignent souvent. - Un de nos Pères ayant à exhiber ses papiers à nos soldats prussiens rencontrés sur le chemin, le major tenait un revolver braqué sur lui pendt qu'il cherchait ses papiers, les autres soldats l'entouraient l'arme au pied. A tte réquisition le revolver est là. C'est aussi sous la menace du revolver que les soldats allemands marchent... est ce étonnant qu'ils détestent leurs officiers !

- Le matin Mère Lucie de Montpellier a rencontré au jardin deux infortunés soldats belges qui étaient traqués par les Allemands, ils se sont jetés à ses pieds en pleurant la conjurant de ne pas les livrer.... Que faire ? après délibération on a fait venir deux moines de St Benoît, ds la soirée les pauvres soldats (qui s'étaient aussi jetés aux pieds de Madame la suppliant de ne pas les livrer), ont été remis aux moines. Ils avaient été un peu restauré ici, puis s'étaient confessés au parloir, et c'est entre les deux moines qu'ils ont marché jusque S. Benoît ils ont été joints à tout un groupe de soldats que les officiers allemands ont promis formellement d'épargner s'ils se rendaient.

- Ce matin après notre Messe conventuelle, chantée encore à la crypte, le St Sacrement a été reporté à l'église et nous pouvons reprendre possession du choeur, les sonneries de cloche restent tj supprimées, c'est lugubre et s'harmonise bien avec l'immense tristesse qui pèse sur tout le pays.

- Par prudence, ttes celles qui ont leurs cellules à l'ouest devront encore pr la nuit prochaine chercher un gîte à l'est du monastère, où l'on n'est pas du tout exposé

- Ce sont les Hussards de la mort qui gardent militairement Maredret. La population est calme et tranquille, jusqu'ici on ne signale de la part des soldats aucun acte de barbarie.... sauf l'horrible chasse aux soldats fugitifs.

- On dit que ns comptons actuellement 40.000 morts ds notre héroïque armée ! et [blanc] prisonniers, le pays entier doit être en deuil, mais actuellement les communications étant coupées on n'est pas du tout renseigné. Les pertes allemandes en Belgique dépasseraient 120.000 hommes

- L'autorité allemande exige l'extinction des lumières pr 9 h. du soir, en conséquence le souper est avancé d'une 1/2 heure et les matines également ; de plus Madame fixe le lever à 5 1/2 pendant q.q. jours (jusqu'au 6 sept.), car on a besoin de se refaire un peu après tant d'émotions et de fatigues.


Lundi 24 août 1914
S. Barthélemy

Cette nuit à minuit 1/2 on vient ns dire de nous lever, Dom Aubert Merten a entendu 11 coups de feu qui lui paraissent être un signal ; craignant une attaque avant l'aube, il préfère dire la sainte messe le plus tôt possible, de cette façon on sera plus tranquille. Pendant que ns ns rendons prestement au choeur de la crypte D. Aubert fait entrer les gens de Maredret qui se sont réfugiés ici et il les met en sureté ds la cave aux pommes de terre, ils sont 150 à 200. Madame préside aussi à cette installation avec M. Lucie et M. Gabriel. Ces gens font pitié tant ils ont peur. Invités à venir assister à la messe, un petit nombre seulement ose s'y rendre. La messe commence à 1 h 1/4, messe inoubliable, faisant penser à ce qui devait se passer ds les catacombes. Sommes ns vraiment sous le coup d'un bombardement ? On ne sait ! L'action de grâces se prolonge, 7 soeurs de Pesches qui sont arrivées également, assistaient à la messe et ont communié ; une dizaine de communion aussi parmi les réfugiés de Maredret - quelques uns se recouchent... à 3 1/2 on va déjeuner au réfectoire à la lueur des lampes ; l'acétylène a été arrêtée, crainte d'une explosion. Laudes à 6 1/2 suivies de Prime, Tierce et Sexte, le danger semble écarté aussi chacune remonte en cellule. Défense est faite d'aller au jardin et de laisser les fenêtres ouvertes, un boulet a passé le toit du grenier et a été retrouvé ds le grenier, 2 grosses ballettes (de mitrailleuses probablement) ont été trouvées aussi l'une au noviciat et l'autre au cloître, entrées par les fenêtres.

- Impossible d'avoir des nouvelles exactes sur la journée d'hier qui a dû être très sanglante et semble avoir été néfaste pr nos armées alliées. Les Allemands marchent vers la France. C'est fort triste !

- A St Benoît le Rme a reçu la visite de plusieurs officiers allemands qui ont été d'une extrême courtoisie. Le P. Abbé les a de son côté très bien reçus. Les officiers lui ont dit que nos monastères ne seraient pas bombardés et n'avaient rien à craindre étant de la Congrégation de Beuron, ils ont reçu ordre de les épargner à cause de l'affection que l'empereur porte aux Bénédictins. (!) Ds le village de Maredret un officier allemand dit à un homme qui l'interrogeait sur le sort réservé au village, qu'il serait épargné à cause des abbayes. A condition évidemment d'observer exactement les lois de la guerre. Les gens de Maredret réfugiés ici sont repartis après ces assurances, ms au premier coup de feu ils revenaient ;  toute la population de nos villages est affolée, il y a aussi bp de réfugiés chez nous et chez Mr Desclée.

- Les forts de Namur ont été mis hors de service et pris immédiatement, les Allemands depuis leur échec à Liège, s'étant munis de canons à si longue portée qu'ils atteignaient nos forts, sans pouvoir être atteints par ceux ci - C'est une désolation !

Le pays est plein de fuyards, ils sont traqués et fusillés sans merci, c'est une chose horrible et on ne peut rien pour eux.


 

Dès le matin commencent à passer, tantôt en bon ordre, tantôt autrement, les soldats ; ils viennent de la direction de Marehenne [mot rajouté ultérieurement au crayon : Marenne], ou bien, venant de Bioulx à travers champs, ils dévalent des montagnes et se dirigent vers les Bierts ; parfois très nombreux, parfois moins, à certains moments, plus rien. Vers 8 hes 1/2 des coups de feu ! Qu'y a-t-il ? Du monde plein ma maison et on se précipite ds les caves, où l'on prie tout haut et de bon coeur. Huit ou dix Allemands, Hussards de la Mort, venaient d'arriver à toute vitesse, à cheval, du chemin qui vient de Maredret. Deux furent tués net, ainsi que trois chevaux, par des soldats Belges, qui se trouvaient de ce côté-ci du pont du chemin de fer et derrière le cabaret Urtrel Lurquin. L'un de ces Allemands gisait au pied de l'escalier qui monte à l'arrêt de Sosoye et l'autre environ 30 mètres plus loin, au milieu du chemin qui va à Marteau.
 



L'escalier qui monte à l'arrêt de Sosoye,
près du cabaret Urtrel Lurquin.

Carte postale ancienne
.
 

Je suis allé les voir aussitôt pour les soigner et leur donner l'absolution, s'il y avait lieu. Ils étaient bien morts. Sur le chemin silence absolu, tout le monde avait fui [expression rajoutée ultérieurement : dans les caves] et se cachait : c'était sinistre. J'ai été content quand je fus rentré chez moi.- Un cheval blessé, s'est relevé et est allé mourir au-delà de Chertin ; un autre était mort tout à côté de son cavalier, vis-à-vis du jardin d'Emile Colot-Arnould, un troisième est mort un peu au-delà du cimetière, en allant vers Marteau. Il est probable que le soldat qui le montait se sera caché dans le bois, au-dessus de la chapelle de N. Dame de Lorette. Deux autres Hussards n'ont pas été atteints et sont allés vers la gare de Falaën ; 3 ou 5 autres, entendant les coups de feu, ont rebroussé chemin vers Maredret.- Petit à petit on sortit des caves et on s'empressa, le garde-champêtre et plusieurs hommes, d'enterrer les deux soldats tués et les deux chevaux, dans la prairie de la ferme au delà du cimetière, dans le coin où la Molignée rejoint la route de Marteau. Dans la précipitation on enterra les hommes avec les chevaux.- Peu de temps après on reprit les hommes et on les enterra dans le cimetière.- Vers 11 hes 1/2 cette besogne était finie. La retraite de Namur s'opérait toujours, jusque vers midi 1/2. Plusieurs soldats se sont déshabillés et n'ont pas continué vers la France. D'autres pour aller plus vite avaient jeté leur sac ; sur Sosoye on en retrouva environ 200 ; mais continuaient quand même à suivre l'armée : il fallait se presser, l'ennemi n'était pas loin (1) [note ajoutée en bas de la page 33 : On conseillait à Alexandre Guilmin, garde des mrs Desclée, demeurant entre le château de Maredsous et Maredret, de ne pas aller plus loin non plus, de se déshabiller aussi ; il est marié et père de 3 enfants ; à Sosoye ce très bon époux et père est à une demi-heure de chez lui ; il répondit courageusement : ce je ne puis pas et je ne veux pas. Au revoir !! et il fit toute la guerre et revint sain et sauf.]. En effet, venant de Marteau, le Corps d'armée [mot rajouté ultérieurement au crayon : Allemand] arrivait à Sosoye vers deux heures 1/2 après-midi [expression rajoutée ultérieurement : ou 3 heures] et se dirigeait vers Maredret. Ils passèrent ainsi ce jour-là, 24 août, les Allemands, jusque vers 9 hes du soir [expression ra joutée ultérieurement : sans discontinuer.] Le lendemain mardi il en passa de nouveau pendant trois heures dans la matinée et pendant deux heures dans l'après-midi. Du mercredi soir au jeudi matin, Sosoye en a logé ds l'église, les maisons, les granges, les écuries et sur les chemins cinq mille. Puis ce fut tout pour les passages. Et dans mon optimisme malgré tout, je pensais que toutes ces troupes ne tarderaient pas à repasser, poursuivies vers le Rhin par les nôtres. Il en aurait été réellement ainsi, dit-on, après l'éclatante victoire de la Marne, si la France avait été mieux préparée à la guerre. J'ai toujours été très optimiste tout le temps de la guerre, si bien que parfois plusieurs ont ri de moi et ont haussé les épaules en m'entendant prêcher et parler ; je l'ai été [mot rajouté ultérieurement : optimiste] au plus haut point, et absolument sûr alors de la victoire, lorsque les Etats-Unis d'Amérique se sont mis avec nous. Je n'ai eu de toute la guerre qu'une surprise, mais sans découragement, c'est lorsque la Russie nous abandonna lâchement. Je voyais l'Allemagne lancer toutes ses armées de l'Est à l'Ouest ; les Américains commençaient seulement à arriver ; et je me demandais comment nos Alliés pourraient soutenir un si formidable choc. Je croyais encore à la Victoire finale, mais après un long temps. Mais l'Allemagne et l'Autriche étaient déjà affaiblies en vivres et en munitions et l'Angleterre donnait de toutes ses forces avec l'admirable France. C'est ce qui nous sauva.

Une demi-heure après que les deux soldats Allemands eurent été tués à Sosoye, tous les nombreux étrangers réfugiés chez nous avaient fui. Ils comprenaient que notre situation était mauvaise et qu'il était imprudent de rester encore ici.- Je rencontre l'échevin Jules Chenu et je lui dis : Ca ne va pas bien pour Sosoye.- Il me répond : Mauvaise ! - Je reprends : Eh bien ! si on m'interroge, je dis qu'ils ont été tués régulièrement par des soldats Belges, qui ont fait leur devoir, et puis : A la garde de Dieu, que les Allemands fassent ce qu'ils veulent.- Chenu me répond : Moi aussi je le dirai.- Nous n'avons jamais été interrogés là-dessus ni personne, de tout le temps de la guerre.

J'affirme, moi prêtre, en mon âme et conscience, que dans toute la paroisse, Sosoye - Maredret - Foy-Marteau, il n'y eut jamais aucun franc-tireur et que jamais personne n'a songé à l'être. Nous avions tous grande peur des Allemands et celui qui dirait le contraire, [mots rajoutés ultérieurement : qui dirait] qu'il n'a pas eu peur, ment. Sur le matin du jeudi 28 27 août un soldat Allemand était posté de garde près de la chapelle Ste Barbe, à l'intersection des chemins allant vers Falaën et vers les Bierts, lorsquon tira [mots rajoutés ultérieurement : après lui] dans le bois plus loin, vers les Bierts ; le soldat accourut ds le village et un officier avec quelques soldats partirent ds la direction d'où l'on avait tiré, mais n'alla pas loin. Quant il revint Mr Simonard, habitant la Villa à côté de la chapelle, s'approcha de lui et lui dit que ce n'étaient pas des gens du village qui avaient tiré. Il L'officier fut satisfait. Ce n'est qu'assez longtemps après que j'appris cet incident qui aurait pu causer des difficultés au village.-
 



La chapelle Sainte-Barbe,
à l'intersection des chemins allant vers Falaën
et vers les Bierts.

Carte postale anciene.
 


 

Mais voici la plus triste chose : lundi 24 août dans la matinée un paroissien de Maredret était tué ! C'est Emile Taton, âgé de 37 ans, veuf de Julia Delcroix, de Tamines, père d'Arthur Taton, âgé en 1914 de 14 ans, fils d'Alexandre Taton et de Rosalie Binon. Il se trouvait ce jour-là vers 9 hes du matin à la ferme de la Cour, au dessus de Maredret, près du four communal, attendant avec d'autres que le pain fut cuit.- Il faut savoir qu'alors, les boulangers d'Auvelais, de Mettet et de St Gérard ne venant plus vendre de pains, à cause de la guerre, on avait institué un four communal pr toute la commune de Sosoye, à la ferme de la Cour. Chaque famille devait y aller chercher son pain.- On entendait des coups de feu dans les environs. Taton sortit en disant qu'il allait voir ce qui se passait par là. Ses parents disent qu'il est possible qu'il ait voulu aller dans les Bierts voir ce que sa soeur, qui y habitait avec sa famille, était devenue. Taton ne revint pas. Vers 11 hes le bruit se répandit de Maredret qu'un homme tué gisait quelques centaines de mètres au-delà de la ferme de la Cour, au bord d'une carrière de sable. Alexandre Taton, son père, inquiet déjà du non retour d'Emile, alla voir et reconnut son fils. Celui-ci avait reçu une balle dans le cou. Est-ce une balle Allemande tirée par un Uhland ou un Hussard, qui circulaient déjà alors dans la campagne ? Est-ce une balle de révolver qu'il aurait reçue d'un de ces soldats et tirée à bout portant ? On ne sait. Serait-ce une balle Belge égarée, c'est très peu probable. Il faudrait déterrer le corps pr s'assurer. Je continuerai mon enquête là-dessus et transcrirai ce que j'aurai appris, si toutefois j'apprends quelque chose de nouveau. Quatre soldats Belges ont été tués par des Allemands dans cette même grande campagne, ce même jour, et vers ce même temps, dans cette campagne qui va vers le Beauchêne et vers Ermeton-sur-Biert.- On dit que l'artère Carotide avait été coupée par la balle ; l'hémorragie avait été très forte et Taton était déjà méconnaissable de la figure. Son père s'assura que c'était bien lui par son calepin qui contenait 800 frs. Pour avoir tiré si juste, on est porté à croire que ce fut à bout portant. Ce fut le Père Jérôme Picard, de Maredsous, qui enterra, seul avec les porteurs, Emile Taton dans le cimetière de Maredret le lendemain 25 août. [Phrase rajoutée ultérieurement : Voir plus loin la relation d'une Bénédictine, p. 123 du 2e cahier.] Voilà le plus exactement possible ce que je sais s'être passé de toute la paroisse de Sosoye au commencement de la guerre jusqu'au 27 août 1914.
 



Liber memorialis, 2ème cahier, page 148.
 



Emile Taton.
Liber memorialis
, 2ème cahier, page 148.
 


 

Voici des renseignements sûrs et définitifs, que je cherchais depuis longtemps, sur la mort tragique d'Emile Taton, de Maredret, le 24 août 1914, dans la matinée. Voir 1er cahier, page 35. J'avais entendu dire qu'une Religieuse Bénédictine l'avait vu tuer ; je me suis informé et voici la relation que je reçois le 15 mai 1923 de Soeur Caecilia Joyce Marmion, O.S.B., Irlandaise d'origine, nièce du Révérendissime Abbé de Maredsous, Dom Columba Marmion, qui est mort il y a quelques mois : "C'était le lundi 24 août 1914, vers 8 heures du matin. De la fenêtre de notre petite cellule je regardais, dissimulée derrière le rideau, le village de Maredret, qui était désert, car presque tous les habitants du village s'étaient réfugiés dans notre cave. Tout à coup je voyais sur un talus derrière la ferme de la Cour un homme qui s'avançait en ramassant par terre des objets qu'il mettait ensuite dans sa poche. On nous dit plus tard que ce fut des armes, mais j'ai peine à le croire car il les mettait dans ses poches, et j'ai cru alors que ce devaient être des cartouches ou de l'argent, car la route était parsemée de toutes sortes d'objets jetés ça et là par les soldats français lors de la débacle. (Note de moi : lors de la retraite de Namur et de la Sambre). Je n'ai pas pu distinguer les traits de cet homme, étant trop éloignée, mais il ne me paraissait pas être bien jeune. [Note : il n'avait que 37 ans, c'était veuf de Julia Delcroix, a un fils, Arthur Taton, alors âgé de 14 ans ; c'était un ouvrier d'industrie travaillant alors aux laminoirs de Vireux (France), maigre, qui avait déjà beaucoup travaillé. J'ai son portrait, que je collerai ici après cette relation]. Je le regardais encore lorsque je voyais arriver par le chemin qui monte du village vers la ferme de la Cour et qui passe devant la chapelle de St Gérard, quatre Uhlans à cheval. Ils montaient doucement, s'arrêtant par moment comme pour inspecter les alentours, et ils avançaient vers le pauvre villageois qui ramassait innocemment ces curiosités. Celui-ci semblait ne pas se douter de leur présence. Hélas ! il ne savait pas que sa dernière heure avait sonné et que dans quelques instants il paraîtrait devant Dieu. Je tremblais pour lui, j'aurais voulu crier, lui faire signe, mais la distance était trop grande et la consigne était sévère : défense fut faite d'ouvrir les fenêtres ou même de tirer les rideaux. Je conjurais son bon ange de prévenir le pauvre homme à temps, mais Dieu en avait décidé autrement. Tout à coup le pauvre malheureux aperçoit les Uhlans, il veut se cacher et se précipite dans les buissons, mais les soldats ont vu leur proie et le chef des quatre, un gaillard grand et fort qui précédait les autres leur fit signe de rester sur la route, tandis que lui s'engage avec son cheval derrière les buissons à la recherche du villageois. J'entends un cri sauvage, qui me glaçait le sang, et je voyais le coupable (note : coupable de quoi ? mettons plutôt : l'innocent) sortir de sa cachette et aller au devant du soldat à cheval, les bras étendus dans un geste de supplication. Mais celui-ci jetait encore un cri et tirait un coup de révolver vers sa victime, qui tombait sur sa face. Alors le soldat approchait de lui et tirait deux coups pour l'achever, après quoi il rejoignait ses compagnons et partaient au galop continuant leur route. J'attendais encore quelque temps pour voir si la masse noire gisant à terre donnerait encore quelque signe de vie, mais rien ; je pleurais, je sanglottais sur ce pauvre inconnu et je récitais des De Profondis pour le repos de son âme. R.I.P. Je prévenais aussitôt Madame l'Abbesse et je demandais si quelque prêtre ne pouvait s'aventurer jusque là pour lui apporter quelque secours. Dom Aubert partait, mais il revenait bientôt avec la réponse que la mort avait été instantanée. Qu'il repose en paix !" Signé : Soeur Caecilia Joyce Marmion, O.S.B.

Note : l'emploi fréquent, pour raconter, de l'imparfait de l'indicatif au lieu du passé défini désigne bien une personne étrangère à notre langue, ici une Irlandaise.
 


 

- Au passage, le lundi 24 août, les Allemands ont brisé la porte de la maison de l'école [de Sosoye] pour enlever le drapeau Belge qui était arboré à l'étage ; ils ont enlevés tous les rasoirs de Urtrel Lurquin, barbier, près du pont du chemin de fer, tout contre la station.

VII. Maredret.- Au passage le lundi vers 2 hes 1/2 les Allemands ne firent rien à personne d'ici ; ils fouillèrent quelques hommes, leur firent lever les bras, puis commandèrent qu'on leur portât à boire, ce qu'on fit, moi comme les autres, mais pas pendant longtemps.- Belle et forte armée, il faut l'avouer, mais j'ai eu peur de ces hommes à la figure dure et qui tenaient en grand nombre leur révolver au poing, dirigé de notre côté ! Je suis rentré chez moi et n'ai plus reparu ce jour-là.


Dimanche 23 août 1914
Ste Jeanne

Toute la nuit il y a eu des mouvements de troupes considérables, entre 8 et 9 heures du matin ns voyons les régiments français se replier sur Maredret. Pendt Tierce on vient appeler Madame qui ns dit après la messe que les nlles sont mauvaises. Les troupes françaises ont été surprises cette nuit par les Allemands, ils ne sont pas en nombre dit-on et l'Armée allemande aurait passé la Sambre et se dirigerait vers Philippeville, des fenêtres de l'Ouest ns voyons les obus monter ds le ciel et éclater, la cannonade est si forte que le monastère tremble. A 10 h. 1/2 ont dit que les premiers blessés arrivent chez les Pères, ns ns empressons d'aménager les lits de notre côté, tout le monde apporte couvertures et paillasses. A 11 h. les nlles deviennent inquiétantes : père Abbé fait dire de ne pas continuer l'aménagement de notre ambulance p.c.q. ns sommes trop exposées au feu. Les Allemands avancent de ce côté et si la situation s'aggrave un peu nous sommes priées de descendre ds nos caves.

- La Communauté est très calme. A Fosses et à S. Gérard la population a pris la fuite. Le Docteur Delvaux est arrivé ici avec sa femme, Mme les invite à demeurer ici à l'extérieur. Mme Brugman [du château de Beau Chêne, à la limite de Maredret et de Sosoye] demande de pouvoir se réfugier ici... Le chef d'état major français demande au Père Abbé ds l'après midi de faire évacuer les deux monastères, les troupes françaises les occuperaient comme forteresses. Le Père Abbé répond que c'est impossible actuellement p.c. qu'il est trop tard pour fuir ; sur quoi le général demande que l'on descende ds les caves. Le Rme ns fait dire que nous devrons passer la nuit ds les souterrains. Immédiatement gd branle bas, la crypte ns servira de choeur, des paillasses et couvertures sont descendues pr l'installation de nuit. Ds la soirée le canon tonne avec une violence extrême ds la direction de Denée, et le ciel est éclairé pr de sinistres lueurs d'incendie, les allemands approchent fort c'est évident et ns voyons les troupes françaises battent en retraite en bon ordre, l'armée allemande est parait-il très forte, le bruit court qu'ils ont passé la Meuse plus bas que Dinant et que la jonction des deux armées ennemies est imminente. Ns ns trouvons juste au milieu. Complies à l'heure habituelle à la crypte. Matines à 8 h. à la crypte. A Maredret la population est ds une inquiétude extrême, de ts côtés on vient s'y réfugier des villages voisins et actuellement Maredret semble peu sûr. Madame accorde volontiers à ces pauvres gens un abri ds notre monastère, le danger n'étant pas pressant ils restent ts à l'extérieur près de nos tourières.

- Après coup ns apprenons que Namur a été attaquée par 450.000 allemands 2 fois notre armée entière, il n'y avait pas à résister à de telles forces ! Néanmoins on pense qu'il y a eu une trahison, les ordres non plus, non pas été transmis comme ils l'auraient dû, de telle sorte qu'il a été impossible à la garnison de battre en retraite en bon ordre ; cela a été par la force des choses un désarroi indescriptible !


 

Après les Vêpres les pauvres gens qui fuyaient de Falisolles, Fosses, St Gérard, etc..., de toute cette région, commencèrent à arriver en foule à Sosoye et à Maredret. Les uns passaient outre, allant vers la France ; d'autres sont restés, n'allant pas plus loin ; ils trouvaient qu'ici le village était calme ; nous ne savions pas alors ce qui s'était passé au delà de la Meuse et de la Sambre, à Dinant, Spontin et à Tamines, sans quoi tout le monde se serait sauvé aussi en France. Après coup, nous sommes contents d'être restés, vive toujours son pays ! Sosoye était archiplein de ces pauvres gens qui fuyaient, à pied, en chariots, sur des brouettes, de toutes les façons ; c'était lamentable à voir. On peut sans exagération porter de 1000 à 1500, [expression rajoutée ultérieurement :ou deux fois autant], le nombre de ces personnes qui ont passé rien que par Sosoye.- Ca été la même chose à Maredret. Environ 200 [nombre rajouté ultérieurement au crayon] ou 300 personnes ont logé dans l'église de Sosoye. On a reçu tout le monde de son mieux, donnant à manger et à boire et pour le coucher tout ce qu'on avait.- Jusque vers le soir de ce 23 août on entendit formidablement les canons des batailles de Dinant, Namur, Tamines et Charleroy. A Denée ou St Gérard il y avait aussi des canons français qui ripostaient. Vers 5 hes un avion Allemand suivit toute la Molignée, allant vers Dinant ; beaucoup de coups de fusil contre lui sans l'atteindre. Sur le soir, des hauteurs de Sosoye, on voyait de nombreux incendies, surtout quatre grands, dans la direction de Dinant, au-delà de la Meuse. Je les ai vus moi-même, j'étais allé sur la Montagne, au Nord de Sosoye, vers 5 ou 6 hes. Malgré cela je n'étais pas effrayé, je pensais que les Allemands ne passeraient pas la Meuse. Or à 7 hes du soir, nous l'avons su après, elle était passée.
 



A droite, l'entrée du presbytère de Sosoye.

Carte postale ancienne.
 

Vers 9 hes du soir [expression rajoutée ultérieurement : ,ou 9 hes 1/2,] toujours le 23 août, arrive au presbytère, exténué, un prêtre brancardier flamand, l'Abbé Demolder de Louvain, et il me dit que Namur est abandonné et que le Général Michel, commandant de Namur, et son état-major sont arrêtés ici tout près. Je sors, et en effet, je les trouve tout contre chez moi, dans la maison occupée par Jules Burlet. (maison appartenant à Nicolas Baudart, Brasseur.) Les généraux Michel et Henrard délibéraient. Ils étaient en tout 15 officiers et avaient décidé de loger à Sosoye.- Je leur trouve des lits ; puis le Général Michel se ravise et me dit qu'ils ne sont pas sûrs assez ici, qu'ils partent pour Rosée. Michel et les officiers sont calmes et nullement déprimés. Ils étaient à cheval ; une petite automobile les précédait. Le Général Michel, fort gentil, m'explique qu'il avait bien fallu ordonner la retraite de Namur, sans quoi qu'ils étaient absolument enveloppés [mot rajouté ultérieurement : encerclés] par d'immenses forces ennemies, que les canons donnant sur les forts détruisaient tout, (C'étaient, paraît-il des 0,42 Autrichiens,) qu'ils creusaient des trous énormes et soulevaient la terre aussi haut que notre clocher.- On se souhaite bonne chance et bon courage et puis : Au revoir.- Commencent alors à arriver de nombreux brancardiers prêtres, moines de Maredsous et Instituteurs ; puis deux blessés français, la jambe transpercée par une balle, viennent de Sommière. On les soigne et on les couche de notre mieux. Toute la nuit on fait le café, on donne à manger et on rend service. A 11 hes du soir on m'appelle pr administrer chez Urtrel Lurquin [expression rajoutée ultérieurement : , près du pont du chemin de fer,] une femme du Bâtiment, à St Gérard ; mais ce n'était qu'un syncope. Elle était étendue sur des chaises ; il aurait fallu voir au milieu du brouhaha la désolation de ses deux enfants, d'environ 39 ans, autour d'elle ! Du monde, du monde plein Sosoye, toutes les maisons archiremplies ! -


 

VII. Maredret.- Je sais peu de chose sur Maredret, je n'y étais pas. Beaucoup de monde dans le village le dimanche 23 août sur le soir, toutes gens fuyant de Falisolles, Arsimont, Fosses, St Gérard, Denée, etc... vers la France. Les uns passèrent outre, d'autres n'allèrent pas plus loin et retournèrent de là quelques jours après chez eux. Deux ou trois obus furent tirés et tombèrent près de chez Mr Desclée, au château de Maredsous, et près de l'Abbaye des Bénédictines, mais personne ne fut atteint. Les Bénédictins et les Bénédictines reçurent chez eux énormément de monde, les accueillirent tous avec la plus grande bienveillance et les logèrent et nourrirent, tant que la terrible tourmente fut passée. Tous ceux qui ont été si bien reçus chez eux, gens de Denée, de Maredret et d'ailleurs, s'en souviennent avec reconnaissance.


 

Au commencement de la guerre jusqu'au 23 août [in(clus)], sur le soir, tout le monde à l'église [de Sosoye] pr prier, elle était pleine ; on récitait le chapelet, les litanies des Saints et on chantait 3 fois Pace, Domine. La Crainte !- Pendant les 2 premières années de la guerre, depuis avril jusque Octobre, donc au bon temps, nous avons fait le dimanche après-midi, des pèlerinages à toutes les chapelles de toute la paroisse et de plus chez les Bénédictines et les Bénédictins. Ils sont été très bien suivis ; le moins c'était 100 grandes personnes, il y en a eu jusqu'à 300. Nous avons fini à cause des Boches qui défendirent toutes manifestations. Pendant tout le temps de la guerre on ne fit plus la procession de Tr. S. Sacrement ni la procession du 15 août. Les deux dernières années on ne fit plus non plus les rogations en dehors de l'église.


Samedi 22 août 1914
S. Symphorien

- De grand matin des mouvements de Troupe considérables attirent notre attention sur la colline qui domine Maredret toute l'infanterie française se campe, un peu plus loin c'est l'artillerie, on ns dit que ce sont des troupes de réserve. Le canon gronde depuis cette nuit, cela ira en augmentant toute la journée, c'est à Tamines [mot rajouté par la suite au crayon : Fosses] que l'on se bat, les Allemands veulent à tte force passer la Sambre les Français les repoussent, bp de sang versé des deux côtés, ms les Allemands ont des pertes énormes, on dit qu'à certaines places ont aurait pu presque passer la rivière à pieds secs sur les cadavres allemands.

- Sr Marthe notre oblate va distribuer des évangiles de St Jean, on la laisse entrer ds le camp des artilleurs, où un officier l'accompagne ds sa ronde, elle en distribue 1400 !
 

  

COMMENCEMENT DU SAINT EVANGILE SELON S.JEAN

Image imprimée recto-verso
sur la presse de l'abbaye de Maredret
en août 1914.

Il s'agit du prologue de l'Evangile
selon saint Jean (1, 1-14) qui était proclamé
en latin à la fin de la messe
(sous le nom de "Dernier Evangile")
avant la réforme de 1969.

Les soeurs bénédictines de Maredret ont imprimé
ce texte et l'ont placé sur de nombreuses portes
de l'abbaye (cette image se trouve notamment
derrière la porte menant de la crypte
au choeur de l'église abbatiale.

En plaçant l'Evangile de saint Jean dans
les cachettes avec les écrits compromettants
("(...) nous avons toute confiance dans l'emploi
de ce moyen surnaturel qui nous a visiblement
protégées jusqu'ici."
(Annales du 01/03/1916),
les soeurs posaient un acte de Foi.
 

- Le soir on vient demander de cuire du pain pr l'armée, ttes les bonnes femmes de Maredret ne pouvant y suffire Madame accepte avec grande joie, seulement plus de farine, ni ici, ni au village, plus de levure non plus et ttes les communications sont coupées. - Les autorités militaires font un effort et ds la soirée on vient dire à M. Cellerière que lundi on aura ce qu'il faut pr cuire.

- La cannonade faisant rage il n'y a aucune doute que la gde bataille est engagée, Madame décide de faire encore une procession au jardin à 10 h. du matin, ns sonnons toutes les cloches.

- Avant midi Dom Ursmer Berlière vient voir Madame et lui dit qu'un général (probablement le chef d'état major) est arrivé ce matin à St Benoît. Il n'a pas voulu dire son nom, promettant de revenir plus tard à l'abbaye et de se faire connaître alors. Il a dit au Rme P. Abbé que les irlandais ses compatriotes ne sont pas loin d'ici ms qu'il ne pouvait révéler l'endroit précis ;

On annonce pr demain une très gde bataille à laquelle les 3 armées alliées prendraient part contre les Allemands, ce sera probablement une sanglante journée. Les autorités militaires demandent que l'on ne sonne plus les cloches, cela pouvant troubler les troupes. Ns ns bornerons donc aux trois tintements de l'Angelus, toutes les autres sonneries sont supprimées [mots soulignés deux fois].


Vendredi 21 août 1914
S. Privat

- Bonnes nouvelles il paraît que les Allemands sont repoussés vers Huy.

- Hier nous avons appris la mort du souverain Pontife [Pie X] par un journal que Mr Desclée s'était procuré, comme les autres journaux n'arrivent plus il n'y a pas moyen d'avoir la confirmation de cette nouvelle. Ce Gd deuil arrivant au milieu des tragiques évènements qui ensanglantent l'Europe donne l'impression de la fin de ttes choses ! Cette nouvelle ns était communiquée hier par M. Prieure au milieu de l'ouvroir et au même moment se produisait une éclipse partielle de soleil très visible ici pendant plus d'une heure.


Jeudi 20 août 1914
S. Bernard

- De grand matin on se met au travail pr l'aménagement de notre ambulance. Madame ns autorise à céder ns lits, ns dormirons aussi bien sur le plancher, on descend donc tous les lits de la maison et on les place ds le cloître et la salle du chapître ; on travaille à faire des oreillers, des matelas, des paillasses tout cela prend du temps et occupe la Communauté entière.

- Des opérations militaires elles-mêmes, on est de moins en moins renseigné. Dans l'après midi ns voyons descendre des hauteurs de Denée toute l'artillerie française, ils paraissent très nombreux à en juger par la longueur du défilé.

- Dans le monastère le menuisier travaille à établir quelques cloisons de façon que les moniales soient séparées du quartier réservé à l'Ambulance.

- Le 248e régiment de ligne loge à Maredret, il vient de Lille. Mr Desclée et Marguerite vont visiter ces braves, on leur distribue des médailles qu'ils reçoivent avec la plus grande reconnaissance. Il y a des pieds endoloris, Marguerite Desclée les soigne, les soldats en sont extrêmement touchés. Ces braves gens ont des scapulaires et des médailles sur eux. Notre menuisier dit : "Qu'ils sont gentils ! plus gentils que cela on ne saurait être !" Une fois arrivé à Maredret les autorités militaires ne laissent plus personne sortir du village, une femme d'Ermeton est contrainte d'y loger, d'autres étranger aussi, crainte d'une indiscrétion.

- Pendant Complies un bruit insolite se fait entendre, c'est notre chariot que l'on vient quérir il doit être placé en travers de la route qui mène à Maredret, pr arrêter au besoin une automobile ennemie.

- Ce matin passage de 3 aréoplanes vers 8 1/2. A 9 heures canonnade. Ce sont des artilleurs bretons qui font "descendre" un aéroplane ennemi.


Mercredi 19 août 1914
S. Louis, év.

- Madame ns dit en récréation qu'il est confirmé que nos abbayes sont considérées comme des points stratégiques et ne peuvent devenir ambulances ; par contre nous devons être prêtes à l'évacuer en 6 heures si on ns le demandait.

- Avant Vêpres il y a du neuf : le Rme P. Abbé vient jusqu'ici avec le général Lemoine de l'armée française et l'adjudant d'état major qui l'accompagne à l'effet de se renseigner exactement du nombre de blessés que l'on pourrait éventuellement diriger sur nos deux abbayes, qui seront ambulances françaises. Madame est un peu saisie d'abord, mais il n'y a pas à échapper, ns sommes bel et bien sur le théâtre de la guerre et notre grande abbaye doit être mise au service des Troupes d'une façon ou d'une autre


Mardi 18 août 1914
Ste Hélène, I.

[Page restée blanche].


Lundi 17 août 1914
S. Alexis

- La fusillade se fait de nouveau entendre, le canon tonne à une faible distance. Actuellement nous sommes très près du théâtre de la guerre. La Meuse est à 1 lieue 1/2 d'ici et l'armée française l'occupe d'un côté et l'armée allemande de l'autre. Le bruit des obus entendu ici est très impressionnant, quand on sait le carnage qui se fait et la terreur des populations forcées d'évacuer des villages entiers.

- Après Vêpres nous faisons la procession marquée au Rituel tempore belli ; nos évêques l'ont prescrite généralement ds les paroisses pr le jour de l'Assomption, à la place de la procession traditionnelle de ce jour. A St Benoît et ici ns l'avions fixée au lendemain, seulement un violent orage ns a mises ds l'impossibilité de sortir hier et Madame l'a remise d'un jour. Les Litanies ont été chantées sur le ton prolixe et nous avons fait le gd tour du jardin avec station à la Pieta.

- La plupart des trains sont supprimés. L'expédition des lettres ne se fait plus que 2 fois par semaine ds tous le pays et encore ces lettres doivent elles attendre 3 jours au bureau de départ et 3 jours au bureau d'arrivée (!) ceci pr qu'aucune indiscrétion ne puisse compromettre le résultat des opérations militaires. - On est prié de ne plus rien envoyer aux soldats. Nous semblons à la veille de cette bataille monstrueuse comme le monde n'en vit jamais, les journaux parlent de plusieurs millions d'hommes disposés sur un front de bataille de 400 Kilomètres.


Dimanche 16 août 1914
S. Roch

- Aujourd'hui nous chantons la messe votive solennelle in tempore belli, que Mgr de Namur prescrit pr toutes les églises du diocèse messe violette, sans gloria.

- On s'attend toujours à une terrible bataille, qui serait dit-on la plus grande de l'histoire. Ns avons quatre armées actuellement en Belgique la nôtre compte 300.000 hommes. L'armée Anglaise.... effectif inconnu elle se trouve, dit-on, cachée ds le Limbourg, où elle est entrée très secrètement. L'armée française compterait 1 million d'hommes ! L'armée allemande également 1 million. Où le choc aura-t-il lieu ? Nul ne le sait : l'état major est d'ailleurs d'une discrétion absolue, rien ne transpire. Chaque jour de retard favorise les mouvements de l'armée russe qui s'avance sur l'Allemagne et les Prussiens seront à un moment très pressé d'en finir ici, pr couvrir à leurs frontières menacées de toutes parts.

- Les troupes françaises arrivent en gd nombre toute la journée à Denée, pendt plusieurs heures ce sont des automobiles qui défilent elles portent l'artillerie et viennent en droite ligne de Paris. - On ns rapporte des traits fort édifiants : c'est un régiment qui arrive à Denée à l'heure du Salut du S. Sacrement après avoir fourni une longue étape, tous les soldats se rendent à l'église et assistent au Salut un genoux en terre. Le soir les villageois de Denée vont réciter le chapelet à la petite chapelle de S. Roch, les soldats français se joignent à eux et ts à genoux autour de l'humble chapelle disent d'une seule voix le chapelet. Les paysans de Denée disent avec admiration : "ts ces soldats portent un scapulaire et une médaille, les chevaux mêmes ont des médailles, ces gens là sont meilleurs que ns" -


Samedi 15 août 1914
ASSOMPTION

- De grand matin ns entendons la fusillade distinctement, bientôt le canon tonne ; un combat se livre non loin d'ici. Tous les chants de la messe de l'Assomption ont été accompagnés du bruit de la cannonade, d'heure en heure plus intense ; ns n'oublierons jamais cette fête de l'Assomption en temps de guerre. Vers midi une accalmie s'est produite, mais dès 1 heure, le canon grondait de nouveau et pendant Vêpres il faisait rage, au Magnificat les coups étaient si violents et si rapprochés que la trépidation se faisait sentir dans toute l'église.

Le soir ns apprenons que c'est l'artillerie française que ns avons entendue ; c'étaient des obus de gros calibres que l'on envoyait vers les ponts jetés sur la Meuse par les Allemands ; ils ont vainement essayé à trois reprises aujourd'hui de traverser le fleuve.
 



Aquarelle réalisée par une soeur bénédictine de Maredret
le samedi 15 août 1914.
 



Verso de l'aquarelle.

vue de la tour de Ste Scholastique
   journée du 15 août 1914
bataille entre français et allemands
les points blancs au dessus de la rangée d'arbres
c'est la fumée des canons

terrible journée !..
Pace Domine !
Misere nobis !..
 

- Les engagements qui ont eu lieu aujourd'hui au bord de la Meuse ont été très meurtriers, on parle de 40.000 morts !

- On raconte qu'un détachement de soldats français arrivait ce matin ds une petite commune des environs, les messes étaient dites, ils avaient donc manqué leur messe de l'Assomption. Mais un officier s'adressant au curé lui dit : "Nous sommes tous à jeun et désirons communier" tous ces braves communièrent.

- A Anhée les soldats français non contents d'assister à la procession de ce jour ne permirent pas aux jeunes filles de porter la statue de N. Dame, ils voulaient le porter eux mêmes.

- Par suite d'une terrible méprise 500 soldats français qui se trouvaient aux ruines de Poilvache ont été tués par d'autres soldats français qui croyaient avoir à faire à l'ennemi, celui qui a commandé cette fusillade (un excellent chrétien), est dans une douleur folle ! On le conçoit.


Vendredi 14 août 1914
S. Eusèbe

- Plusieurs combats sérieux ont eu lieu, ms ce n'est pas encore la gde bataille décisive que l'on attend et qui est inévitable.

- L'Episcopat belge continue à demander des prières ardentes, cela répond d'ailleurs au désir de toute la population ; il n'y a pas une commune où l'on ne se réunisse pour des prières en commun. A Maredret la cloche de l'église appelle chaque soir tout le village pr la récitation du chapelet. Le Cardinal de Malines prêche la pénitence, bp de prêtres lui font écho et l'on ns citait une paroisse où un sermon sur la pénitence avait fait pleurer ts les auditeurs. D'innombrables pèlerinages s'organisent à ttes les Vierges miraculeuses, et ces pèlerinages ont pris spontanément un caractère de pénitence, bp de gens les font nus pieds ! - Notre pays si catholique s'était un peu trop laissé envahir par le confort et le luxe ; l'hiver dernier nos évêques avaient du condamner la licence des modes qui dépassaient vraiment toutes les bornes ; Dieu se charge de ramener notre patrie ds le droit chemin. La leçon est terrible mais elle est comprise et on en tirera profit. Omnia cooperantur in bonum... ["Toutes choses concourent au bien (de ceux qui aiment Dieu)" Epître de saint Paul aux Romains, 8,28].

- Un moine (Dom Philibert Schmitz) qui se trouve actuellement à la cure de Bioulx venait de se coucher, quand on l'a appelé lui disant que des soldats français désiraient se confesser. Soldats, officiers, généraux mêmes se sont confessés, à 2 h. le Père les communiait !

- Pendant la récréation du soir nous recevons avis, que le Commandant militaire de Namur prie nos abbayes d'arborer le drapeau national. On se met immédiatement en devoir d'obéir à cette injonction, qui satisfait d'ailleurs on ne peut mieux nos sentiments patriotiques.


Jeudi 13 août 1914
Ste Radegonde

- Ouvroir général le matin la communauté entière est invitée à donner un coup de main pr avancer les raccommodages de la lingerie et du vestiaire car ns comptons recevoir le modèle de chemise des ambulances et toutes alors ns ns mettrons à en confectionner.

- D. Jérôme Picart de Maredsous est installé actuellement à Maredret avec Dom Anselme, les habitants ont de cette façon des prêtres au milieu d'eux, c'est une sécurité. Don Jérôme est très aimé à Marèdret, il est très populaire, malgré ses originalités et peut être à cause d'elles. En voici un exemple : une bonne femme du village vient demander au père, ces jours ci, de lui donner une bénédiction et de réciter sur elle l'Evangile de St Jean. Dom Jérôme la satisfait. Mais la bonne femme dit que c'était bp trop court, elle désire une plus longue prière. Dom Jérôme sans sourciller lui dit de se mettre à genoux devant lui, puis, ayant deux petites Heures de l'office à dire il les récite, et la femme toute contente a soin de se signer quand le Père le fait... Son office récité, Dom Jérôme demande à sa cliente si c'est bien cette fois ? L'excellente femme était ravie de la longue prière qui avait été dite sur elle et remercia le Père.

- Un villageois des environs a trouvé un casque prussien, qu'il rapporte chez lui comme un trophée, l'idée lui vient de tirer un heureux parti de sa trouvaille, il fait savoir que tout le monde peut venir le voir moyennant 10 cent. d'entrée que l'on verse au profit de la croix rouge. Le casque prussien, rapporte 100 $ [francs].


Mercredi 12 août 1914
Ste Claire

- De toutes parts on continue à nous offrir des abris en cas d'abandon forcé de notre monastère. Mais cette éventualité semble devenir tout à fait improbable ; on croit qu'une grande bataille va se livrer d'un jour à l'autre ds le Brabant. Toutes les opérations sont cachées avec le plus grand soin.

- Toutes les nouvelles qui ns arrivent du dehors, nous parlent de l'ardeur et de l'enthousiasme de toute la jeunesse du pays qui court sous les drapeaux avec une entrain patriotique dont on ne peut se faire une idée on ns écrit : "C'est à qui ira se faire tuer et ceux qui se trouvent en des endroits sûrs, se plaignent de ne pouvoir aller au feu !"

- Au point de vue religieux il y a aussi à se réjouir grandement : au moment de la mobilisation on nous écrivait de partout que nos soldats s'approchaient des sacrements avant d'aller au feu voulant se mettre en ordre avec Dieu au moment du danger. Les Pères du S. Sacrement de Bruxelles ont passé des nuits entières au Confessionnal, leur église était remplie de soldats et on distribuait la Ste Communion depuis 4 h. du matin.

- Mère Domitille, dont le frère ne pratiquait pas, reçoit de lui aujourd'hui une admirable carte lui annonçant qu'il est prêt à tout et accepte d'avance tout ce que Dieu lui demandera, il a laissé ses parents et sa fiancée en partant pr la guerre.

- M. Louise reçoit une lettre de chez elle, lui disant que son frère prêtre qui s'est engagé comme aumônier militaire a entendu les confessions de bp de soldats, tous s'accusent "d'avoir tué des allemands" (!)

- Dimanche à Namur on a assisté à un défilé extraordinaire, mais très édifiant 500 religieux : dominicains, jésuites, Bénédictins, Capucins, frères des écoles chrétiennes etc... etc... marchaient en bon ordre 5 de front c'était un régiment d'ambulanciers sous la conduite des médecins militaires


Mardi 11 août 1914
Ste Suzanne

On commence à prendre des mesures de rigueur contre les espions allemands. Aujourd'hui, on fusille un prêtre convaincu d'espionnage ! [texte rajouté par la suite : cette nouvelle a été démentie] C'est affreux. Cet espionnage a été organisé de la façon la plus odieuse.

- Le neveu de l'empereur a été fait prisonnier, il a été transporté à Bruges.

- Le Pce Guillaume de Lippe et son fils âgé de 19 ans ont été tués par un de nos soldats au cours d'un engagement très vif.

- Nous prenons nos dernières dispositions pour le cas d'exode : on fait des malles, des paquets etc.... il est à espérer que les évènements rendront ts ces préparatifs inutiles


Lundi 10 août 1914
Ste Philomène

- Aujourd'hui grand branle-bas, Madame a décidé que la bibliothèque entière serait transportée dans la crypte, tout le monde y travaille ; on continue également à transporter ds les oubliettes et caves de la sacristie tout ce qui doit être mis en sûreté.

- Mère Prieure rédige soigneusement tous les passe-ports qui donnent le signalement de chacune, cette pièce signée par le bourgmestre de Maredret est absolument nécessaire si nous devons sortir de la clôture. Madame dit que dès à présent chacune doit la porter sur soi pour être prête en cas d'alerte.

A 4 h. de l'après midi on vient nous demander de faire immédiatement des cocardes tricolores pr les gardes civiques qui doivent veiller à la sûreté de notre ligne de chemin de fer. La ligne de Maredret est la seule qui reste libre actuellement pr le ravitaillement des troupes et on doit la mettre à l'abri d'un coup de main des ennemis le Tunnel de Denée sera gardé par 16 hommes la nuit entière parmi eux 4 moines, novices de Maredsous.

- Les pauvres soldats allemands ne peuvent être rendus responsables des actes odieux du gouvernement Prussien. La plupart ne savaient pas qu'ils marchaient sur la Belgique, bp de pauvres blessés se croient en France ! Un prêtre qui a aidé à enterrer les soldats allemands dit qu'ils avaient presque ts un livre de prières en poche !


Dimanche 9 août 1914
S. Vitrice

- Nous communions à 7 h. du matin et n'avons qu'une messe qui est chantée à 9 heures par Dom Aubert, qui continue à demeurer ici.

- A la récréation, Madame nous dit que les habitants de Maredret et Sosoye se sont spontanément offerts à ns héberger en cas d'abandon momentané du monastère, cela ns a bp touchées. Dans le pays l'animosité contre les allemands ne fait que s'accroître, du fait de l'odieux espionnage qu'ils ont longuement organisé ds notre pays et de toutes les fourberies dont ils usent pendant cette guerre, mettant des uniformes de soldats Anglais pr tromper nos troupes et allant jusqu'à faire porter notre drapeau devant leurs soldats. On prend de très sérieuses mesures pr empêcher que la foule ne fasse un mauvais sort à ts les Allemands qui sont encore ds le pays.

- Un des premiers effets de la guerre, c'est de produire d'un bout à l'autre du pays le rapprochement des coeurs, ts les dissentiments tombent, les anciennes querelles s'évanouissent on se sent frères. D'autre part nos Pères qui sont installés dans différents villages disent que le résultat équivaut à la meilleure des missions. Tout le monde s'approche des sacrements, les retours à Dieu sont nombreux. A Fosses où les habitants sont si hostiles à la religion, l'église est pleine de monde aux offices. En un mot toute la Belgique se tourne vers le ciel, d'où le secours doit lui arriver.

- Les intérêts sont mis en commun dans tt le pays : la police des villes est faite par des volontaires. On ouvre des ambulances dans ttes les maisons religieuses, les cercles politiques et autres ; les hôtels aristocratiques en font autant à l'exemple de la reine qui préside elle même à l'organisation d'une ambulance ds le palais de Bruxelles. Tout le 1er étage du palais et une partie du 2e étage sont abandonnés aux blessés, ts les meubles ont été enlevés et les gds salons, les salles de bal ont été peintes à la chaux.


Samedi 8 août 1914
Ss Just et P.

Nous avons été très émues hier en apprenant que M. Bénédicta de Spiegel et notre excellente soeur converse S. Catherine Haag devait ns quitter ds le plus bref délai. M. Bénédicta a passé la nuit en préparatifs, nos deux soeurs ont communié à 5 heures ; puis elles ont quitté l'habit monastique et ont repris des vêtements séculiers pr le voyage, elles sont parties avec deux dames allemandes, parentes d'un de nos pères, ms ns ne savons pas où elles auront pu partir et Dieu sait quand ns aurons de leurs nouvelles !!!

Les 20 frères Convers qui ont quitté St Benoît, n'avaient pas leurs papiers en ordre et l'on dit (?) qu'ils ont été faits prisonniers... Ce fait a été démenti.

- Les choses en étant là Mme prend toutes les mesures pr le départ éventuel de la communauté, qui pourrait être très précipité. - On travaille activement à descendre ds les souterrains du côté de la Crypte tout ce qui a de la valeur et tout ce que nous ne pouvons pas laisser à la portée des soldats ; on déménage même la bibliothèque, le vestiaire etc....

- De plus chacune reçoit de la lingerie un paquet de linge (ce qu'il faut pr q.q. semaines). - On va murer les souterrains pr mettre notre dépôt à l'abri d'un incendie possible.

- Dans la soirée les nouvelles sont meilleures, le Rme P. Abbé fait dire qu'il n'y a pas de danger immédiat pr ns et que ns pouvons rester actuellement ds notre monastère, les troupes descendent plutôt vers le Luxembourg où l'on prépare quelque chose à nos envahisseurs. Les Allemands continuent à essuyer des pertes considérables, d'après les dernières nouvelles il y en aurait actuellement 100.000 hors de combat : tués, blessés ou prisonniers, en comptant les pertes essuyées à Belfort. On annonce aujourd'hui que le Général Damade [Albert Gérard Léo d'Amade (24/12/1856-11/11/1941)] serait entré à Mulhouse !!..

- Nos troupes continuent à faire merveille et les Belges ne sont pas peu fiers des éloges que leur adresse la presse étrangère.

- L'Autriche a déclaré la guerre à la Russie.


Vendredi 7 août 1914
S. Sixte, pape

- Ce matin on apprend que nos troupes ont mis en déroute 40.000 hommes de l'armée allemande, pris bon nombre de canons, un général etc.... tout le pays est ds l'enthousiasme.

- A la récréation de midi Madame nous dit que si Dieu nous accorde la grâce de sortir indemne de tous les dangers de cette guerre ; c'est à dire s'il nous garde toutes ici, en nous maintenant dans la clôture non violée, et en nous permettant de chanter l'office divin sans aucune interruption, en reconnaissance 1°/ une messe sera chantée chaque année le jour de Notre Dame aux Neiges (5 août) - 2°/ le jour de l'Assomption de chaque année nous aurons une procession après Vêpres en actions de grâces - 3°/ l'oratoire du Sacré Coeur sera décoré de peintures (*) et une plaque commémorative fera connaître à celles qui viendront après nous l'insigne protection dont ns avons été l'objet.

- Dans la soirée les nouvelles sont bp plus alarmantes, le Rme P. Abbé vient nous dire que nos monastères au lieu d'être acceptés comme ambulances seront probablement réquisitionnées pr loger les Troupes !... Tout semble annoncer aussi un gd engagement de ce côté et ns avons à prévoir un bombardement probable. - De plus ordre est donné à tous les allemands et allemandes de quitter le pays et cet ordre doit être appliqué aussi ds toutes les communautés religieuses.....

Note ajoutée ultérieurement sous forme de petit feuillet collé sur la marge gauche de la page suivante (page de droite), à la date du samedi 8 août 1914 :

(*) La statue du Sacré-Coeur a été transportée dans le petit atrium du rez-de-chaussée, où elle est beaucoup mieux placée pour recevoir les hommages de dévotion de la communauté. L'oratoire a été peint pour fêter Ste Thérèse de Lisieux.

En 1939, aucune plaque commémorative n'est encore placée nulle part, mais chaque année, on rappelle avec bonheur le 5 et le 15 août l'admirable protection dont la Divine Bonté nous a entourées.


Jeudi 6 août 1914
Transf. de N.-S.

A partir d'aujourd'hui la Messe conventuelle a lieu à 7 heures. Nous l'avons chantée de tout coeur. L'office divin est le grand réconfort aux heures de trouble.

- Le journal de ce matin ns apporte la nelle que l'Angleterre a envoyé un ultimatum à l'Allemagne, la mettant en demeure de retirer ses troupes de la Belgique dans un délai de quelques heures.

- Les troupes françaises sont en marche, elles ne sont plus qu'à une journée des nôtres.

- On se bat vigoureusement autour des forts de Liège, le combat a duré toute la nuit dernière, nos soldats ont été d'une vaillance extraordinaire.

- A partir d'aujourd'hui l'état de siège est étendu à la Belgique entière. Cette nouvelle a été démentie ds la suite l'état de siège n'est étendu qu'à 4 provinces.


Mercredi 5 août 1914
S. Félix

- Le Rme P. Abbé [Dom Columba Marmion, troisième abbé de Maredsous] a reçu l'ordre du gouvernement de faire partir immédiatement tous les moines et les 20 frères allemands qui doivent quitter la Belgique au plus tôt ! Ce départ comme bien on pense a été déchirant, tous sanglotaient...... Bon nombre de clercs de Maredsous se sont enrôlés comme ambulanciers.... P. Abbé a demandé à ses moines ceux qui éventuellement voudraient être aumôniers militaires, presque tous se sont offerts... Ici on fait en toute hâte des étoles violettes et des bourses pr ts les aumôniers. On achève aussi les drapeaux de la Croix rouge. Le 1er est hissé en haut de la Tour à midi. 2 autres au midi et à l'ouest dans la journée.

- On continue à travailler chacune de son côté à mettre en lieu sûr tout ce qui a de la valeur et aussi les provisions de bouche.... on prévoit la famine comme conséquence de la guerre terrible qui se prépare dans le monde entier (note). Le Japon mobilise.... La Turquie mobilise.... Ns sommes tout à fait sans nelles de s. Gabriel. Que fait l'Autriche ? Les nelles des journaux sont contradictoires, et il n'y a plus moyen de rien savoir d'exact d'aucun pays.

- Après Vêpres le Rme P. Abbé vient ns donner une courte conférence. Il nous dit que les heures critiques sont celles où l'on peut reconnaître quelles sont les Vierges sages qui ont largement approvisionné l'huile de la Confiance en Dieu et de l'Espérance, tandis que les Vierges folles courent de ts côtés pr trouver des appuis humains, qui leur manquent évidemment, chacune n'ayant d'huile que pr sa lampe. On dit au P. Abbé que jamais l'office n'a été chanté avec autant d'entrain. C'est bien dit-il, c'est que l'huile monte !

- Le P. Abbé ns dit qu'il nous donne D. Aubert Merten pr demeurer ici pendt cette période difficile, il gardera le T.S. Sacrement et aussi "les colombes." - Nous n'aurons plus qu'une seule messe par jour.

- Pendant Complies on entend distinctement le canon qui tonne, on dirait assez près d'ici ; on s'est battu toute la journée autour de Liège, ms les journaux ont la consigne de ne rien dire de précis, les indiscrétions pouvant compromettre gravement les intérêts de notre armée.

- Les 4 provinces de Limbourg - Liège - Namur - Luxembourg sont en état de siège depuis aujourd'hui, ts les pouvoirs civils ont passé aux mains des autorités militaires.

- Nous apprenons que la garde civique de Maredret est mobilisée, elle sera sur pied cette nuit, elle compte 4 unités !!! ils ont joué aux cartes en attendant l'ennemi....

Note Pendant la récréation du soir jusqu'à 9 heures, Mère Lucie travaille avec 2 bonnes vaillantes soeurs à enterrer les objets les plus précieux de la sacristie dans un grand chaudron !


Mardi 4 août 1914
S. Dominique

- La gde nouvelle aujourd'hui c'est que l'on dément les nelles d'hier. Les allemands ne sont pas à Liège et ce sont nos propres soldats qui ont été pris pr des soldats français.

2 nouvelles classes de soldats sont rappelés sous les drapeaux. Les volontaires sont 40.000 (!) à l'heure qu'il est, on les dispense de l'examen médical tant l'affluence est grande.

- A Bruxelles le gd évènement du jour c'est l'inoubliable séance au Palais de la Nation, le Roi la Reine et nos 3 petits princes y étaient, depuis le palais jusqu'au Parlement ils ont été acclamés d'une façon délirante... jamais on ne vit pareil élan patriotique en Belgique. Tous les partis politiques sont admirablement unis pour ne songer qu'à sauver notre patrie menacée.

La réponse du Gouvernement à l'Allemagne a été ce qu'elle devait être de la part d'un peuple honnête et qui a soucis de garder fidèlement les traités conclus : Refus de laisser violer notre neutralité qui a été reconnue par S. M. le Roi de Prusse lui-même.

- On se battra vaillamment s'il le faut.

Les Allemands ont envahi le territoire.


Lundi 3 août 1914
Inv. S. Etienne

Les journaux du matin nous apportent la nouvelle que la guerre est déclarée entre la France et l'Allemagne et que les hostilités ont également commencé du côté de la Russie.

- De plus l'Armée Allemande a envahi le Gd Duché de Luxembourg

- Pendt la récréation ns apprenons que l'on bombarde Liège. Le Rme P. Abbé arrive à 1 heure. Il voit d'abord Madame, puis ns sommes toutes mandées au parloir.

- Le Rme ns dit que le [ce ?] moment est extrêmement grave les évènements s'étant précipités avec une rapidité extraordinaire. Il vient ns donner les nouvelles exactes et aussi nous dire ce que nous avons à faire.

- D'abord le P. Abbé confirme la nelle du bombardement de Liège. Il dit que 200.000 Français sont en route pour défendre la Belgique et que les Anglais débarquent à la Mer du Nord.

- Hier le Père Cellérier a été envoyé à Namur pr dire à l'évêque et au gouverneur de la place, que les Abbayes de Maredsous et Maredret et les Ecoles, allaient être mise au service des malades et s'offraient comme Ambulances. La proposition a reçu un très chaleureux accueil et le médecin en chef de l'Armée a dit qu'il enverrait immédiatement tout ce qui était nécessaire comme remède etc...

- Le Père Abbé ns dit qu'en ces circonstances ttes les lois Canoniques de clôture etc... tombent et que notre devoir est de ns porter au secours des blessés. Aussitôt qu'un premier convoi arrivera le P. Abbé dirigera q.q. blessés vers notre monastère et dès lors ns serons autorisées à arborer le drapeau blanc de la Croix rouge ; qui sera pour ns une sauvegarde contre les attaques des soldats envahisseurs. De plus le P. Abbé nous conseille de mettre en sureté tout ce qui a q.q. valeur ds le monastère.

- Chacune se met en devoir d'exécuter les instructions reçues. On descend d'abord tout ce que l'on possède d'objets de literie disponible, pr en garnir d'abord la Villa. Les sacristines et trésorière mettent en sûreté les objets précieux. Les archives aussi... De plus pr obéir au père Abbé on arrache en gde hâte les pommes de terre, afin de les mettre à l'abri des pillards et toutes les denrées alimentaires sont cachées.

- Tout le monde travaille avec le calme que Dieu accorde aux heures très graves. Pendt tte l'après midi on entend par intervalle le canon tonner au loin. Ns chantons Vêpres avec un élan tt particulier

- Après Vêpres on signale le passage de nombreux trains bondés de soldats français ; que la population acclame au passage on entend jusqu'ici les cris de la population de Maredret.

- Le canon que nous avons entendu toute la journée, est paraît-il, le signal donné par les forts à la population, afin qu'elle se retire à temps et laisse le champ libre pour les opérations militaires.

Les travaux de placement de chauffage de notre choeur sont suspendus et nous ramassons les [illisible] de la pierre à l'aide de la tenture qu'on avait enlevée ; attendons des jours meilleurs.


Dimanche 2 août 1914
S. Etienne

- L'empereur d'Allemagne envoie ce 2 août au soir un ultimatum au roi des Belges par l'intermédiaire du ministre d'Allemagne à Bruxelles. Cet ultimatum débute amicalement et fait de belles promesses à la Belgique si elle consent à manquer à ses engagements en laissant impunément violer notre neutralité par l'armée Allemande. L'ultimatum se termine par une menace de guerre si nous ne consentons pas à accepter les propositions de l'Allemagne.

- La réponse du gouvernement a été discutée la nuit entière par le roi réuni en Conseil avec ses ministres et les ministres d'état l'Allemagne exigeant la réponse pr demain à 7 h. du matin.

- A la Conférence du soir Madame nous parle de nos devoirs dans les circonstances critiques que nous traversons et du point de vue surnaturel auquel nous devons nous placer exclusivement. Pour le reste, si nous sommes fidèles le Seigneur ne nous manquera pas et ns verrons se réaliser toutes les promesses contenues dans notre Rituel de Profession.


Samedi 1er août 1914
Ste Sophie

- La noblesse a fait un appel aux volontaires, cet appel est signé par une élite de volontaires appartenant à nos plus grandes familles et la jeunesse de tout le pays y répond avec un admirable élan. L'état major se voit forcé de retarder les enrôlements.... On nous dit que les enfants mêmes veulent partir et les parents ont de la peine à retenir les petits et à leur faire comprendre qu'ils ne sont pas encore en état de porter les armes et de défendre le pays.


Vendredi 31 juillet 1914
S. Ignace

A St Benoît [école abbatiale de Maredsous] tous les élèves sont licenciés aujourd'hui. Dans tout le pays l'effervescence est si grande que cela ressemble beaucoup à de la panique, de l'affolement. Les gens s'approvisionnent de denrées de toutes sortes pr des mois, c'est par millions que les banques doivent [ici s'arrête le texte].


Jeudi 30 juillet 1914
S. Germain

Les nouvelles de l'extérieur sont toujours alarmantes, mais non désespérées. De St Gabriel [Prague] nous arrive une longue lettre de M. Bénédicta de Schwarzenberg nous donnant des détails édifiants et très intéressants sur l'Archiduc défunt, sa femme et les petits orphelins. Elle envisage la guerre avec beaucoup de calme, la Cause en est si juste, qu'on sent bien que le point de vue patriotique domine tout le reste.


Mercredi 29 juillet 1914
S. Loup

Ce matin nous apprenons par le journal que la guerre est déclarée entre l'Autriche et la Serbie et que les hostilités ont commencé. L'émoi est très grand en Belgique comme partout ; personne ne peut prévoir actuellement jusqu'où cela ira. Il y a à prier surtout pour que Dieu n'apesantisse pas son bras sur le monde coupable et ne donne pas une terrible leçon aux nations chrétiennes qui se sont éloignées de lui.

- L'ingénieur et les ouvriers qui doivent placer le chauffage à vapeur de notre choeur et aux galeries arrivent aujourd'hui pour le placement des tuyaux et des appareils.


Mardi 28 juillet 1914
S. Nazaire

La guerre a été déclarée le 26 juillet entre l'Autriche et la Serbie !

[le paragraphe suivant a été gommé et gratté et est partiellement illisible : ... nous écrit de S. Gabriel (Prague) que cette guerre est si juste que tout le monde en est bien content en Autriche.].


Lundi 27 juillet 1914
S. Pantaléon

La Communauté est invitée par Madame à peindre une quarantaine de poëles (ailettes, tuyaux, radiateurs) avant qu'ils soient placés le long du mur du choeur. La communauté s'y met avec ardeur et à la fin de la semaine tout sera terminé. Notre 1e Messe a eu lieu aujourd'hui à 6 h. 1/2 et les Vêpres à 3 heures et demie, pour faciliter le travail des ouvriers.


Dimanche 26 juillet 1914
Ste Anne

Les nouvelles d'Autriche sont très alarmantes on semble à la veille d'une grande guerre.

Dom Pierre Bastien est rentré à Maredsous, revenant en droite ligne de Sarajevo où il se trouvait au moment de l'assassinat de l'Archiduc François-Ferdinand. Il a vu l'Archiduc et la duchesse immédiatement après l'attentat, au palais du gouverneur. L'Archiduc était littéralement baigné de son sang, la duchesse ne portait aucune trace extérieure de blessure.


Samedi 25 juillet 1914
S. Jacq. le M.

[Page restée blanche]


Vendredi 24 juillet 1914
Ste Christine

[Page restée blanche].


Jeudi 23 juillet 1914
S. Apollinaire

La première Messe est dite en actions de grâces à l'occasion du 25e anniversaire de la fondation de l'Abbaye de Wisques, si nos soeurs ont été chassées de leur monastère il n'en reste pas moins vrai, qu'il y a 25 ans aujourd'hui qu'elles ont inauguré l'office divin et que l'exil ne l'a pas interrompu.

- Le Contre Maître de Mr Durieu arrive avec le plan des stalles, il donne toutes les mesures et les indications à nos ouvriers.


Mercredi 22 juillet 1914
Ste Madeleine

Le travail se poursuit au choeur ; les ouvriers sont employés à baisser les lampes d'acetylène ; en conséquence on enlève la tenture verte qui recouvrait les murs du choeur depuis la Dédicace. Ceux-ci sont bientôt teintés de couleur crème, en attendant la boiserie des stalles Afin de préserver notre beau pavement, nos sacristines s'empressent de la recouvrir de cartons et de planches car le travail sera long et entraînera pas mal de besogne à cause des trous que l'on fait dans le pierre des murs.


Mardi 21 juillet 1914
S. Victor, m.

[Page restée blanche].


Lundi 20 juillet 1914
Ste Marguerite

Les ouvriers commencent aujourd'hui le grand travail au choeur. On enlève les tuyaux de chauffage, la bordure de pierres de taille du planum inférieur etc.....
Les Novices prennent place dans les stalles hautes, tandis que les Soeurs sont placées à gauche, en face de la porte du choeur.


Dimanche 19 juillet 1914
S. Vincent P.

[Page restée blanche].


Samedi 18 juillet 1914
S. Thomas d'A.

[Page restée blanche].


Vendredi 17 juillet 1914
S. Espérat

[Page restée blanche].


Jeudi 16 juillet 1914
N.-D. du M.-C.

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Mercredi 15 juillet 1914
S. Henri

Le Rme P. Abbé vient ns donner une longue Conférence il prend pour sujet : la Ste Règle, nous annonçant une suite de Conférences sur ce sujet. Ds cette première, il ns parle de la pensée fondamentale de notre Bx Père et de celle qui a fait proprement le moine : la recherche de Dieu. Tout est subordonné à cette préoccupation foncière, qui est le point de départ et comme le ressort de toute la vie monastique.


Mardi 14 juillet 1914
FETE NAT.

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Lundi 13 juillet 1914
S. Anaclet

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Dimanche 12 juillet 1914
S. Honeste

Après Vêpres le Rme Dom Laurent Janssens vient nous donner une belle Conférence. Il commence par un mot ému à la mémoire de feu le Rme Primat Hildebrand ; il nous parle aussi du St Père qu'il a vu avant de quitter Rome ; Pie X qui aime à plaisanter lui a dit à propos de la fatigue qu'entraîne la vieillesse : "Je voudrais bien céder quelques années, mais je ne trouve pas d'acquéreur."

Le Rme nous donne ensuite une belle et bonne Conférence sur la fête du jour : le Patronage de notre Bx Père.


Samedi 11 juillet 1914
Tr. S. Benoît

Monsieur Brom envoie aujourd'hui un projet pour le Christ triomphal qui ornera le Ciborium, ce premier projet nous satisfait médiocrement.


Vendredi 10 juillet 1914
Sept Frères M.

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Jeudi 9 juillet 1914
S. Ephrem

[Page restée blanche].


Mercredi 8 juillet 1914
Ste Elisabeth

Le Rme P. Abbé vient nous donner une belle Conférence sur le texte du Pontifical : "Agnoscite quod agitis ; imitamini quod tractatis !" ["Comprenez ce que vous faites ; imitez ce que vous réalisez !"]


Mardi 7 juillet 1914
S. Prosper

Un changement vient d'être adopté ds le service de nos chapelains. Pour la messe de 7 h. nous aurons désormais un hebdomadier, il variera chaque semaine. Pour la messe Conventuelle, Chapelain fixe le R.P. Dom Bertuin Defrenne.
L'expérience montrera si le nouveau système est bon.


Lundi 6 juillet 1914
S. Tranquillin

Ce soir à 5 heures Madame reçoit la visite de Dom Aelred accompagné de tout son petit troupeau de moines. Il est très bon, très simple et ses fils ont l'air charmé d'avoir leur abbé de retour.
Dom Aelred dit qu'il a reçu 49 lettres de félicitation d'Abbés et 13 d'Abbesses ! Pour lui l'idéal de la vie monastique est la vie de Contemplation, partagée entre l'office divin et le travail à la manière des moniales.
28 postulantes attendent le retour de l'Abbé de Caldey pour entrer au monastère.


Dimanche 5 juillet 1914
Ste Zoé, M.

Monseigneur l'évêque de Namur vient à Maredsous aujourd'hui. Il administre le sacrement de Confirmation à la chapelle de l'Ecole abbatiale à la messe de 7 heures.

A 9 heures Messe Pontificale et Ordination sacerdotale de Frère Aelred.


Samedi 4 juillet 1914
S. Théodore

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Vendredi 3 juillet 1914
S. Anatole

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Jeudi 2 juillet 1914
Visit. N.-D.

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Mercredi 1er juillet 1914
S. Martial, év.

On continue la fenaison par 40° de Chaleur ! Le soleil fait bien son devoir et nous tachons de faire aussi de notre mieux le nôtre.


Mardi 30 juin 1914
C. de S. Paul

Les journaux apportent les détails les plus émouvants sur la fin tragique de l'Archiduc et de sa femme. Tout ce que l'on apprend sur leur vie si chrétienne et si familiale, édifie et touche au suprême degré. Marguerite Desclée nous racontait hier qu'ils étaient l'année dernière en villégiature à Blankenberghe à cette époque. Chaque jour la messe était dite à 8 h. pour l'Archiduc et sa famille, qui y communiait habituellement, et l'extrême simplicité de leurs manières, leur bonté et affabilité leur avait acquis la sympathie de tous.


Lundi 29 juin 1914
Ss Pierre et P.

Profession monastique de Frère Aelred (Abbé de Caldey) 10 jeunes moines de Caldey sont arrivés pour y assister sa mère également ici avec ses soeurs (elles sont encore protestantes.)

De grand matin nous apprenons la terrible nouvelle de l'assassinat de l'Archiduc François-Ferdinand d'Autriche et de sa femme la duchesse de Hohenberg à Sarejevo en Bosnie, ils laissent 3 orphelins.

- Après Vêpres Madame Desclée accompagnée de Marguerite Desclée, sa fille ; vient faire sa visite traditionnelle pr recevoir nos souhaits de Fête.


Dimanche 28 juin 1914
S. Irénée

Fête de St Jean Baptiste

Nous n'avons pas de Pontifical cette année le Rme P. Abbé étant absent. Il rentre ce soir de son voyage en Angleterre, il a prêché la retraite à Westminster.


Samedi 27 juin 1914
S. Crescent

[Page restée blanche].


Vendredi 26 juin 1914
S. Maixent

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Jeudi 25 juin 1914
Ste Fébronia

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Mercredi 24 juin 1914
S. Jean-Baptiste

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Mardi 23 juin 1914
S. Leufroy

[Page restée blanche].


Lundi 22 juin 1914
S. Paulin

Monsieur A. [Achille] Durieu renvoie son projet de stalles, modifié d'après les observations faites, il semble très bien

- Arrivée de Tamburini : "Jus Abbatum .... etc."
Ces deux gros in-fol. qui contiennent les 4 tomes de Tamburini nous sont offerts par Mr Prüm de Claivaux, le Père de Mère Candida ; ils proviennent de l'ancienne abbaye de St Hubert en Ardennes. Mr Prüm a encore quelques précieux volumes de cette même provenance et ns espérons bien les recevoir ts peu à peu.


Dimanche 21 juin 1914
S. Louis de G.

[Page restée blanche].


Samedi 20 juin 1914
S. Romuald

On fane encore toute la journée. Le soir orage pendant les Matines.


Vendredi 19 juin 1914
S. Gervais

Fête du Sacré Coeur

Première grande journée de fenaison ; le temps orageux qui a règné pendant toute l'octave de Corpus Xi, et nous a valu de copieuses ondées, a contrarié le fanage mais favorisé la dévotion ; car on a pu profiter largement de ces jours d'adoration, aucun travail extraordinaire ne venant ns en empêcher.


Jeudi 18 juin 1914
S. Emile

Arrivée de q.q. livres précieux :
- Dom Mège - Commentaire de la Règle de St Benoît. 50 $
[francs]
- Dom Calmet      "         "               "      50 $ [francs]
- Caeremoniale Monasticum .... Congregationis Scti Mauri secunda éditio - M. DC. LXXX --- 50 $ [francs]
Ces volumes ont été achetés chez les Trappistes de Cordemois / Bouillon qui vendent leur bibliothèque, malgré leur prix très élevé Madame a voulu acquérir ces livres si précieux au point de vue monastique.


Mercredi 17 juin 1914
S. Avit

[Page restée blanche].


Mardi 16 juin 1914
Ss Cyr et Jul.

[Page restée blanche].


Lundi 15 juin 1914
Ste Germaine

- Immédiatement après Vêpres le Rme Père Abbé vient nous donner une belle Conférence sur le St Esprit et ses opérations dans nos âmes. Au début de la Conférence le Rme recommande à nos prières le Rme Abbé de St André de Bruges qui est gravement malade au Congo... il devait rentrer en Belgique un de ces jours et l'on est fort inquiet les nouvelles étant très laconiques.


Dimanche 14 juin 1914
S. Valère

[Page restée blanche].


Samedi 13 juin 1914
S. Aventin

- Le Rme P. Abbé de Maredsous vient nous dire la messe de Communion ; à 8 1/2 il nous donne la Conférence au grand parloir et commence par nous remercier de nos souhaits et cadeaux de fête qui lui ont visiblement fait un très grand plaisir.
Miss Clemson qui est ici depuis plusieurs jours assistait à la Conférence.

- Tous les braves gens de Maredret nous apportent comme de coutume leurs vases à garnir pour la procession de demain, cette année il y en avait 27 ! le seringa et les énormes pavots cramoisis ont fait surtout les frais de ces bouquets à grand effet.

- Un violet orage éclate à midi et dure jusqu'au soir, notre foin est coupé, (1ère moitié), mais il y a chaque jour un nouvel orage et tout est resté sur place jusqu'à présent.....


Vendredi 12 juin 1914
S. Basilide

- Nous n'avons pas eu de 1ère messe ce matin


Jeudi 11 juin 1914
Fête-Dieu

[Page restée blanche].


Mercredi 10 juin 1914
S. Landry

[Page restée blanche].


Mardi 9 juin 1914
S. Félicien

[Page restée blanche].


Lundi 8 juin 1914
S. Médard

- Nous envoyons au Rme Abbé de Maredsous [ajouté par la suite : D. Columba], que l'on fête ce soir : une nappe d'autel brodée pour la chapelle abbatiale, ensuite les Conférences de notre dernière retraite rédigées et transcrites avec soin. Une belle et grande gerbe de fleurs complète l'envoi.


Dimanche 7 juin 1914
Trinité

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Samedi 6 juin 1914
S. Norbert